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L'Usine Matières premières

"Il n'y a pas que Montagne d'or en Guyane" dit Sébastien Lecornu, qui y promouvra aussi le bois

Myrtille Delamarche , , , ,

Publié le

Le secrétaire d’Etat à la Transition écologique et solidaire part en Guyane, du 24 au 27 juillet, pour évoquer la transition énergétique et la diversification économique du territoire. A son agenda, des échanges avec la filière aurifère – y compris sur le projet Montagne d’or –, la lutte contre le fléau de l'orpaillage illégal et la valorisation (énergie et matière) du bois.

Il n'y a pas que Montagne d'or en Guyane dit Sébastien Lecornu
Il n'est pas certain que l'exploitation accrue du bois en Guyane trouve un meilleur écho auprès des associations environnementales que les mines d'or.
© WWF

Le programme de cette visite de quatre jours en Guyane est chargé, pour Sébastien Lecornu. Le secrétaire d’Etat auprès de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, entend avancer sur la transition énergétique du territoire de Guyane, ainsi que sur les pistes de diversification économique, tant dans le bois que dans la filière mines. Pour que la montagne ne cache pas la forêt…

135 permis miniers

Sébastien Lecornu, qui a démontré un intérêt particulier pour les outre-mer, notamment lors des campagnes électorales qu’il a accompagnées, se rend pour la deuxième fois depuis sa nomination en Guyane. Là-bas, il rencontrera la filière aurifère légale, pour voir dans quelle mesure l’Etat peut accompagner sa structuration.

En 2016, la Guyane totalisait 135 permis miniers représentant une surface de 200 000 ha en cours de validité, dont 50% en activité (concessions, permis d’exploitation ou d’exploration). La partie légale de la filière regroupe une cinquantaine d’entreprises, 2200 emplois (600 emplois directs et 1 600 emplois indirects, à comparer aux quelque 4600 emplois liés au spatial). Cette même année, 1,3 tonne d’or a été exportée pour un chiffre d’affaires de 42,28 millions d’euros. Cela représente environ 1% du produit intérieur brut de la Guyane. "Il n’y a pas que Montagne d’or", rappelle Sébastien Lecornu. "Il y a un débat, qui suscite de l’intérêt, sur ce projet. Mais y a aussi une filière aurifère, préexistante, qui se structure petit à petit en Guyane. On doit à la fois être à son écoute et lui demander des choses. J’irai tant à sa rencontre qu'à celles des associations de défense de la nature et des élus guyanais."

Les avis sont partagés, au gouvernement, sur le dossier de mine industrielle porté par la Compagnie minière Montagne d’or. Nicolas Hulot a exprimé ses réserves, tandis qu’Emmanuel Macron a à plusieurs reprises souligné l’importance économique et sociale du projet. Une préoccupation que partage Sébastien Lecornu. Le secrétaire d’Etat cherche actuellement à mesurer les garanties possibles à obtenir des porteurs de projet – avec à leur tête la minière russe Nordgold - sur les retombées économiques et sociales de cet investissement de plus de 700 millions d’euros qui devrait fournir des emplois durant 17 ans (construction, 12 ans d’exploitation, après-mine). Le rapport entre empreinte environnementale et bénéfices sociaux-économiques sera crucial, dans une région (l’ouest guyanais) où le taux de chômage atteint 50%. C’est le double du taux de chômage de l’ensemble de la Guyane (23,2%) et 5 fois le taux français (10,1%). 

Une deuxième Harpie contre l’orpaillage illégal

Il existe, enfin, une autre filière aurifère, illégale, mais bien plus puissante puisqu’elle produirait annuellement 10 à 12 tonnes d’or, contre 1 à 2 tonnes dans la filière légale. Selon le WWF, les orpailleurs utilisent en moyenne 1,3 kg de mercure pour récupérer 1 kg d’or. Ce polluant, interdit depuis 2006, ne se dégrade pas naturellement (contrairement au cyanure qui l’a remplacé dans les procédés industriels). Déversé dans la nature, il se transforme en un neurotoxique dangereux pour la faune comme pour les hommes.

"L’orpaillage illégal est un fléau. C’est la cause de la plupart des pollutions que l’on peut constater dans les rivières guyanaises, selon Sébastien Lecornu. Mais il s’agit aussi de rétablir l’état de droit, car ces personnes ne peuvent s’autoriser à piller les ressources naturelles qui appartiennent à la France et à la Guyane."  Deux bonnes raisons pour renforcer les moyens de lutter contre cette exploitation illégale de l’or. C’est le rôle de Harpie 2, une deuxième phase de l’opération interministérielle lancée en 2008 par le président de la République Nicolas Sarkozy.

