[Industry story] À tombeau ouvert

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[Industry story] À tombeau ouvert

Les moteurs chauffent. Il est à peine 3 h 30 du matin ce dimanche 24 mai 1903. Cent dix constructeurs vrombissent sur la ligne de départ. Louis arbore le dossard numéro 3, Marcel le 63. Ils prennent chacun place dans une automobile de leur cru. Ils connaissent bien ce genre d’épreuve. Ils en ont remporté une kyrielle. Les victoires des deux frères Renault ont fait connaître la marque. Les commandes sont montées en flèche. Le départ est donné ! La course Paris-Madrid commence. Les grosses voitures, les légères, les voiturettes et les motocyclettes s’élancent. Direction Bordeaux, première étape.

Les bolides avalent les kilomètres. La poussière envahit la piste. Ces routes de terre et de sable sont leur pire ennemi. Les chauffeurs se repèrent aux arbres qui bordent la route. Ils ne sont protégés en rien. Ni casque, ni vitre. Pourtant, ils dépassent les 100 km/h. Les freins restent rudimentaires. Les pneus plissent, crissent, glissent. La foule se presse. Les organisateurs estiment à 2 millions le nombre de badauds, souvent inconscients. Gardes champêtres et gendarmes veillent au grain. À l’entrée des villages, on sonne le clairon à l’approche des voitures. Mais les accidents se multiplient. Le premier tué meurt carbonisé dans les flammes de son auto. Une spectatrice imprudente se fait faucher. Un autre coureur décolle d’un pont et atterrit sur un enfant et deux soldats. Un troisième meurt en percutant un concurrent. Un quatrième heurte un cabot rôdant. Le chien écrasé finit dans la rubrique du même nom, au milieu des photos des malheureux.

Louis est dans le peloton de tête. Marcel roule à tombeau ouvert. Il dépasse un concurrent, mais rate le virage. Sa Renault 4 cylindres verse dans un fossé. Avec son fidèle mécanicien René, ils font un vol plané. Marcel est dans le coma, touché à la moelle épinière. On le transporte dans une ferme voisine pour lui administrer les premiers soins. Il meurt deux jours plus tard. Louis termine deuxième de l’épreuve, en 5 h 29. Mais la compétition est annulée. C’était la première course Paris-Madrid. C’était la dernière course Paris-Madrid.

Guillaume Dessaix Rédacteur en chef édition de L’Usine Nouvelle et d’Industrie et Technologies

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