L'Usine Santé

"Il n’y a eu aucune pression de notre part" contre la campagne de Médecins du Monde, affirme le patron du Leem

Gaëlle Fleitour

Publié le

Entretien La virulente campagne publiée hier dans de grands quotidiens par l'ONG Médecins du Monde pour dénoncer le prix des nouveaux médicaments ne pouvait pas laisser l'industrie pharmaceutique indifférente. Philippe Lamoureux, le directeur général du syndicat professionnel du secteur, le Leem, a répondu aux questions de L'Usine Nouvelle.

Il n’y a eu aucune pression de notre part contre la campagne de Médecins du Monde, affirme le patron du Leem
La campagne Médecins du monde
© Medecins du monde

L'Usine Nouvelle - Avez-vous eu connaissance en amont de la campagne de Médecins du Monde, qui fait suite à plusieurs autres initiatives, comme celle de la Ligue contre le cancer, s’alarmant du prix des nouveaux médicaments ?
Philippe Lamoureux - Nous avons découvert la campagne publiée lundi en lisant, trois jours plus tôt, la presse professionnelle. Nous sommes dans la surenchère : chaque nouvelle campagne est encore plus virulente et injurieuse que la précédente. Imaginer qu’on puisse spéculer sur l’aggravation du cancer du sein pour faire du business est juste insupportable pour nous et surtout pour les patients. Mais celle-là est un peu différente car elle ne cible pas que l’industrie, elle vise aussi les pouvoirs publics Donc on peut tout à fait comprendre que les afficheurs ne se soient pas précipités pour la diffuser.

Plusieurs réseaux d’affichage, notamment dans les lieux publics, ont en effet refusé de la publier. Ce n’était donc pas à votre demande ?
Non absolument pas. Il n’y a eu aucune pression de notre part, de quelle nature que ce soit.

Comptez-vous porter plainte contre Médecins du Monde?
Nous allons en débattre devant nos instances, qui se réunissent ce soir.

A rebours de ces campagnes, vous proposez d'augmenter l’enveloppe des médicaments remboursés...
L’objectif annoncé de la ministre de la Santé est de maintenir à zéro la progression de l’enveloppe des dépenses de médicaments remboursables. Pour nous, cette doctrine n’est pas tenable dans un contexte de retour de progrès thérapeutiques majeurs. D’ailleurs, dans les autres grands pays européens, le marché pharmaceutique a renoué avec la croissance sous l’effet de l’arrivée de ces médicaments innovants. Si demain on alignait l’évolution de l’enveloppe des médicaments remboursés sur celle du budget des dépenses de l'assurance maladie, l’Ondam, fixée par le gouvernement à +1,75%, il n’y aurait pas de problème d’accueil de l’innovation, ce qui au passage contredit l’analyse de La Ligue contre le cancer et de Médecins du Monde.

Que proposez-vous, dans ce cas, pour financer une telle enveloppe ?
En réalité, le fond du sujet est que depuis cinq ans, tous gouvernements confondus, les médicaments représentent 15% des dépenses de santé mais 50% des économies ! Les baisses de prix et déremboursements annuels de nos produits sont passés de 500 millions à un milliard d’euros ! Le problème est de savoir aujourd’hui comment les gouvernements sont capables de changer de modèle. Nous sommes face à une révolution thérapeutique, qui va impacter très lourdement l’évolution entière de notre système de soins. En particulier avec la chronicisation de pathologies qui étaient souvent mortelles à court terme.

Comprenez-vous l’inquiétude que peuvent générer les prix de certains anticancéreux, qui n’augmentent la survie que de quelques mois ? Alors que les traitements de l’hépatite C, eux, guérissent…
Le coût de ces immuno-thérapies ne représente que 0,2% des dépenses de santé. L’enjeu va être de passer d’un système de soins qui était focalisé sur le traitement lourd de patients avec un pronostic vital très défavorable à court terme, à une prise en charge qui va s’allonger de quatre ou cinq ans grâce aux nouvelles thérapies. Cela passera nécessairement par la mise en place de parcours de soins, la réorganisation des services hospitaliers, le développement de l’ambulatoire… Si on ne règle pas cela en même temps que l’innovation arrive, on ne résoudra pas le problème. C’est pourquoi nous avons proposé aux pouvoirs publics de les informer sur notre pipeline de produits à trois ans, afin de leur permettre d’anticiper les principaux changements à venir et de bâtir de nouvelles stratégies d’accompagnement et de pilotage du changement.

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

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