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Quotidien des Usines

Industrialiser son innovation

Publié le

Méthode. Elever sa trouvaille au statut de produit commercialisable représente une véritable gageure pour l'inventeur qui doit savoir se faire conseiller et se protéger avant de tenter de convaincre un industriel.

Les entreprises citées

Géo Trouvetou contre la World Company. C'est le sentiment qu'éprouvent nombre d'inventeurs désireux d'industrialiser leur innovation. Il faut admettre que, pour un simple particulier, indépendant ou en fonction dans une entreprise, la voie qui mène à la fabrication de sa trouvaille a tout du parcours du combattant.

Il lui faudra d'abord trouver son chemin dans le dédale qui le conduira de l'Institut national de la propriété industrielle (Inpi) à la chambre de commerce et d'industrie en passant par l'Agence française de l'innovation (Anvar), l'Agence de développement économique et, pourquoi pas, une association d'inventeurs.

Son dossier sous le bras, il lui faudra ensuite réussir à pousser la porte d'un industriel qui ne l'attend pas, trouver le bon interlocuteur et le convaincre d'adhérer à son projet. Un jeu subtil qui le conduira à se dévoiler suffisamment pour éveiller l'intérêt, mais pas trop, pour protéger ses intérêts, qu'ils soient financiers ou qu'ils concernent la propriété intellectuelle. Ce n'est qu'au bout de ce cheminement qu'il parviendra, peut-être, à ses fins.

1se faire conseiller et accompagner

Pour le chômeur, l'ingénieur en poste dans une entreprise ou même le particulier qui a déjà créé son entreprise, les premiers interlo- cuteurs sont souvent les chambres de commerce et l'Inpi. Ce dernier, qui recense les brevets, organise régulièrement des permanences durant lesquelles les porteurs de projets peuvent rencontrer des conseillers en propriété indus- trielle. « Nous sommes souvent leur contact initial. Et nous pouvons mesurer à quel point ils sont démunis et désemparés », témoigne Franck Tetaz, directeur du bureau lyonnais du cabinet en propriété intellectuelle Regimbeau. Et pour cause : peu d'organismes leur sont dédiés. Les entreprises déjà structurées peuvent espérer trouver de l'aide à l'Anvar. Pour les indépendants, la voie royale reste le concours Lépine, salon organisé par l'AIFF (Association des inventeurs et fabricants français). En dehors du concours, l'AIFF propose à ses adhérents un service de conseil pour déposer un brevet à l'Inpi. L'association assiste ainsi le dépôt de 3 000 à 4 000 brevets par an. Par ailleurs, l'Anvar décerne des prix spéciaux dans le cadre du concours Lépine et propose même un soutien financier d'environ 3 000 euros pour l'inventeur qui souhaite créer son entreprise. Ils représenteraient 15 % des expo-sants selon Gérard Dorey, prési-dent de l'association.

Une autre fédération, la Fnafi (Fédération nationale des associations françaises d'inventeurs), organisée en associations régio-nales, a également pour but d'aider les inventeurs. « Nous sommes là pour les accompagner dans l'aboutissement de leur projet », expli- que Michel Camus, secrétaire du Groupe invention recherche du Nord-Pas-de-Calais, qui est affilié à la Fnafi.

Mais pour éviter d'avoir à frapper à toutes les portes, les agences régionales de développement, dont la première mission consiste à favoriser l'implantation d'entre- prises dans la région, peuvent servir de point d'entrée efficace et gratuit. Car ces agences, sous tutelle des conseils régionaux, peuvent également aider les jeunes pousses, voire les inventeurs. « Il est important de les écouter, puis de les alerter sur les démarches à effectuer. Nous pouvons ensuite leur ouvrir notre carnet d'adresses, et même les aider dans la création de leur entreprise, et faciliter les partenariats technologiques. Nous organisons aussi des rencontres où les porteurs de projets peuvent simultanément entrer en contact avec l'Anvar, les Critt (Centre régional pour l'innovation et le transfert technologique), les Drire (Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement) et même avec des business angels », explique Frédéric Faivre, responsable de la filière scien- ces du vivant à l'ARD Paris-Ile-de- France. « Nous avons récemment accompagné un salarié licencié de Pfizer qui tournait en rond depuis plusieurs mois. Grâce à notre aide, il a réussi à lancer sa propre entreprise, Drugabilis, dans le secteur de l'industrie pharmaceutique », ajoute-t-il.

