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[Industry Story] Une histoire de fou - Le charbonnier, ce coupable idéal

Guillaume Dessaix

Publié le

[Industry Story] Une histoire de fou - Le charbonnier, ce coupable idéal
Deux ans séparent le Jules Durand charbonnier et le Jules Durand condamné.

Les habitués du bistrot du quai d’Orléans s’agitent ce 9 septembre 1910. Louis Dongé reproche à trois charbonniers de faire grève. Les insultes avinées fusent. Quand Dongé dégaine son calibre, le trio le désarme et le roue de coups. Il meurt le lendemain. Le 11, le syndicaliste Jules Durand est arrêté.

L’installation du Tancarville, un nouvel appareil de levage qui menace plus de 140 emplois, est à l’origine de la grève des charbonniers du port du Havre un mois plus tôt. Jules Durand est à la manœuvre. Réputé pour être un homme calme et mesuré, le secrétaire du syndicat des charbonniers lutte contre "l’extension du machinisme et la vie chère". Les tensions se font jour entre les grévistes et ceux payés par La Compagnie générale de la Transatlantique pour rentrer dans le rang. Absent lors du passage à tabac, c’est pourtant Durand qui se voit accusé de la mort de son collègue. Non pour meurtre, mais pour assassinat. Car il aurait fait voter la mort de Dongé lors d’une réunion publique. Des ouvriers achetés témoignent contre lui. Maître Coty, 28 ans, assure sa défense. Le 25 novembre, Durand est condamné à la peine capitale. Sidéré, il est pris de convulsions et fait une syncope. Un mois plus tard, son pourvoi en cassation est rejeté. Dans sa camisole, il se met à hurler. Promis à la guillotine, il tient désormais des propos incohérents. Son avocat médiatise l’affaire, syndicat et personnalités se mobilisent. "L’affaire Dreyfus du pauvre" passionne. Le Président Fallières commue sa peine en sept ans de prison. Mais il est déjà trop tard, Durand sombre dans la folie. Lorsqu’il est finalement libéré en février 1911, il est méconnaissable. Ses délires redoublent. Il craint que ses gardiens ne viennent lui trouer la langue pour l’empêcher de jaboter, met le feu à l’appartement de ses parents, étrangle les pigeons voyageurs qu’il élève…

En juin 1918, le pauvre fou est finalement innocenté, car condamné sur la base de faux témoignages. Libre mais prisonnier de sa folie, il navigue d’asile en asile. À 46 ans, il meurt, seul. Maître René Coty, lui, se hisse jusqu’au sommet de l’État et devient président de la République.

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