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L'Usine Auto

Ils ne partiront pas en vacances ensemble … Thierry et Robert Peugeot

Pauline Ducamp , , , ,

Publié le

Le petit monde de l’automobile française savait depuis longtemps que les deux cousins avaient pris des routes opposées. Les difficultés de leur joyau patrimonial, PSA Peugeot Citroën, a fait éclater au grand jour leurs divergences. Président de son comité de surveillance, Thierry Peugeot souhaite coûte que coûte conserver le groupe automobile dans le giron familial. Président de la holding familiale FFP, Robert Peugeot soutient la politique de diversification des investissements, quitte à abandonner le contrôle de PSA. A coup sûr, ils ne partageront pas la même voiture pour leur départ en vacances.

Ils ne partiront pas en vacances ensemble … Thierry et Robert Peugeot © D.R.

PSA au bord du gouffre depuis deux ans, tous les observateurs pointent la famille Peugeot comme principale responsable de la dégringolade du second constructeur européen. La famille aurait voulu à tout prix rester en Europe, n’aurait pas compris les enjeux de la Chine, de la mondialisation, aurait refusé des alliances opportunes, notamment avec BMW, pour garder le pouvoir et se retrouver finalement à signer le 29 février 2012 avec General Motors, acculée.

Or la famille Peugeot n’est pas un bloc. Plusieurs branches et plusieurs personnalités s’opposent depuis une dizaine d’années et le décès du patriarche Pierre Peugeot, le père de Thierry, en 2002. Le premier accrochage remonte à cette période, où chaque cousin tente de trouver sa place dans la succession.

Territoires marqués

Thierry (57 ans) entre alors au comité de surveillance du constructeur, Robert (63 ans) fait lui déjà partie du comité exécutif depuis 1998. Il gère tout ce qui concerne le design et l’innovation et crée l’ADN, le studio de design de Vélizy (Yvelines). C’est à cette période qu’il prend les rênes de FFP, la holding qui possède en grande partie PSA. Sous sa présidence, FFP va multiplier les investissements en dehors de l’automobile, mais toujours en privilégiant des entreprises familiales. En 2002, FFP investit dans la maison de champagne Taittinger, en 2004 dans l’entreprise d’électroménager SEB, en 2006 dans le consortium autoroutier SANEF et dans Zodiac.

Les territoires de chacun sont alors marqués : Thierry est aux manettes du constructeur, Robert gère les finances et dispose d’un droit de regard comme premier actionnaire du constructeur. Le style des deux cousins est à l’opposé. Thierry Peugeot est réputé discret, attaché aux traditions familiales. Robert a contrario aime chasser en Afrique, les fêtes, les cigares et le golf. Deux manières d’appréhender les choses.

Le premier accrochage

Le premier accrochage remonte à la succession du président du directoire Jean-Martin Folz en 2006/2007. La nomination comme président du directoire de l’ex PDG d’Airbus Christian Streiff ne fait pas l’unanimité. Robert Peugeot se serait bien vu occuper le poste. Or Thierry Peugeot nomme l’industriel pour redonner un coup de fouet au constructeur français. Des soucis de santé vont empêcher Christian Streiff de mener à bien sa mission et la crise de 2008/2009 balaye de plein fouet le groupe automobile. Robert a lui quitté le comité exécutif du groupe en 2007, peu après l’arrivée de Christian Streiff. A la tête de FFP, il poursuit la politique de diversification, une chance pour PSA qui se refinance grâce aux dividendes touchés hors de l’automobile.

L’arrivée de Philippe Varin en 2009 ramène un peu de calme : sa mission est d’internationaliser le groupe. Mais l’omniprésence de la famille au comité de surveillance comme dans la holding limite sa marge de manoeuvre. Christian Streiff l’avait déjà dit en son temps : être patron chez PSA, c’est être un patron sous surveillance. Robert voit une seconde fois sa volonté de diriger PSA retoquée. 
La rupture est cette fois patente et la trêve de courte durée.

L'alliance avec GM

Et comme un malheur n’arrive jamais seul, la crise mondiale puis européenne de l’automobile se concentre sur PSA, après quelques années de répit grâce au système de la prime à la casse. Le groupe est encore trop présent en Europe, avec la majorité de ses usines sur le continent quand la croissance et les ventes se trouvent en Chine, en Amérique du Sud. Pour sauver PSA, Philippe Varin n’a d’autres choix fin février 2012 que de nouer une alliance stratégique avec General Motors. L’Américain prend 7% du capital et devient le second actionnaire derrière la famille Peugeot, qui détient désormais 25% du capital. La stratégie des partenariats ciblés avec BMW, Toyota ou Ford a fait long feu. La famille accepte de diluer sa participation pour sauver le groupe.

Qui pour investir ?

Et cette dilution n’est peut-être pas la dernière. Depuis mi 2011, PSA consomme une centaine de millions d’euros par mois, après deux plans de restructuration. Comment préparer l’avenir du groupe en Chine ou au Brésil et son adaptation aux nouvelles normes environnementales, aux nouvelles attentes du public en matière de connectivité, des défis qui demandent des centaines de millions d’euros d’investissement ? La famille n’a plus d’argent, soulignent nombre d’observateurs. Du moins plus assez pour relever ces challenges. General Motors est lui dans une position attentiste : l’alliance va-t-elle fonctionner ? L’Américain ne semble pas vouloir remettre au pot.

Au printemps, ont donc surgi de nouvelles rumeurs de division entre les cousins. La holding serait prête à lâcher un peu plus PSA et à permettre l’entrée d’un constructeur chinois. "Nous voulons tous rester dans l’automobile" rappelait Robert cet automne. "La famille est unie" lançait Thierry il y a quelques semaines. Reste qu’une solution pour sauver durablement PSA ne peut passer que par un accord de la famille. Une troisième branche Peugeot pourrait jouer les arbitres : celle de Jean-Philippe, l’administrateur des Etablissements Peugeot Frères, qui détient presque 80% de FFP. Mais après la présentation des résultats financiers semestriels le 31 juillet, il y a peu de chances pour que Thierry et Robert Peugeot passent leurs vacances ensemble.

Pauline Ducamp

Retrouvez le prochain épisode de notre série "Ils ne passeront pas leurs vacances ensemble", jeudi 8 août, sur la rivalité entre Michael Dell et l'homme d'affaires Carl Icahn pour le contrôle du groupe informatique américain Dell.

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