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Il n'y a pas d'âge pour changer d'emploi

Christophe Bys , ,

Publié le

La mobilité n’est pas réservée aux juniors. Quel que soit votre âge, vous pouvez trouver un poste dans une autre entreprise que la vôtre. À chaque âge ses motivations et ses projets. 

Il n'y a pas d'âge pour changer d'emploi © Fotolia

La chute est nette. L’indicateur de mobilité des managers établi par le cabinet Deloitte et le site nomination.fr a chuté de 28 % en 2008 à 21 % en 2013, un niveau qui a stagné ces quatre dernières années. L’incertitude économique est passée par là, réduisant le nombre d’offres mais aussi celui des volontaires à un changement de poste. Si la mobilité est moins aisée, elle n’est pas devenue impossible, loin s’en faut, et ce, quel que soit votre âge, pourvu que vous respectiez quelques règles et connaissiez les chausse-trappes qui vous attendent. Avant d’envoyer votre CV et votre lettre de motivation, faites le point sur votre situation, vos envies et vérifiez qu’elles coïncident avec les attentes du marché. Sans oublier que tous les cas sont particuliers et qu’il n’existe pas de carrière toute tracée.

À 30 ans, presque tout est possible

Changer à 30 ans, rien de plus facile. Bien formé et au fait des dernières technologies, fort d’une première expérience professionnelle, c’est-à-dire ayant intégré les règles et les usages de la vie en entreprise pour un salaire encore raisonnable aux yeux du DRH, voilà autant d’arguments qui font du trentenaire le chouchou des recruteurs. Et pour ne rien gâter, la jeune génération, plus curieuse que ses aînées, n’envisage pas forcément une carrière au long cours chez un seul employeur. En témoigne le taux de mobilité par âge établi par Deloitte et nominations.fr : il atteint 31 % chez les moins de 35 ans, la mobilité externe représentant 51 % des mouvements enregistrés. En effet, le trentenaire dispose d’un dernier atout : "Il peut se tromper, car il pourra se rattraper sans trop de difficultés", précise la coach Corinne Samama.

Si vous n’avez pas changé d’entreprise et que vous souhaitez le faire, c’est "le bon moment pour se poser la question et franchir le cap", estime Laurent Hürstel, directeur associé du cabinet Robert Walters. À cet âge, l’infidélité paie davantage. "L’écart de rémunérations sera plus fort en mobilité externe (entre + 15 % et + 20 %) qu’interne (entre + 5 % et + 10 %)", calcule Bern Terrel, directeur au sein du cabinet Hudson France. "Le salaire n’est jamais la seule motivation, insiste Stéphanie Rimbaud, consultant senior du cabinet Taste. Le trentenaire change pour de nouveaux défis, pour gérer un périmètre plus large. Le salaire, c’est la cerise sur le gâteau."

Ultime avantage, ils sont encore célibataires, ou, en tout cas, sans responsabilité familiale, ce qui facilite leur mobilité. Pour certains, pas pour certaines cependant. Pour les jeunes femmes, la situation peut être difficile. Certains employeurs sont inquiets à l’idée d’embaucher une jeune femme sans enfants. Que va-t-il se passer si elle tombe enceinte ? Plusieurs professionnels du recrutement confirment en off cette attitude. Alors renseignez-vous mesdames et ne perdez pas votre temps à envoyer vos CV à ces entreprises machos !

"Ma carrière, je préfère la construire moi-même"

Bénédicte Maignier
36 ans, contrôleuse de gestion, a quitté une filiale d’EDF pour entrer chez Oscaro.com

Pour quelles raisons avez-vous voulu changer de travail ?
Je travaillais dans une filiale d’EDF spécialisée dans les smart grids. J’avais terminé la mission qui m’incombait et donc cherchais à changer d’horizon. Comme j’ai régulièrement changé d’environnement, cela ne m’a pas posé de problèmes particuliers. J’ai fait un mini-bilan de compétences, consulté des amis, des personnes de mon entourage professionnel. Je me suis renseignée sur les métiers du conseil, mais aussi sur la création de société, sur les entreprises de taille intermédiaire. J’en ai vraiment profité pour m’informer et définir de nouvelles perspectives professionnelles.

Dans la conjoncture actuelle, la peur d’être sans emploi ne vous a pas effleurée ?
Je crois surtout que ce ne sont plus les entreprises qui font les carrières de leurs salariés. Je préfère construire la miennemoi-même. J’ai besoin de changer, de sortir régulièrement de ma zone de confort. Comme je fais un métier où il y a beaucoup d’offres, je sais que je peux trouver un poste. Je voulais une ambiance, un projet qui corresponde à mes envies. Ensuite, mon conjoint a un poste stable, c’est plus simple. C’est sûr qu’on ne prendra pas des risques en même temps.

