Impliquons les grands groupes

Alors qu'une seconde loi sur la création d'entreprise se prépare. - le 08/04/2004

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La création d'entreprise couvre deux univers diamétralement opposés. L'un, dont le champ est le monde et l'autre, plus régional. Le premier regroupe les 5 % de créations d'entreprises hautement technologiques. La stratégie de croissance, de rentabilité et d'internationalisation très rapides de ces jeunes entreprises est accompagnée par le marché du capital-risque aux moyens financiers considérables. Pour elles, l'argent coule à flot.
Pour le second, en revanche, les TPE/PME, qui totalisent 95 % des créations, le seul souci est de durer et de progresser à un échelon local. Moins rentables, elles ont besoin d'un accompagnement de proximité.
Mais avec quels acteurs ? On l'a vu, le monde du capital-risque se consacre aux entreprises de haute technologie à très fort potentiel. Le conseil s'attache aux grandes entreprises matures. L'Etat ? Il n'a plus d'argent. Les banques ? Elles n'ont rien à gagner et refuseront de prêter même si on décide de relever les taux d'intérêt. L'appel aux contribuables ? Le Gouvernement y a pensé avec la création des fonds d'investissement de proximité (FIP). Je suis très sceptique. Pourquoi vouloir faire faire au contribuable le métier qu'à juste titre les investisseurs et les banquiers refusent de faire ? C'est une arnaque ! La seule solution passe par les grands groupes, notamment ceux du CAC 40. La première démarche d'un créateur d'entreprise ne doit pas consister à réaliser un business plan pour trouver de l'argent auprès d'investisseurs mais à décrocher des contrats. Il a d'abord besoin de clients. Il faut impliquer les grands groupes dans le développement local et la création d'entreprises dans une logique gagnant/gagnant.
A qualité de prestation et de prix équivalents, demandons leurs de consacrer 5 % à 10 % de leur budget fournisseurs à des entreprises de moins de cinq ans. On amènera ainsi de l'argent intelligent et pérenne à la création d'entreprise.
Cela ne leur coûtera rien. Au contraire. Elles prendront 1 ou 2 points de plus dans leur note globale de développement durable qui agira à la hausse sur leur cours de Bourse. Dans ce but, les agences de notation sociale et environnementale devront mettre en place un critère spécifique permettant d'évaluer l'implication des grands groupes dans le développement local, à travers le nombre de fournisseurs de moins de cinq ans qu'ils utilisent et le montant des budgets qu'ils leurs consacrent. Une démarche qui peut s'appliquer aussi aux Administrations et aux collectivités locales, qui dépensent des budgets colossaux dans des pépinières où meurent tant d'entreprises faute de clients.
Sensibles au développement de l'esprit d'entreprise en France, les directions générales des grands groupes (EdF, Havas, L'Oréal, Procter & Gamble, KPMG...) accueillent favorablement cette initiative que le club Horizons s'est donné comme objectif de mettre en oeuvre dans les mois à venir. Arrêtons la logique de l'assistanat et de la subvention. Encourager l'esprit d'entreprise, c'est d'abord bien informer et bien former avant d'aider. Le Gouvernement refuse de voir la réalité. On ne peut pas contraindre à aider un créateur d'entreprise, il faut que celui qui apporte son expérience, ses réseaux relationnels ou son argent en tire un bénéfice. Sinon on pourra toujours créer 1 million d'entreprises supplémentaires. Mais à quel coût ?
Thomas Legrain, membre du comité de pilotage du club Horizons qui réunit 70 jeunes décideurs ; P-DG de Coach'Invest

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