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[Industry Story] L'adieu aux armes

Guillaume Dessaix

Publié le

[Industry Story] L'adieu aux armes
Berlin, le 15 août 1961, Conrad Schumann s’élance vers la liberté.

"Viens de ce côté !", lui crient les reporters présents. Conrad Schumann est fonctionnaire de la Police du peuple. Et il doute de son engagement, de ce mur qui va naître et qui divisera Berlin pour longtemps. Nerveusement, il fume, lorgne l’autre côté de la rue, tenté par l’Occident. La liberté à quelques pas de bottes. Peter Leibing l’observe depuis une heure, prêt à le photographier. Schumann s’élance, saute, lâche son fusil et se réfugie dans une camionnette de la police ouest-allemande. Adieu Berlin, la famille et les amis. Lui qui se destinait à être berger se sépare de son troupeau. Le petit caporal de 19 ans est le premier soldat à franchir la ligne.

Le gouvernement de l’Allemagne de l’Ouest l’installe alors en Bavière, dans la ville d’Ingolstadt ; là même où Victor Frankenstein donne vie à sa créature. Et lui construit une nouvelle vie. Une épouse, une maison, un verger, bientôt un fils, Erwin. La liberté. Tout pour être heureux. Il entame une formation d’infirmier, mais fait ami-ami avec la bouteille. Être libre le travaille. Peut-être ne l’est-il pas tant que cela, loin des siens, craignant les sbires d’une Stasi qui rôde. Il continue au fil des années à envoyer lettres et colis alimentaires à ses proches. Preuve qu’il va bien, tentative de pardon à distance.

Après dix ans à l’Ouest, Schumann se fait embaucher par le principal employeur de la ville, l’usine d’assemblage d’Audi. Il y devient régleur de machines durant plus de vingt-sept ans. Et fait ses premières armes sur les modèles Audi 80 et 100, ces familiales qui feront la renommée de la marque. Employé consciencieux et prudent, il ne raconte son histoire qu’à très peu de collègues. Plus tard, Erwin le rejoint comme machiniste. L’usine devient une terre d’accueil pour près de 2 000 évadés de l’Est.

Schumann ne déclarera se sentir "vraiment libre" qu’en novembre 1989, lors de la chute du Mur. Il rend visite à ses proches, les retrouve enfin. Mais point de héros, un déserteur plutôt, un traître. Retour à Ingolstadt. La vie reprend son cours, jusqu’au 20 juin 1998. Dans son verger de l’Ouest, Schumann se met la corde au cou. Libération ?

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