A Cayenne, Sébastien Lecornu compte s’assurer de la bonne coordination entre les services impliqués dans cette opération de lutte contre l’orpaillage illégal (LCOI) pilotée par le préfet de région et le procureur de la République. Au niveau opérationnel, elle est conduite conjointement par les forces armées en Guyane, les forces de gendarmerie et les autres services de l’Etat (police de l’air et des frontières, Office national des forêts, Direction de l’environnement, de l'aménagement et du logement, douanes, parc amazonien de Guyane). "Harpie 2 sera déployée dans l’ensemble de la forêt guyanaise, avec des moyens renforcés, tant sur les volets judiciaire et policier qu’administratif", promet Sébastien Lecornu.

Bilan mitigé après dix ans d’opération Harpie

Lors de sa visite en Guyane en octobre 2017, le président de la République Emmanuel Macron avait annoncé cette deuxième phase. Il faut reconnaître que le bilan de la première phase est mitigé. En dix ans, Harpie a effectué plus de 15 000 patrouilles, détruit 5225 motopompes, soit le nombre de motopompes nécessaires pour faire tourner plus de 2600 chantiers alluvionnaires. Mais cinq militaires y ont perdu la vie, sur les 310 déployés quotidiennement sur le terrain.

Entre 2008 et 2016, le nombre de sites illégaux repérés est certes passé de 535 à 223. Mais 2017 a été une année noire pour Harpie. Au 31 décembre, 609 sites illégaux étaient répertoriés, malgré la destruction au cours de l’année de 645 autres. Les gendarmes étaient mobilisés sur la lutte contre la délinquance et les mouvements sociaux du printemps 2017. Quant aux forces armées en Guyane, elles ont été sollicitées en renfort après le passage de l’ouragan Irma aux Antilles.

Le bois, l’autre matière première de la Guyane

"Toutes les filières économiques doivent être développées, c’est ce que le chef de l’Etat avait dit lorsqu’il avait lancé les Assises de l’outre-mer à Cayenne", ajoute Sébastien Lecornu avant son départ pour Cayenne. "On pense beaucoup à l’or. On ne parle pas assez du bois, qui constitue une opportunité économique intéressante en Guyane, tant le bois énergie que le bois de construction. Il y a des enjeux d’assouplissement de certaines normes réglementaires. Nous l’avions fait pour le gabarit des chemins forestiers par exemple."

Avec plus de 8 millions d’hectares de forêt, la Guyane est recouverte à 97% par la forêt amazonienne. Celle-ci recèle des bois de construction (Cumaru, Grignon, Angélique), des bois adaptés à l’ameublement et la parqueterie (Wacapou, Balata, Cœur dehors…) mais également des bois précieux, prisés par la marqueterie et les luthiers : acajou, ébène rouge, Boco… En Guyane, la filière forêt-bois compte environ 250 entreprises, dont près de 90% sont des TPE, qui exploitent et transforment 80 000 m³ de grumes chaque année. Quelque 40 entreprises et 200 salariés travaillent dans la première transformation (exploitation, sciage). La seconde transformation (charpente, menuiserie, agencement) fait vivre plus de 160 entreprises et plus de 600 salariés. Au total, la filière emploie directement plus de 900 personnes, qui réalisent un chiffre d’affaires global de l’ordre de 100 millions d’euros (plus de 2% du PIB guyanais). Reste que le marché local est étroit tandis que les coûts d’exploitation et des infrastructures portuaires sont élevés par rapport aux pays voisins, comme le reconnaissent les auteurs du Programme régional Forêt Bois de Guyane 2018-2028.

De l’énergie pour toutes les filières

"Il y a, enfin, des enjeux sur l’énergie en Guyane. C’est la raison pour laquelle Jean-François Carenco, le président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) m’accompagnera. Un grand territoire dans lequel il y a autant de ressources naturelles ne peut pas se résoudre à produire son électricité à base de fuel ou de charbon. Pas après la Cop 21 et l’accord de Paris, au moment où la France métropolitaine va sortir sa programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE)", ajoute Sébastien Lecornu. "Il est vrai qu’'en métropole, on parle beaucoup de nucléaire. On ne comprendrait pas que sur les territoires ultra-marins, en Guyane comme ailleurs, on n’ait pas une transition vers une énergie verte."

C’est, aussi, une partie de la réponse au chômage, croit le secrétaire d’Etat. "La production énergétique est, par essence, très décentralisée. Lorsque vous construisez une centrale solaire doublée d’une unité de stockage, il y a besoin de maintenance de proximité. Elle ne viendra pas de Paris. C’est un modèle de proximité qui réintroduit de l’emploi au plus proche des territoires." Bien au-delà des emplois directs, la majorité des études mesurant l’impact de l’électrification (principalement dans des pays en développement) ont démontré des créations nettes d’emplois et des hausses de revenus liées au développement d’activités économiques nouvelles.

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