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Quotidien des Usines

Île-de-France : L'industrie de la Défense achève sa mutation

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L'Ile-de-France est fortement touchée par les restructurations industrielles des groupes liés à la Défense. Leurs sous-traitants, victimes de la chute des commandes, ne doivent leur salut qu'à une forte stratégie de diversification dans le civil.

Les entreprises citées

L'heure du bilan a sonné pour un secteur d'activité qui représentait, en 1995, dans la région, plus du tiers des effectifs de l'industrie nationale de Défense ! Au total, près de 120 000 emplois, dont 60 000 directs, sont concernés, les deux tiers provenant de grands groupes et un tiers des PME-PMI de sous-traitance. Avec une perte sèche de 10 000 à 12 000 emplois directs, " pouvant évoluer jusqu'à 20 000 d'ici à cinq ans ", selon François Buffeteau, délégué régional aux restructurations de la Défense, la région paie un lourd tribut à cette délicate mutation industrielle qui parvient aujourd'hui à son terme. Pour s'adapter à la crise et à la contraction des budgets militaires, les grands groupes ont dû réaliser d'importantes restructurations de leurs principaux sites franciliens. A commencer par Thomson-CSF. Le géant de l'électronique vient de transférer les activités de fabrication de matériel militaire de détection sous-marine (sonars) de son site d'Arcueil (Val-de-Marne) vers ses unités de Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes) et de Brest (Finistère). Une opération qui conduit à l'abandon d'un site d'une superficie de 2 hectares, reconverti par Thomson en centre d'activité civile avec la réimplantation, sur une partie des locaux, de ses filiales Thomson Service Industrie (TSI) et Thomson Service central de la propriété industrielle (SCPI). Reste 1,6 hectare de friches à combler, sur lesquelles la mairie d'Arcueil, à la faveur d'un récent pro- tocole d'accord avec l'Etat, la ré-gion et Thomson, veut attirer de nom- breuses entreprises de high-tech. Mais, pour l'heure, l'abandon du site a entraîné le reclassement ou le licenciement de 350 salariés, avec " l'engagement de recréer une centaine d'emplois dans un futur proche ", tient à souligner Jean-Pierre Briand, directeur général de la société Geris, filiale de Thomson chargée des problèmes de reconversion. De son côté, la branche armement d'Aérospatiale est sur le point de finaliser la réorganisation de son centre d'étude et de fabrica- tion de prototypes de missiles à Châtillon (Hauts-de-Seine), transféré à Bourges (Cher).

De lourdes restructurations

Résultat de l'opération : 150 millions de francs investis et la perte de 900 postes en Ile-de-France. Le site de Châtillon, destiné à regrouper le personnel des unités de Verrières-le-Buisson (Essonne) et de Magny-les-Hameaux (Yvelines), deviendra un centre à vocation tertiaire (siège social et études).

Pour la Snecma, le bilan de la reconversion de l'ensemble de ses sites franciliens est encore plus lourd. La rationalisation de sa production, entamée depuis quatre ans, a conduit à un redéploiement général et à un regroupement d'une majeure partie de ses activités sur son site principal de Melun-Villaroche (Seine-et-Marne). Cette opération d'envergure s'est soldée par le transfert de sa division électronique (Elecma) de Suresnes (Hauts-de-Seine), un centre à présent fermé, ainsi que d'une large part des activités de transmission de puissance de sa filiale Hispano-Suiza, établie à Bois-Colombes (Hauts-de-Seine).

Forte chute des commandes militaires

Au total, la Snecma aura consacré 400 millions de francs à son redéploiement industriel et administratif et perdu près de 4 000 emplois. " Mais, depuis la reprise économique, en 1996, notre groupe a retrouvé une meilleure santé financière, avec un impact indirect sur l'emploi dans la sous-traitance ", précise Yves Bonnet, vice-président de la Snecma. Dans le sillage des grands donneurs d'ordres, les PMI sous-traitantes doivent s'adapter à la chute des commandes militaires. Pas fa-cile, pourtant, pour la plupart d'entre elles, de sortir du marché protégé de la Défense pour entrer sur des marchés plus concurrentiels ! Une étude d'envergure, menée depuis deux ans par la Drire, sur 220 sous-traitants des départements des Yvelines et des Hauts-de-Seine, montre toutefois une baisse significative de leur dépendance vis-à-vis du secteur de la Défense. Pour s'en affranchir véritablement, les entreprises sous-traitantes doivent leur salut à une forte stratégie de diversification, par le développement de produits propres sur des secteurs comme le sport automobile, les transports en général et, plus naturellement, vers l'aéronautique civile.

