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Industrie agroalimentaire chinoise : mutations et investissements à l'étranger

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L’agroalimentaire s’est récemment ajouté aux matières premières et aux industries manufacturières, parmi les domaines d’investissements chinois à l’étranger. Cette évolution est la conséquence d’une profonde mutation du secteur en Chine, qui a elle-même répondu à de nouveaux besoins, analyse Jean-François Dufour, directeur de DCA Chine-Analyse, un spécialiste de l'analyse de marché.

Industrie agroalimentaire chinoise : mutations et investissements à l'étranger © dr.

L’industrie agroalimentaire chinoise s’est engagée dans une profonde mutation, toujours en cours, pour répondre à une consommation qui a radicalement évolué. L’étude China Corp. 2015, Agroindustry, publiée par la société d’intelligence économique DCA Chine-Analyse et diffusée à la fin de cet article, se penche sur cette mutation et ses effets.

la consommation de viande a bondi de 55%

La Chine de 1985 avait réussi à assurer son indépendance alimentaire sur la base d’un régime très pauvre, essentiellement basé sur les céréales. Celle de 2015, beaucoup plus riche et urbaine, doit répondre à une demande alimentaire qui a radicalement évolué.

Entre 1990 et 2010, la consommation chinoise de riz et de blé a diminué de 25% par habitant. Dans le même temps par contre, la consommation de viande a bondi de 55% par personne. Celle de produits laitiers a été multipliée par quatre et celle de produits aquatiques (poissons et crustacés) par six.

L’agriculture chinoise s’est adaptée pour répondre à cette évolution. Tandis que les cultures (essentiellement céréalières) assuraient 75% de ses revenus il y a 30 ans, leur part est descendue à 55% aujourd’hui (avec une participation plus importante des fruits et légumes). Dans le même temps, les produits de l’élevage (pour les trois quarts) et de la pêche, ont hissé leur part de 25 à 45%.

Fondamentalement, l’adaptation a porté sur la structuration du secteur agroalimentaire chinois. En trente ans, celui-ci est passé d’un modèle traditionnel, articulant fermes et marchés locaux, à un système organisé autour de grandes entreprises agroalimentaires passant des contrats avec les producteurs.

Cette mutation du domaine agroalimentaire a permis une forte augmentation de la production dans tous les segments, traditionnels mais aussi nouveaux : en 20 ans, la production de viande de volaille a plus que doublé, venant offrir une alternative au porc, la production de lait a quintuplé, et la production de produits aquatiques a été multipliée par huit, essentiellement grâce au développement de l’aquaculture marine et en eaux douces.

Les failles d'un système pas assez contrôlé

Mais "l'économie de marché socialiste" appliquée à l’agroalimentaire a également révélé de graves failles. La multiplication des scandales alimentaires témoigne du manque de contrôle sur un système dans lequel les intermédiaires se sont multipliés.

Le secteur laitier, un des plus dynamiques, est également celui dans lequel cette réalité s’est révélée de la manière la plus dramatique. Le scandale Sanlu, en 2008, avec l’empoisonnement de milliers de nourrissons par des additifs visant à gonfler les résultats d’analyses, a durablement ébranlé la confiance dans l’industrie laitière chinoise et souligné les failles du secteur agroalimentaire dans son ensemble.

Recherche de savoir-faire

Ces failles ont amené l’industrie agroalimentaire chinoise à une deuxième phase de restructuration. Elle vise à consolider les grands groupes agroalimentaires du pays et à renforcer leur contrôle sur leurs approvisionnements.

Cette nouvelle étape explique en partie certains des principaux investissements chinois à l’étranger depuis quelques années, motivés par l’acquisition du savoir-faire de sociétés agroalimentaires ayant une importante expérience de ce type de fonctionnements. La plus importante de ces opérations, l’acquisition du producteur de viande américain Smithfield par le chinois Shuanghui (depuis rebaptisé WH) pour 8 milliards de dollars en 2013, répondait en bonne partie à cette motivation.

Sécurisation des approvisionnements

L’autre motivation de la vague d’investissements chinois dans l’agroalimentaire à l’étrange est la sécurisation d’approvisionnements dans quelques secteurs qui échappent à la politique générale d’autosuffisance développée par le pays.

On trouve notamment dans cette catégorie la poudre de lait, pour des raisons non de production, mais de défiance vis-à-vis de la production locale évoquées ci-dessus. L’autre principale focalisation chinoise porte sur le soja, composante de l’alimentation animale dont la production trop peu compétitive a reculé sur le sol chinois.

Les nouveaux géants l’industrie agroalimentaire mondiale

Ce souci de répondre à des besoins précis a motivé une vague d’investissements qui, de la Nouvelle-Zélande à la France en passant par le Brésil les Etats-Unis ou la Suisse a entraîné une internationalisation accélérée des entreprises agroalimentaires chinoises depuis 2010.

Les grands groupes diversifiés comme le holding d’Etat COFCO, ou le shanghaien Bright Food, aussi bien que les spécialistes comme WH pour la viande, ou Yili, pour les produits laitiers, sont devenus en quelques années de nouveaux acteurs incontournables de l’industrie agroalimentaire mondiale.

Chine by L'Usine Nouvelle

Jean-François Dufour, directeur de DCA Chine-Analyse

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