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[Industry Story] Boston sous la mélasse

Guillaume Dessaix

Publié le

[Industry Story] Boston sous la mélasse
Le calme après la tempête.
© DR.

Les entreprises citées

Anthony et ses quatre sœurs remontent Commercial Street. Le froid s’en est allé ce 15 janvier 1919. La température avoisine les 5 degrés, contre - 17 la veille. C’est rare pour Boston. Maria, dix ans, raconte sa matinée quand la fratrie entend comme des tirs de mitraillette. Le sol se met à vibrer, un souffle fort se fait sentir, puis une immense vague surgit.

Du haut de ses 15 mètres et de ses 27 de largeur, le réservoir de la Purity Distilling Company domine le quartier. Construit à la hâte trois ans auparavant, il renferme 8,7 millions de litres de mélasse. Le sirop, fermenté pour obtenir de l’éthanol puis de l’alcool, va servir à élaborer diverses liqueurs. Il doit prochainement être transféré à l’usine située à quelques kilomètres de là. Pourtant, cela fait quelque temps que le tank fuit en divers points. La compagnie l’a bien repeint en brun pour cacher la misère, mais cela ne trompe personne. Certains habitants viennent même butiner le long des parois. Ce mercredi, l’agitation est grande dans ce quartier bondé où travailleurs italiens et irlandais s’affairent. À 12h30, sous l’effet de la pression, les rivets sautent les uns après les autres, dans une longue rafale. La citerne se rompt et déverse une vague de trois à quatre mètres. Monstrueuse, rapide, poisseuse, elle n’épargne rien ni personne. À 56 km/h, elle arrache les bâtiments de leurs fondations, pulvérise les poutres de la gare d’Atlantic Avenue, soulève un train et détruit les rails, emporte chevaux et chiens, dévore hommes et écoliers sur plusieurs dizaines de mètres. Anthony est porté comme un fétu, brimbalé, englouti. Les naufragés se débattent dans cette marée collante, qui les empêche bientôt de hurler, d’appeler au secours tant elle agglutine palais et gorge. Le rouleau enragé se noie dans l’eau du port et la brunit pour des mois. Les maisons encore d’aplomb trempent dans un mètre de mélasse et de débris.

Anthony émerge sous trois paires d’yeux anxieux. Maria, elle, s’est noyée, comme vingt autres victimes. Le lendemain, le XVIIIe amendement de la Constitution est ratifié par 36 États américains. Il institue la prohibition. 

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