Immunité au Covid-19 : les tests de séro-neutralisation à la manoeuvre

La question de l'immunité acquise après une infection au SARS-CoV2 est cruciale mais encore mal connue. Pour faire progresser les connaissances sur ce sujet, les tests dits de séro-neutralisation sont essentiels. Reste à pouvoir les déployer à grande échelle.

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Immunité au Covid-19 : les tests de séro-neutralisation à la manoeuvre

Est-on immunisé contre le Covid-19 après avoir été infecté par le coronavirus SARS-CoV2 ? A quel point ? Pendant combien de temps ? Ces questions, cruciales pour envisager la suite du déconfinement, n'ont pas encore de réponses définitives. Pour faire progresser les connaissances dans ce domaine, les tests de séro-neutralisation sont essentiels. L'Institut Pasteur travaille à leur développement.

Comme les tests sérologiques menés sur le sang d'un patient, ces tests portent sur les anticorps développées par l'organisme lors d'une infection au SARS-CoV2. Mais à la différence des tests sérologiques qui se déploient dans les laboratoires d'analyse, les test de séro-neutralisation ciblent des anticorps spécifiques : ceux qui ont la capacité à neutraliser le virus.

« Les coronavirus comportent plusieurs protéines : S pour les spicules, M pour la protéine de membrane, E pour celle d’enveloppe, ou encore la N pour la nucléocapside. Chaque protéine génère une réaction de l’organisme, qui se traduit par la production d’un anticorps spécifique. Seuls les anticorps permettant de contrer la protéine S sont considérés comme neutralisants », explique Jean Dubuisson, chercheur du CNRS au Centre d'infection et d'immunité de Lille et spécialiste des relations hôte-pathogène.

Anticorps ciblant la protéine S

C'est en effet cette protéine S qui permet au SARS-CoV2 de pénétrer dans nos cellules. « Nous avons détecté des anticorps neutralisants chez certains patients, mais pour le moment nous ne savons pas si la quantité produite par l’organisme est suffisante pour garantir l’immunité. Les tests sérologiques développés par l’Institut Pasteur vont permettre de déterminer ce corrélat de protection », poursuit le chercheur.

Les tests de séro-neutralisation utilisent du sérum (liquide sanguin débarassé des cellules sanguines) d'un patient contaminé par le SARS-CoV-2. Ce sérum, qui contient les anticorps développés par le patient, est mélangé avec une solution de virus. Le tout est incubé pour permettre à l'anticorps contrant la protéine S de réagir avec le virus. Le mélange est ensuite mis en contact avec une culture de cellules hôtes du virus pour voir si ce dernier peut encore les infecter où s'il a été neutralisé par l'anticorps.

Corrélat de protection

« La neutralisation du virus peut être observée en regardant le taux de mortalité cellulaire ou encore si le virus induit des plages de lyse [des régions de cellules infectées sur une culture cellulaire, ndlr] », indique Jean Dubuisson.

La réalisation de ces tests avec différentes dilutions du sérum contaminé permet de déterminer le seuil de concentration d'anticorps permettant la neutralisation du virus. C'est ce que l'on appelle le corrélat de protection.

L'inconvénient de ce genre de tests est qu'ils sont longs à mettre en œuvre et ne peuvent être pratiqués que dans des laboratoires de catégorie 3, nécessitant des protections renforcées. « Impossible à mettre en place à grande échelle », pour Jean Dubuisson.

Des virus chimériques pour le déploiement à grande échelle

L’Institut Pasteur a donc mis au point un autre test de séroneutralisation utilisant des pseudo-virus, c’est-à-dire des particules virales chimériques incorporant la protéine S et ne pouvant pas se reproduire au-delà d’un seul cycle. Une protéine rapporteuse, comme la luciférase qui produit de la lumière en présence de certaines molécules, est également insérée pour faciliter les mesures.

Ces pseudo-virus sont incubés avec une certaine quantité d’anticorps, puis mise en relation avec des cellules. « La lecture peut être effectuée 24 à 48 heures après. S’il y a présence d’anticorps neutralisants, la particule va être bloquée au niveau de l’étape d’entrée virale et donc la luciférase ne pourra pas s’exprimer », détaille Jean Dubuisson.

L’utilisation des particules chimériques pour les tests sérologiques permet d’automatiser mais aussi de miniaturiser le procédé pour faciliter son déploiement et ainsi mieux appréhender le corrélat de protection.

De premiers résultats

« Il n’y a pas encore de données publiées officiellement, issues des tests de séroneutralisation, mais il commence à y avoir des premiers résultats, pointe Jean Dubuisson. Il semblerait ,par exemple, que les patients ayant fait une forme asymptomatique de la maladie n’aient pas d’anticorps neutralisants. Mais cela nécessite encore confirmation. »

La durée de l’immunité est aussi l’une des grandes inconnues concernant le SARS-CoV-2 à laquelle les tests sérologiques devront apporter une réponse. Les chercheurs manquent encore de recul et de données par rapport à ce coronavirus.

« Sur ce plan, on s’inquiète un peu car les virus de cette famille n’induisent généralement pas des anticorps qui persistent longtemps, déplore Jean Dubuisson. Nous n’avons pas d’éléments précis sur la durée de l’immunité, mais elle ne va sûrement pas au-delà d’un an ou deux ».

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