Il relance le pull breton

L'ancien bras droit de Vincent Bolloré donne un coup de jeune à la PMI quimpéroise Armor Lux et la lance à la conquête du Japon.

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Le costume strict, mais les cheveux ébouriffés, Jean-Guy Le Floch déboule dans son show-room du Marais. " Excusez-moi, je suis en retard, mais Paris, c'est vraiment une galère ", lance-t-il, non sans une pointe d'humour. Car ce jeune (43 ans) et dynamique patron breton, qui relance de manière spectaculaire l'entreprise quimpéroise Armor Lux (pulls marins), a déjà derrière lui une brillante carrière dans la capitale. Il a été pendant près de dix ans le bras droit de Vincent Bolloré.

La transformation du manager en entrepreneur est bien engagée : en deux ans, Jean-Guy Le Floch a fait progresser son chiffre d'affaires de 128 à 225 millions de francs et ses effectifs de 430 à 480 personnes. Novice dans le textile, il a fait appel à son impressionnant carnet d'adresses pour trouver un styliste capable de redynamiser la marque. Son choix s'est finalement porté sur Zucca, le célèbre designer japonais, qui a créé une ligne de pulls rayés, mais avec une touche avant-gardiste nippone. D'où l'excellent accueil réservé à ses produits par le Japon. Car Jean-Guy Le Floch mise beaucoup sur l'exportation, qui représente désormais 50 % de son chiffre d'affaires.

La conversion n'était pourtant pas évidente pour un homme dont le profil a longtemps été celui d'un premier de la classe. Centralien, Jean-Guy Le Floch va faire un " master of science " à Stanford, où il découvre aussi la finance. Y ayant pris goût, il passe son diplôme d'expert-comptable par correspondance. " Quand j'entreprends quelque chose, j'aime aller jusqu'au bout ", observe-t-il. Fort de cette double formation, il débute aux ACB (groupe Alsthom), puis entre chez Bull. En 1982, il rencontre Vincent Bolloré et, séduit par le charisme du jeune patron, il le rejoint, gravissant rapidement tous les échelons de son groupe. Après le départ de Michel-Yves Bolloré, il devient le principal collaborateur du P-DG. Mais, en 1991, l'OPA hostile sur Delmas-Vieljeux ne l'enthousiasme pas. " Les liens se sont alors un peu distendus avec Vincent, et Jean-Yves Le Foch a dû compter avec la nomination d'un second directeur général ", confie l'un de ses anciens collaborateurs. Les deux hommes n'en continuent pas moins d'entretenir des relations de confiance. Jean-Yves Le Floch se rend deux fois par mois à la tour Delmas, où il conserve un bureau, et siège au conseil d'administration de quatre sociétés du groupe. " Ah, si je pouvais décompresser en écoutant "Dar al Braz" ! ", ironise-t-il. Consacrant ses rares loisirs à ses trois enfants, il travaille six jours et demi par semaine et n'a pas pris de vacances depuis deux ans. Il récupère en dormant dans les avions. Car, si l'achat d'Armor Lux témoigne de l'attachement à sa région de Jean-Guy Le Floch, né à Carhaix-Plouguer dans une famille bigouden depuis toujours, celui-ci sait que, pour continuer à produire localement, il n'y a pas d'autre solution que le développement international.

USINE NOUVELLE N°2562

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