Quotidien des Usines

Inauguration de la 1ère tranche de GB2

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Inauguration

Le Premier Ministre, François Fillon et Anne Lauvergeon, patronne d'Areva, ont inauguré officiellement la 1ère des deux tranches du nouveau site d'enrichissement d'uranium, Georges Besse II, au Tricastin(Drôme). Le Premier Ministre s'est félicité de « la concrétisation d'un projet qui témoigne d'une politique nationale extraordinairement audacieuse en matière d'énergie ».

En effet, le procédé que développe Areva succède à la technique de la diffusion gazeuse appliquée depuis trente ans sur l'unité voisine d'Eurodif, appelée Georges Besse I, du nom de son premier patron.

La nouvelle usine de la SET portera le nom de Georges Besse II, ou « GB II ». Un « GB III » est même déjà évoqué aux Etats-Unis, maintenant qu'Areva a toute latitude pour utiliser un procédé qui fut longtemps chasse gardée de son concurrent Urenco.

Au Tricastin, le passage de témoin s'étalera sur sept ans. L'unité dite « sud » de GB II doit démarrer dans six mois, en attendant l'unité nord, puis l'arrêt de GB I. Le tout à isoproduction : de quoi alimenter une centaine de réacteurs.

Badge à la veste et masque à gaz en bandoulière, le visiteur commence par apprendre que les deux énormes tours aéroréfrigérantes qu'il contourne avant d'accéder au chantier desservent non pas la centrale nucléaire qu'exploite EdF, en face, mais bien Georges Besse I, juste à côté. Car, l'antique procédé de diffusion gazeuse d'Eurodif a ses caprices : il ne fonctionne qu'à 130 °C, tandis que GB II se contentera de la température ambiante.

Cette exigence fait de lui un procédé très énergivore, défaut qui est à l'origine de son abandon. « Pour séparer l'uranium 238 et son isotope U235, celui qu'on recherche pour produire du combustible et en faire passer la teneur de 0,7 à 5 %, Eurodif transforme le mélange en gaz et le pousse dans une succession de barrières en céramique d'où ne s'échappe que le 235. Cette opération mobilise beaucoup d'énergie : 3 000 MW à pleine capacité, cinquante fois plus que la centrifugation attendue sur GB II », explique François-Régis Lhomme, le responsable du site. Au point que trois des quatre réacteurs nucléaires voisins lui sont dédiés. Et de parvenir à cette situation ubuesque : la centrale nucléaire fournit de l'énergie à l'usine qui lui prépare son combustible !

Le visiteur désireux d'en savoir plus sur les coulisses de GB II se heurte vite à un obstacle : le secret. Pour se protéger de la concurrence et surtout de la malveillance, Areva est peu disert. Certes, le principe physique de la centrifugation est connu (en tournant dans un « bol » cylindrique mis en rotation, les atomes d'uranium se séparent entre lourds et légers), de même que l'agencement en cascade (l'opération est reproduite plusieurs fois pour progressivement affiner la séparation). Le tout en silence, et bien plus rapidement que les « plusieurs mois » que met le mélange à s'enrichir sur GB I au fil de ses 1 400 passages en barrière de diffusion. Mais impossible de connaître le nombre de centrifugations par cascade, et a fortiori d'admirer le premier hall tout juste équipé de ses grands bols en métal importés d'Allemagne et des Pays-Bas. « Le bâtiment sud comptera 64 cascades et le nord 48 », indique Gérard Perrat. On n'en saura pas plus.

Autre innovation sur GB II : l'automatisation des « accostages », ces opérations où les citernes d'uranium à enrichir libèrent leur mélange ou, à l'inverse, se chargent des fractions purifiées, uranium enrichi d'un côté (quais d'accostages rouges), appauvri de l'autre (quais jaunes). Gérard Perrat a fait ses calculs : GB II emploiera 450 personnes, trois fois moins que GB I, dont un tiers des effectifs ira sur GB II, un tiers démantèlera GB I et un tiers partira en retraite. Le Tricastin écrit bien une nouvelle page de son histoire, mais avec moins d'hommes.

Guillaume Maincent

Un chantier pharaonique
77 000 m3 de béton.
54 000 m² de toiture.
22 km de câbles moyenne tension, 310 km en basse tension.
12 km de tuyauteries propres à l'uranium.
1 650 emplois sur les chantiers nord et sud.
2 800 emplois chez les fournisseurs, à 60 % régionaux.
Un coût de 3 milliards d'euros.
L'actionnariat Areva (92,5 %), GdF-Suez (5 %), Kansaï-Sojitz (2,5 %).

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