Qu’est-ce qui vous a décidé à prendre ce poste-là plutôt qu’un autre ?
Je me suis informée sur Oscaro sur internet et dans la presse. J’avais besoin de comprendre le projet de l’entreprise, ses motivations. Ce qui a été déterminant, ce sont les personnes que j’ai rencontrées lors des entretiens. Elles ont beaucoup de projets, il y a pour moi des défis à relever pour un certain temps.

40 ans, l’heure des choix

Qui lit des romans anglo-saxons le sait : la quarantaine, c’est l’âge de la "mid-life crisis". En français : la crise du milieu de la vie, c’est-à-dire l’heure des premiers bilans accompagnés parfois de brutales remises en question. C’est le syndrome du "si je ne le fais pas maintenant, je ne pourrais jamais le faire". Ce n’est pas faux. Si vous n’avez jamais changé d’entreprise, c’est peut-être le moment de le faire, car après 50 ans ce sera mission impossible ou presque.

Crise de la quarantaine ou pas, cela ne donne pas le droit de faire n’importe quoi. Le quadra doit composer avec des obligations familiales (travail du conjoint, enfants à élever…), qui peuvent restreindre ses possibilités ou le conduire à revoir ses priorités. "Au fil du temps, la hiérarchie des préférences entre la vie privée et la vie professionnelle change", rappelle Frantz Buchot, le directeur des ressources humaines du groupe Amaris, évoquant un parallèle avec la pyramide des besoins de Maslow appliqué à la vie professionnelle. "Le besoin d’appartenance et de statut se substitue peu à peu à celui de survie et de sécurité", dit-il.

D’autres motivations existent, comme en témoigne Frédéric Onado, 41 ans, qui vient de rejoindre la direction opérationnelle d’Avisto, une société d’ingénierie. Pour motiver son choix, il cite "l’envie de retrouver un esprit de défi, l’envie d’apprendre." Un choix qu’il ne regrette pas. "Je retrouve le plaisir de me lever pour aller travailler", souligne-t-il.

S’il a pu rejoindre une structure en croissance, c’est parce que celles-ci raffolent notamment des quadra, avec leur expertise. Ce que confirme Jean-Louis Constanza, responsable de l’innovation chez Criteo, où il s’occupe aussi de la stratégie des ressources humaines. "Nous recrutons des personnes avec de l’expérience, explique-t-il. Pour une société jeune comme la nôtre, ils apportent leur vécu et leurs compétences en management." Laurent Hürstel, du cabinet Robert Walters le reconnaît aussi : "À 40 ans, on commence à être embauché davantage pour son expertise que pour son potentiel." En conséquence, il devient plus difficile, voire extrêmement difficile, de changer d’orientation professionnelle à l’heure où les tempes grisonnent et les rides se creusent. "C’est l’ultime moment pour un changement stratégique dans une carrière", estime Stéphanie Rimbaud, consultante chez Taste. Mais pas n’importe lequel. Pour Claire Vinchon, fondatrice de Smallizbeautiful, un site d’emploi spécialisé sur les petites structures, "après avoir passé vingt ans dans un grand groupe, il peut être difficile de s’adapter à la vie d’une PME."

"Pour trouver, j'ai défini ma valeur ajoutée"

Patrick Ceglarek
56 ans, ancien responsable de projet chez un équipementier, aujourd’hui manager de transition chez H3O

Quand et pourquoi avez-vous changé de poste ?
J’ai passé vingt-cinq ans dans le secteur automobile. Dans mon dernier poste que j’ai quitté en 2011, je faisais de la gestion de projet pour un équipementier suédois. Cette entreprise a été cédée par l’actionnaire. Le nouveau propriétaire m’a proposé de rester, mais comme j’étais en désaccord avec sa stratégie, je n’ai pas voulu continuer dans ces conditions. Cela aurait été contraire à ce que je venais de faire pendant toutes ces années.

Avez-vous hésité, étant donné la situation difficile de l’emploi pour les quinquagénaires ?
Pas vraiment, même si je savais qu’à 53 ans trouver un emploi est difficile parce que les entreprises estiment que vous coûtez cher. L’âge a aussi des avantages : les enfants sont élevés, j’avais réalisé certains investissements personnels, si bien que l’argent n’était pas mon moteur. Je me suis plutôt demandé quelle pouvait être ma valeur ajoutée pour une entreprise. Le secteur automobile reste à la pointe en matière de méthodes de fabrication, de gestion de la qualité… Cette expérience pouvait servir ailleurs.

