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Industrie du futur : Quelles compétences acquérir pour s'adapter à ses nouveaux métiers

Cécile Maillard , , , ,

Publié le

Le numérique débarque en vagues successives dans l’industrie. L’ingénieur doit repenser ses compétences.

Industrie du futur : Quelles compétences acquérir pour s'adapter à ses nouveaux métiers © D.R.

Un ingénieur qui dépanne à distance un opérateur équipé de lunettes de réalité augmentée ; un responsable de la maintenance qui intervient avant que la machine ne tombe en panne, parce que statistiquement, ça ne saurait tarder ; un ingénieur méthodes qui organise la communication entre une machine-outil et le produit s’en approchant… Le numérique bouscule de plus en plus les métiers industriels. Les ingénieurs ont toujours su adapter leurs compétences. Mais cette fois, c’est plus compliqué. Le changement ne se limite pas à de nouvelles technologies. C’est l’organisation même du travail industriel qui est peu à peu bouleversée.

Continuité numérique

Une première caractéristique de l’industrie 4.0 (terme né en Allemagne en 2012) est d’organiser une continuité numérique de l’ensemble des activités industrielles. Les logiciels de conception assistée par ordinateur (CAO), de fabrication assistée par ordinateur (FAO), de gestion du cycle de vie des produits (PLM) ont préparé le terrain. "Mais chaque étape de la vie d’un produit était jusqu’ici traitée de façon isolée, analyse Max Blanchet, directeur associé du cabinet ­Roland Berger. Aujourd’hui, la conception du produit est reliée à celle du process, l’usine elle-même devient virtuelle." À ­Chalampé (Haut-Rhin), Solvay est en train de concevoir un avatar digital complet de son usine. Sur les lignes de Safran aircraft engines, chaque produit physique dispose de son avatar numérique propre, qui évolue avec lui à chaque étape. "Du bureau d’études au contrôle, en passant par la ­fabrication, l’activité de recopie, où pouvaient se glisser des erreurs, a disparu", précise Dominique Camusso, responsable de la prospective RH. Selon lui, cette continuité numérique ne nécessite pas de compétences nouvelles dans l’usine elle-même, mais plutôt une poursuite de l’apprentissage de logiciels déjà maîtrisés. Pour Max Blanchet, "elle va forcément générer, en amont, des besoins en compétences purement numériques, de virtualisation, de simulation". Des compétences qui seront exercées en interne, dans les grandes entreprises ou dans les start-up.

L’internet industriel des objets ou IoT apporte un autre type de bouleversement. Les machines communiquent entre elles ou avec les produits en cours de fabrication, générant des milliards de données. "L’industrie aura besoin de spécialistes de traitement des données, ces fameux “data scientists” que tout le monde s’arrache", déclare Thibaut Bidet-Mayer, chef de projets au think tank La Fabrique de l’industrie, qui vient de publier Travail industriel à l’ère du numérique". Mais pour lui, "ils devront, en plus, avoir une connaissance du processus industriel. Encore plus difficile à trouver ! Les ingénieurs devront apprendre à travailler avec ces spécialistes du numérique". Vont rapidement suivre des besoins en spécialistes de cybersécurité. Cette hyperconnexion des machines et des produits modifie aussi le travail du marketing, qui va pouvoir proposer de nouveaux services aux clients (suivi des produits à distance, personnalisation…), bouleversant à leur tour la conception et la fabrication. "Les services vont beaucoup se rapprocher de la production", estime Thibaut Bidet-Mayer.

Collaboration homme-machine

Avec la robotique collaborative, l’homme devra apprendre à faire confiance à des « cobots », des robots de plus en plus autonomes qui se verront confier des tâches dites intelligentes. "Pour cette brique technologique de l’industrie du futur, il faudra certes des informaticiens, mais aussi des spécialistes de l’électronique, des capteurs, de la mécanique", prédit ­Laurent Champaney, directeur général adjoint aux formations d’Arts et Métiers ParisTech. L’école d’ingénieurs a récemment ouvert un domaine consacré à la robotique collaborative. « De nouveaux métiers naîtront pour concevoir ces automates, les outils de décision et de régulation, créer de nouveaux logiciels », assure Francis Jutand, directeur général adjoint de l’Institut Mines-Télécom. Max Blanchet, de Roland Berger, pense que "ces compétences seront certes nécessaires pour la conception et la programmation des cobots, mais l’utilisateur, lui, aura un usage simplifié de la machine, plus intuitif." Il ne croit pas que tous les opérateurs devront apprendre à programmer des machines, "puisqu’elles seront aussi simples à piloter que des smartphones". En revanche, "en back-office, les métiers de la maintenance, ceux de la qualité, vont être fortement touchés et nécessiteront moins de monde", prévoit-il. Grâce à la réalité augmentée, un opérateur pourra en effet réparer lui-même une machine en panne. En filmant ce qu’il voit, par exemple, avec une tablette. Soit le fabricant de la machine pourra lui donner des instructions à distance, soit la tablette interprétera l’image et lui livrera des indications.

Même analyse pour la fabrication additive (impression 3 D). Si certains ingénieurs devront étudier de près cette ­technologie, pour l’améliorer et lui permettre d’utiliser de nouveaux matériaux, son usage, facile, est encore réduit. Chez Safran Aircraft Engines, elle sert surtout en bureau d’études pour produire des prototypes ou pour fabriquer de petits outillages. "Elle change surtout les modes de conception", juge Thibaut Bidet-Mayer. Le gisement de nouveaux métiers concernera surtout l’amont. Sur le terrain, les métiers actuels vont connaître de très fortes évolutions, rendant la formation plus nécessaire que jamais.

