[Industry Story] L’île aux alouettes - Quand Margaret Thatcher ratait le dernier métro

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[Industry Story] L’île aux alouettes - Quand Margaret Thatcher ratait le dernier métro
Le magnat et la Dame de fer bâtissent un nouveau quartier.

L’empire vacille. Paul et Albert Reichmann, magnats canadiens, sont à la tête de la première firme mondiale de développement immobilier. Après les succès de Toronto et New York, le colossal projet londonien de Canary Wharf. Un pari de Margaret Thatcher.

C’est la Première ministre elle-même qui contacte Paul Reichmann en 1986. Le magnat fait le voyage de Toronto et, au mépris des règles d’usage, s’entretient de longues heures avec elle au 10 Downing street. Thatcher lui demande de devenir le grand argentier de son projet phare : redynamiser l’est de la capitale. Après une période prospère d’activité portuaire, les docks ont périclité. Thatcher compte offrir une alternative à la City, qui étouffe sous les contraintes d’urbanisme, les loyers à la hausse et des espaces trop étroits. Le projet vise à revitaliser 38 hectares de l’Ile aux chiens grâce à 24 immeubles de bureaux. Un obstacle majeur subsiste et a déjà refroidi plusieurs investisseurs : aucun métro ne rejoint ce coude de terre que contourne doucement la Tamise. Un détail pour Thatcher, qui promet à Reichmann que la Jubilee line sera prolongée à temps. Les frères sont séduits et injectent 5 milliards de dollars via leur société Olympia and York. Plans et maquettes sont conçus, le plus grand chantier au monde commence. En vedette, la One Canada square, la plus haute tour de Grande-Bretagne, est inaugurée par le prince Philip en personne en août 1991. Mais derrière le faste, les étages restent désespérément vides. La ligne de métro n’a pas gagné une seule station et le marché immobilier mondial connaît une récession. Lumières et lasers sont installés sur la tour lors des fêtes de Noël pour faire vivre le quartier. Sans grand succès. Reichmann est bien seul sur son île. Les dettes d’Olympia and York s’accumulent et atteignent 20 milliards de dollars. Les 90 banques impliquées, inquiètes, se découragent et l’entreprise fait faillite.

Paul Reichmann n’a pas dit son dernier mot. Trois ans plus tard, à travers un consortium, soutenu par un groupe de financiers, il reprend le contrôle de Canary Wharf. Les locataires affluent, les stations de métro ouvrent, le projet devient rentable. En 2005, Reichmann revendra et empochera un joli bénéfice.

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