Que faites-vous aujourd’hui ?
Je suis manager de transition. Je ne connaissais pas bien ce statut. J’ai pris rendez-vous avec le cabinet H3O. À la fin de l’entretien, j’ai signé pour ma première mission. Je travaille à 80 % pour une start-up à laquelle j’apporte ma rigueur et mon savoir-faire. Le reste du temps, je fais du développement commercial pour H3O.

À 50 ans, des aventures mais pas n’importe où

On peut changer d’emploi à 50 ans. C’est globalement plus difficile qu’à 30 ans mais ce n’est pas impossible. "J’accompagne des quinqua qui trouvent un emploi en moins de deux mois", assure Mireille Garolla, associée gérante de Group’3C. Certains trouvent même un poste par l’intermédiaire de petites annonces. Chez Fives, la directrice des ressources humaines, Paule Viallon rappelle qu’aujourd’hui "quand on recrute un cadre de 55 ans, il a dix ans devant lui environ." Elle estime que le regard sur les quinqua change dans son entreprise qui a des filiales aux États-Unis et au Royaume-Uni, deux pays où l’âge de la retraite n’est pas un couperet. Cette évolution n’a pas gagné toutes les entreprises et bien des quinqua approchés par des cabinets spécialisés, conscients du risque pris, demandent "de ne pas faire de période d’essai et négocient quasi systématiquement un parachute", explique un recruteur.

Tout n’est pas rose pour les représentants de cette tranche d’âge, surtout s’ils veulent décrocher, après un licenciement, un poste similaire aux mêmes conditions de rémunération. Le salarié fidèle qui aura fait toute sa carrière chez le même employeur aura beaucoup de mal à retrouver un emploi, car le recruteur doutera de son adaptabilité.

Reste des formes atypiques de travail, comme, par exemple, les missions de transition qui permettent de valoriser son savoir-faire. Karine Doukhan, la directrice de Robert Half Management Resources, estime que "c’est une magnifique forme d’emploi pour aller jusqu’à la retraite. En remplissant des missions, une personne a plus de chances de décrocher un CDI qu’en restant sans emploi".

Avant de partir…

Que vous ayez 30, 40, 50 ans ou plus, la réussite de votre mobilité dépendra aussi du respect de quelques règles. À commencer par une attitude correcte vis-à-vis de votre ancien manager, que vous le quittiez pour une mobilité interne ou pour une nouvelle entreprise. Bern Terrel, du cabinet Hudson France, est formel. "Il faut gérer son départ au mieux, explique-t-il. Prévenir son manager et rester professionnel jusqu’à la fin de son préavis."

Une mobilité ne se décide pas sur un coup de tête, elle se prépare, elle se réfléchit. La coach Corinne Samama, qui suit des personnes entre deux postes, indique qu’elle "rappelle à ses clients l’importance d’être patient". Pour un poste de haut niveau, il faut six mois à un an avant de se décider en connaissance de cause selon elle. Un conseil d’autant plus important à suivre que pour retrouver un job mieux vaut être en poste que sans emploi.

Ne dénigrez pas votre ancien employeur. Le monde est petit et "l’ancien manager sera peut-être demain un client ou un fournisseur, alors autant le quitter en bons termes", rappelle Bern Terrel. Sans oublier que lui aussi peut bouger et être en situation de vous recruter la fois d’après.

Christophe Bys

Changer sans zapper !

Responsable de la chaire nouvelles carrières de la Neoma Business School, Jean Pralong est formel : la mobilité professionnelle n’est pas une valeur en soi et n’est sûrement pas le sésame pour accéder aux plus belles carrières. Au contraire. S’appuyant sur une étude réalisée auprès de 1 024 cadres, il a mesuré la qualité des carrières via 11 critères. Et il est formel. "Les cadres qui obtiennent le meilleur indicateur de qualité de carrière sont ceux qui s’inscrivent à long terme dans l’entreprise", affirme-t-il, estimant que la mobilité interne paie davantage que la mobilité externe.

Et il nuance son propos en fonction de l’âge des salariés. "Avant 35 ans, la mobilité est considérée comme normale décortique-t-il. Après, on s’en méfie." Le candidat risque d’être perçu comme ayant la bougeotte, voire comme un mercenaire avant tout intéressé par l’argent. "Gare alors au risque de la mobilité de trop, celle qui mène à une impasse", conclut Jean Pralong.
 

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