C'est le cas de la société Wuilfret, établie à Limeil-Brévannes (Val-de-Marne). Au départ spécialisée dans l'usinage de pièces pour l'aéronautique, notamment pour le compte d'Aérospatiale Armement, la société s'est aujourd'hui re-convertie sur deux activités : le marché de la télécommunication spatiale (réseaux satellitaires) et celui de l'aviation civile, grâce à la fabrication d'un produit spécifi-que : un simulateur de mouvements. Ce dernier est destiné à tester les centrales inertielles de guidage des aéronefs. " En huit ans, nous sommes passés de 80 % d'activités militaires à 50 %, explique Philippe Renevey, P-DG de Wuilfret. Et nous visons les 80 % dans le civil dans un futur proche. "

Course à la reconversion pour les PMI sous-traitantes

Berenger Rouard, l'autre société de ce chef d'entreprise, établie à Asnières (Hauts-de-Seine), positionnée à l'origine sur des pièces d'aéronautique exclusivement pour le secteur de la Défense, a su transférer son activité de fabrication de poussoirs de soupapes vers la compétition automobile (rallyes, Formule 1). Principaux clients : Renault, Peugeot et Ferrari. Autre reconversion réussie : celle de la société Srébot, installée à Bondoufle (Essonne). Spécialisée dans la mécanique de précision pour l'armement, cette société s'est tournée avec succès sur les marchés à l'export, de l'aviation civile, du sport automobile et de la chimie (pétrole). Cela grâce au développement d'une gamme d'instruments de haute précision destinés à la mesure de pièces mécaniques. Résultat : la part de ses activités militaires a basculé en sept ans, de 70 % à 7 %. Enfin, l'entreprise Secel, établie aux Ulis (Essonne), fabricant de câbles (faisceaux, systèmes de communication) pour l'armée de terre, en prise à de sérieuses difficultés depuis 1992, a entamé depuis un an une reconversion pour le moins singulière. " En essayant de nous diversifier dans le domaine de l'industrie, nous sommes finalement retombés par pur hasard dans le secteur de l'armement, dans la même activité : les câbles de liaison pour l'armée de terre, mais pour d'autres clients comme Aérospatiale et Thomson auxquels nous consacrons toujours la majorité de nos activités ", explique Gérard Pinaud, P-DG de Secel. Preuve que l'industrie francilienne de la Défense n'est pas morte malgré tout.



Deux accords sur le redéploiement industriel

Al'issu du comité régional qui s'est tenu le 7 octobre dernier, l'Etat, la région et Thomson-CSF ont conclu deux protocoles d'accord sur les mesures d'accompagnement du redéploiement industriel de la Défense en Ile-de-France. Le premier permet la réutilisation des emprises industrielles franciliennes, le redéploiement des effectifs de Thomson-CSF, la recherche de partenaires dans l'industrie civile pour faciliter le développement et la diversification des PME-PMI sous- traitantes. Le second concerne la reconversion du site de Thomson Arcueil (Val-de-Marne). Les trois parties prenantes s'engagent, avec la commune d'Arcueil, à redynamiser l'activité industrielle locale et à développer l'emploi sur ce bassin.



Les organismes de soutien

Aérospatiale Développement

Société de capital-risque créée en 1996 pour soutenir les PME-PMI sous-traitantes d'Aérospatiale, à vocation régionale. En région parisienne, quatorze conventions de développement sont en cours avec les entreprises liées au groupe.

La SODIE

(Société pour le développement de l'industrie et de l'emploi) a pour mission d'aider, entre autres secteurs, les entreprises de Défense dans leur reconversion avec maintien ou création d'emplois à la clé.



De précieuses aides à la reconversion

Les entreprises franciliennes de la Défense peuvent bénéficier de certains soutiens financiers à leur reconversion

Le Fonds de restructuration de la Défense (Fred) octroie 160 millions de francs par an au secteur sous forme de subventions du ministère de la Défense. La région pourrait bénéficier de 20 millions de francs par an.

Le Fonds de développement des PMI (FDPMI) constitue un fonds d'aide à l'investissement matériel. 60 millions de francs par an y sont consacrés. L'industrie de la Défense en profite à hauteur de 10 %.

Le programme européen Konver : programme de diversification pour les zones d'emploi liées à l'industrie de l'armement. Principales zones identifiées en Ile-de-France : Nord-Essonne, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-d'Oise, Yvelines. Il est financé par le Feder (Fonds européen de développement régional) et le FSE (Fonds social européen). Ces derniers octroient globalement, pour la période 1995-1999, 52,6 millions de francs d'aides aux entreprises franciliennes éligibles.

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