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Informatique d'État : trop d'insuffisances dans le pilotage des grands projets

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Les services de l'État rencontrent d'importantes difficultés dans la gestion des grands projets informatiques. Gouvernance générale insuffisante, mauvaise évaluation des investissements et des compétences internes, la marge de progression est importante, souligne un rapport. Mais des solutions existent.

Informatique d'État : trop d'insuffisances dans le pilotage des grands projets © P. Guittet - L'Usine Nouvelle

La gestion des grands projets informatiques de l'État est loin d'être optimale.  "Les grands programmes informatiques publics rencontrent des difficultés récurrentes" et "le taux d'échec est significatif ", conclut un récent rapport remis à la direction interministérielle des systèmes d'information et de communication de l'État (Disic).

"Ce rapport a été réalisé à notre demande. Son but était de savoir comment sont gérés les grands projets informatiques par des administrations étrangères ainsi que par le secteur privé. Et s'ils font mieux que nous, de connaître ainsi leur savoir-faire", explique à L'Usine Nouvelle, Jérôme Filippini, directeur de la Disic.

Cette direction a été créée en février 2011 afin justement de mieux gérer les grands projets informatiques interministériels, ceux dont le budget peut atteindre plusieurs millions d'euros, impliquer un grand nombre d'acteurs et dont le calendrier s'étale sur plusieurs mois.
Et d'après le rapport, il y a encore beaucoup à faire. "Le lancement et la conduite des grands programmes comportent des choix stratégiques qui ne sont pas systématiquement éclairés par une réflexion préalable, complète et aboutie", peut-on y lire.

Cela se traduit notamment par une mauvaise identification des organisations et des "process" existants. L'informatique est en pratique perçue comme un "simple moyen technique devant respecter un environnement règlementaire défini et des délais spécifiques, alors qu'il s'agit d'une véritable réingénierie des processus".

Autre conséquence de ce manque de réflexion : le retour sur investissement est mal évalué, avec notamment "une absence de contre-expertise du dossier présenté par la maîtrise d'ouvrage".

Le rapport déplore également un examen insuffisant de l'interopérabilité des nouveaux systèmes avec l'environnement informatique existant, un recours aux prestataires extérieurs trop élevé et un manque de compétences internes, que ce soit au niveau managérial comme de l'expertise technique.

Des difficultés similaires à l'étranger et dans le privé

Ce rapport est donc loin de dresser un portrait flatteur de la gestion des grands projets informatiques par l'État français. Mais la situation est similaire dans les autres pays, et même souvent dans le secteur privé, tempèrent ses auteurs. "En France comme à l'étranger, le taux d'échec des grands programmes informatiques est significatif dans la sphère publique comme dans le secteur privé, avec une publicité négative beaucoup plus importante pour les projets portés par l'administration".

Pour autant, la sphère publique connaît des difficultés spécifiques. Ainsi, la complexité de ces grands programmes "bouscule les modes habituels d'intervention des acteurs publics" tant par leur nombre d'intervenants que par la multiplicité des sujets traités.

"Ce rapport vient appuyer tous les efforts réalisés depuis 18 mois par la Disic et nous montre aussi les axes de progrès à suivre pour les prochaines années", poursuit Jérôme Filippini. Il tient à rappeler les atouts dont dispose déjà sa direction, comme les hautes compétences des DSI ministériels ou encore l'harmonisation en cours des méthodes de suivi de projet. "Mais il y a effectivement une marge de progression indéniable au niveau de la gestion de coûts et de la gouvernance générale des projets."

Renforcer le rôle de la Disic

Le rapport fait différentes recommandations dont notamment de renforcer le rôle de la Disic. Cette dernière pourrait désormais être consultée dans le cadre de la nomination des DSI ministériels. Par ailleurs, elle pourrait piloter une programmation triennale des investissements liés à l'informatique.

Autre recommandation : motiver financièrement les responsables de projets informatiques. "Il faut développer l'implication des acteurs par la définition d'objectifs assortis d'un intéressement". Les directeurs métiers et directeurs de programmes pourraient notamment bénéficier d'un intéressement lié à la bonne avancée du projet et au respect du calendrier.

Par ailleurs, afin d’éviter une trop grande complexité et l’effet tunnel des grands programmes, le rapport suggère le développement d’approches modulaires afin de "faciliter une relation mieux maîtrisée avec les prestataires extérieurs avec de véritables stratégies d’externalisation".

Enfin, les ressources humaines devraient s'étoffer d'une cartographie précise des compétences internes disponibles et mettre en place des plans d’amélioration de ces compétences et des parcours professionnels.

Ce rapport sur "Le pilotage et l'audit des grands programmes informatiques de l'Etat" a été réalisé par l'Inspection Générale des Finances (IGF) et le Conseil Général de l'Economie, de l'Industrie, de l'Energie et des Technologies (CGEIET).

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