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[Industry story] Un barrage peu pacifique - EDF engloutit un village

Guillaume Dessaix

Publié le

[Industry story] Un barrage peu pacifique - EDF engloutit un village
Hiver 1974, le monde englouti.

"EDF voleurs, pillards". Les murs des Salles-sur-Verdon sont marqués de la colère de ses habitants. "À bas les expropriations". Mais le village n’est rien face à l’État. "Le Var est pas à vendre. Merde à Paris !" L’issue est inéluctable, le barrage de Sainte-Croix se fera et le lieu va disparaître.

L’idée d’un barrage dans le Var n’est pas neuve. À la fin des années 1920, Schneider se montre déjà intéressé. En 1962, le projet d’EDF se dessine. L’édifice doit assurer l’alimentation et la distribution en eau de toute la région provençale et de grandes villes comme Toulon et Marseille. L’enjeu est énorme. Mais il implique la création d’un immense lac artificiel et la disparition sous les eaux de trois bourgades nichées dans la vallée. En 1969, un canal de dérivation est mis en œuvre sur le Verdon. Les communes luttent pour leur survie. EDF consent alors à réduire la hauteur d’eau en abaissant la profondeur du réservoir. Bauduen et Sainte-Croix sont sauvés. Pas Les Salles-sur-Verdon. Désormais seuls, les habitants refusent d’ouvrir leurs portes aux enquêteurs. Les négociations sont rudes. Les terrains, qui regorgent de truffières, sont sous-évalués. Les dissensions apparaissent, car certains s’en tirent à bon compte en vendant leur maison de pierres. Les résidents les plus tenaces sont expropriés. En 1971, le nouveau village se construit sur les hauteurs. Et le 15 novembre 1973, la mise en eau finale est lancée. Le long des 95 mètres de parement du barrage, le lac se forme. La menace monte en douceur. Les premières vagues effleurent les habitations. Les ingénieurs pérorent sur la qualité de l’ouvrage. Un seul mètre cube de béton peut retenir 15 000 mètres cubes d’eau. Au printemps 1974, le village n’est plus qu’un champ de ruines, anéanti par les bulldozers. Un amas de pierres. Puis un souvenir englouti.

Adieu le pont moyenâgeux d’Aiguines, qui a servi de décor au film "Jeux interdits", pourtant inscrit aux Monuments historiques. Adieu la source Fontaine-l’Évêque. Adieu l’église séculaire que l’on dynamite. Adieu Les Salles-sur-Verdon. Place au barrage, au lac et à ses vacanciers.

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