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[Industry Story] Mise en bière - Londres noyé sous les flots ennemis

Guillaume Dessaix

Publié le

[Industry Story] Mise en bière - Londres noyé sous les flots ennemis
Dans les flots ennemis se brassent les vies.

Lundi 17 octobre 1814, fin d’après-midi. Eleanor lave un peu de vaisselle dans la cour du Tavistock Arms Pub. Hannah et sa mère prennent le thé au premier étage d’une maison voisine. Dans le sous-sol d’une autre, Ann se recueille sur le corps de son petit garçon de deux ans mort deux jours plus tôt. Tout à coup, une première explosion déchire ces instants anodins, presque tranquilles.

À deux pas de là, George Crick inspecte les grandes cuves en bois de la brasserie Horse shoe Brewery of Saint Giles. La Compagnie Henry Meux y produit plus de 100 000 barils de Porter par an. Cette bière brune fermente durant de nombreux mois pour parvenir à ce goût si prononcé et cette couleur sombre. Du haut de son perchoir, Crick s’aperçoit que l’un des cerceaux de fer entourant une cuve a glissé. Celle dont le bois a pourri depuis trop longtemps. Son patron lui explique que ce n’est pas urgent, qu’un apprenti s’en chargera. Quelques minutes plus tard, la cuve éclate et entraîne avec elle les autres cuves. Une réaction en chaîne qui délivre en quelques secondes plusieurs centaines de milliers de litres de bière. Une immense vague se forme et emporte avec elle une partie du toit et de l’enceinte. Le monstre charrie ses débris et vient écraser un mur de briques sur la pauvre Eleanor qui terminait sa vaisselle. Deux maisons sont détruites, dont celle d’Hannah et sa mère, broyées, réduites en morceaux. Ann et les membres de sa famille sont tués sur le coup, noyés dans leur chagrin. Les habitants des rues avoisinantes se réfugient sur les meubles les plus hauts pour échapper au torrent. Huit morts dans un champ de ruines trempé et visqueux. Après les secours, les badauds affluent et l’on fait payer un penny pour s’approcher au plus près du malheur. On se cotise aussi pour les funérailles.

Au procès, le jury conclut à un accident bien malheureux. Au nom de sa survie financière, la Compagnie obtient la garantie de ne payer aucun dédommagement aux victimes. Et se voit même rembourser la taxe déjà déboursée sur les tonneaux perdus. La compagnie est à flot. L’activité peut reprendre. La vie du quartier londonien aussi. 

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