2trouver et convaincre un industriel

Pour rencontrer un industriel susceptible de devenir partenaire, plusieurs méthodes existent. La plus simple : l'internet. « Dans une chambre de commerce, ma demande aurait mis trois semaines à un mois avant d'être traitée. En utilisant l'internet et en tapant quelques mots clés dans un moteur de recherche, j'ai rapidement trouvé des pistes qui se sont concrétisées par la suite », témoigne Georges Gual, ingénieur électronicien inventeur d'un nouveau concept d'éolienne. Pierre Trotoux, fondateur d'Astumania a préféré fréquenter les salons de la sous-traitance, comme le Midest. En effet, dans ce type de manifestation, bon nombre de PME peuvent être intéressées par les innovations proposées par des inventeurs indépendants. Elles ont peu de moyens en recherche-développement et elles sentent que ces derniers peuvent les aider à rester compétitives face à la concurrence venue des pays de l'Est et de l'Asie.

Une dynamique entrepreneuriale

Pourtant, convaincre un industriel reste souvent la tâche la plus ardue. « Il y a un véritable problème en France pour exploiter les idées et éveiller l'intérêt des industriels », admet David Ferron, conseiller innovation à la chambre de commerce de Lille. « Les entreprises ne prennent pas les inventeurs au sérieux. Les media en donnent souvent une image ridicule et peu valo-risante », reproche Michel Camus. Un problème d'image qui pèse lourd au moment de décrocher un premier rendez-vous. « Pour des personnes qui travaillent déjà dans une entreprise, ou qui sont adossées à un laboratoire, il est plus facile de faire valoir sa crédibilité », observe Franck Tetaz. Là encore, un accompagnement peut accélérer les choses. « Il est plus facile pour nous d'obtenir un rendez- vous auprès d'une grande société que pour un particulier », convient Frédéric Faivre.

Reste à affiner les discours et à préparer son argumentation. « Les gens qui n'ont pas d'autres intentions que de soutirer un maximum d'argent ont peu de chance d'aboutir », reprend Frédéric Faivre. « Les inventeurs doivent vite être sensibilisés aux coûts de leurs démarches. Et prendre conscience qu'ils sont dans une dynamique entrepreneuriale où il faut accepter d'investir pour avoir davantage de chance d'aboutir », confirme Franck Tetaz. Un des principaux handicaps concerne les volumes, souvent modestes comparés à l'activité de l'industriel. « Nous voulions faire une première série de 5 000 tubes, se souvient Mathilde Thomas, cofondatrice de Caudalie, entreprise spécialisée dans les soins cosmétiques à base de pépins de raisin. Beaucoup nous ont ri au nez. Cébal, alors filiale de Pechiney, a finalement accepté. Mais nous avons dû subir des délais horribles car nous passions après tous les autres clients. Sans compter les prix, à l'époque deux fois plus élevés que ce nous payons aujourd'hui ! Nous avons dû rediscuter pour régler la situation. Il faut vraiment convaincre avec ses tripes, il n'y a que ça qui marche vraiment. » C'est aussi ce qu'a vécu le salarié d'une entreprise d'électronique qui a mis au point un nouveau concept de cadre pour vélo tout-terrain : « J'ai rencontré presque tous les fabricants français sans succès : ils sont sollicités des dizaines de fois par mois et ils doivent faire le tri. Jusqu'au moment où un chef d'entreprise y a cru et a accepté de s'engager. »

3protéger efficacement ses intérêts

Georges Gual, dont l'invention est brevetée, n'a signé aucun contrat avec ses partenaires. Cas extrême qui ne peut valoir d'exemple. « Il serait dangereux de faire faire un prototype par une entreprise sans brevet préalable. Dans ce cas, il faut prévoir une lettre de secret qui engage la société pendant cinq ans. Une entreprise peut aussi acheter le brevet et le bloquer volontai- rement. Il faut donc prévoir un volume minimum de production. Le contrat doit également prévoir qu'en cas de faillite de l'entreprise, l'inventeur puisse récupérer son brevet, voire les stocks et les moules », préconise Gérard Dorey de l'AIFF. « Il faut s'assurer que l'entreprise va faire l'effort de développer l'invention, confirme Franck Tetaz. Le contrat peut inclure un minimum de ventes ou de revenu pour l'inventeur. Les entrepreneurs sont en général de bonne foi, mais il peut y avoir des changements dans l'entreprise ou dans le marché qu'il est prudent d'anticiper dès l'écriture du contrat. »

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