Hybridation des compétences

Les écoles d’ingénieurs s’adaptent à ces évolutions. "Les entreprises demandent des compétences de plus en plus multidisciplinaires", explique Laurent Champaney, d’Arts et Métiers ParisTech. Deux nouvelles spécialités de dernière année ont été créées : "Management de l’industrie du futur", qui traite des pilotages de l’usine du futur par le numérique, d’organisation industrielle et de gestion des données, et "management de l’énergie", puisque l’usine du futur devra être économe. Au sein de l’Institut Mines-Télécom, les formations des écoles des Mines en énergie, matériaux et génie industriel se rapprochent de celles, plus numériques, des écoles Télécom. La fusion entre Mines Nantes et Télécom Bretagne est l’occasion de réfléchir à un nouveau cursus sur énergie et numérique, et éco-conception des produits.

Pour apprendre à ses étudiants à apprendre, Arts et Métiers ParisTech a modifié son enseignement des procédés de fabrication, un de ses points forts. Il reposait jusqu’ici sur l’apprentissage d’une série de procédés types – usinage, forge, fonderie… – tous appelés à évoluer. "Aujourd’hui, on apprend à nos étudiants comment maîtriser un procédé, indique ­Laurent Champaney, quelles sont les grandes étapes, pour que ce savoir puisse être utilisé tout au long de leur carrière, quels que soient le procédé et ses évolutions."

L’industrie du futur devrait bouleverser l’organisation du travail et le rôle des managers. « Les salariés seront responsabilisés, et une entreprise responsabilisante doit être moins hiérarchique, plus décloisonnée », constate ­Thibaut ­Bidet-Mayer. Un changement culturel est nécessaire. "La transformation digitale, c’est aussi la diffusion d’une culture propre au numérique : celle de la collaboration, de la transversalité, de l’expérimentation et du droit à l’échec", ajoute-t-il. C’est la tâche du chief digital officer (CDO), qui met en place la stratégie numérique et diffuse le changement. Une perspective d’évolution de carrière pour un directeur des systèmes d’information.

"Le plus compliqué à trouver sera le chef de projet capable d’intégrer toutes ces technologies, d’être agile, de libérer du risque", analyse Bruno Sportisse, créateur en juin de NewArgonauts, une structure de conseil qui accompagne les entreprises dans leur transformation digitale – après l’avoir lui-même fait chez Thuasne. Son profil idéal ? "Quelqu’un qui a bourlingué dans divers mondes et saura ouvrir les fenêtres, qui, à 32 ans, a déjà travaillé dans quatre start-up…" Reste à convaincre les ingénieurs venus du numérique d’intégrer l’industrie. Elle leur réserve un très, très bon accueil ! ­Bruno Sportisse conseille aux ingénieurs en poste de s’ouvrir à tout ce qui bouge dans leur entreprise, à participer aux groupes d’intrapreneuriat s’ils existent, à opter pour la mobilité interne ou externe. "Plus que d’une formation technologique, ils ont besoin de connaître la dynamique de projet des autres."

Ceux qui se mettront en mouvement prendront de l’avance. "Le sujet des compétences n’est pas encore considéré à la hauteur de son importance par les entreprises françaises, estime Max Blanchet. Elles commencent par la technologie et les projets, et parleront emploi après. Elles ont peur de mettre le feu aux poudres, car beaucoup pensent que la digitalisation détruira des emplois. Et donc peu anticipent leurs besoins." Les ingénieurs, eux, ont tout intérêt à le faire sans tarder."

Safran ouvre une plate-forme technique de formation
Les salariés et futurs salariés de l’industrie vont avoir besoin de s’immerger dans les technologies et l’organisation de l’usine du futur. Début novembre, a démarré à Bondoufle, dans l’Essonne, le chantier d’un plateau technique voulu par Safran Aircraft Engines (ex-Snecma, moteurs d’avion) et Fives Maintenance. Un projet financé par le programme Investissements d’avenir. « L’objectif est d’y proposer tout ce qui caractérise l’écosystème de l’usine du futur, explique Dominique Camusso, responsable de la prospective RH chez Safran aircraft engines. On pourra s’entraîner à l’exercice de son métier dans ce nouveau contexte. » Les formations concerneront les impacts de la continuité numérique, l’utilisation des systèmes communicants, le recours à la réalité virtuelle ou augmentée… L’équipement sera à la disposition des professionnels de la formation partenaires, comme l’Afpa ou les centres de formation des apprentis (CFA), qui pourront l’utiliser pour délivrer des formations certifiantes – certificats de qualification professionnelle (CQP) de la métallurgie, par exemple. Plusieurs entreprises en auront l’usage pour leur formation continue. Safran Aircraft Engines y enverra ses propres opérateurs, « qui ne changeront pas de métiers, mais devront évoluer vers des environnements du futur », selon Dominique Camusso. Le fabricant de moteur d’avions, du fait de sa pyramide des âges, va connaître 1 000 départs dans les dix ans. Il espère que sortiront de cet équipement les talents dont il aura besoin pour les remplacer.

 

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