"Il n’est pas question que Stéphane Le Foll vienne à notre congrès les mains vides", pour Coop de France

Les coopératives agricoles doivent pouvoir bénéficier du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), comme les entreprises du privé. C’est en substance ce que martèle Philippe Mangin, le président de Coop de France, la fédération des coopératives agricoles. Il souhaite que le gouvernement honore ses promesses et demande des solutions au ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll. A quelques jours du congrès du mouvement, qui se tiendra les 18 et 19 décembre, Philippe Mangin revient sur l’activité des coopératives agricoles en 2013 et sur la loi de Consommation en cours d’adoption à l’Assemblée nationale.  

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L’Usine nouvelle - L’activité des coopératives agricoles et agroalimentaires a poursuivi sa progression en 2013, pesant 84,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit 600 millions d’euros de plus qu’en 2012. Globalement, le secteur coopératif résiste-t-il mieux que le reste de l’agroalimentaire français ?

Philippe Mangin - Dans l’ensemble, le secteur coopératif continue de bien se porter. Dans le sucre par exemple, nous avons deux gros acteurs coopératifs (ndlr : Tereos et Cristal Union), très compétitifs, qui n’ont pas peur de la suppression des quotas européens. Dans le secteur laitier, les coopératives sont en train de rattraper leur retard. Elles multiplient les alliances depuis un an : Agrial s’est uni avec Eurial et a repris les activités à marque distributeurs de Senoble, tandis que Sodiaal a engagé un processus de fusion avec 3A. Ils sont en train de gagner en compétitivité. La taille leur permettra de consolider leurs marges. Globalement, le secteur coopératif français conforte sa place en Europe. Sept coopératives sont aujourd’hui dans le top 20 européen contre 5 en 2012.?

Dans l’élevage, par contre, la situation semble se compliquer sur le bœuf. Le secteur coopératif n’est pas épargné. Doit-on se préparer à une crise, du type de celle rencontrée sur le porc et la volaille il y a quelques mois ?

Oui, nous avons aujourd’hui de grosses inquiétudes sur le secteur bovin. Malgré une légère amélioration dans l’amont agricole qui a pu faire passer des hausses de tarifs, l’abattage découpe a de grosses difficultés, accentuées par des problèmes de surcapacités, liées à une diminution de l’offre. C’est un vrai paradoxe actuellement, quand on sait que la demande des pays émergents augmente et qu’il n’y a pas de problèmes de débouchés. L’ouverture de plus en plus forte du marché européen et français aux importations en vif, comme récemment avec le Canada, ne va pas arranger la santé du secteur.

Je milite pour l’organisation d’une table ronde qui réunirait tous les grands acteurs. Il y a trop de freins au développement du secteur aujourd’hui. Les aspects réglementaires et sanitaires doivent continuer à s’harmoniser avec l’Allemagne. Les récentes dispositions concernant le salaire minimum outre-Rhin sont une bonne chose, mais elles doivent se confirmer. Le secteur industriel ne doit plus servir de variable d’ajustement. On a atteint une limite insupportable, comme l’a souligné Philippe Chalmin, dans son récent rapport de l’Observatoire des prix et des marges.

Le projet de loi de Consommation est en seconde lecture à l’Assemblée nationale. Vous aviez exprimé de fortes réserves il y a quelques semaines. Avez-vous pu obtenir des garanties sur certains points comme les conditions générales de vente ?

Nous avons obtenu des avancées sensibles. Les conditions générales de vente serviront de base aux négociations et devront être annexées à l’accord commercial. Les sanctions administratives pourront par ailleurs être publiées dans la presse. En revanche, nous n’avançons pas sur la date d’application des tarifs. Nous souhaitons que cela soit au 1er mars pour tous les distributeurs et non selon le bon vouloir de chacun. Par ailleurs, nous demandons toujours que dans les contrats, soient précisées les contreparties commerciales pour chaque produit et non en globalité.

Vous aviez obtenu des garanties du gouvernement que le Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) soit applicable aux coopératives, comme pour le secteur privé. Il semble qu’il y ait eu marche arrière. Qu’en est-il ?

Malgré les promesses de Jean-Marc Ayrault et de Stéphane Le Foll, il y a une opposition de Bruxelles. Du fait que les coopératives, et pas leurs filiales, sont exemptées d’impôts sur les sociétés, nous avions fait une demande officielle qui avait été acceptée par le gouvernement, puis transmise à la Commission européenne pour validation. Mais le gouvernement a très mal formulé sa demande, faisant un amalgame entre les coopératives et le secteur hospitalier par exemple.

Aujourd’hui, nous avons une opposition globale de Bruxelles. Le gouvernement est responsable de cet échec. II doit trouver des solutions. Pour un groupe comme la Cooperl, le CICE représenterait 4 millions d’euros ! Une somme vitale dans un secteur en difficultés comme le porc. Il n’est pas question que le ministre Stéphane Le Foll vienne à notre congrès les mains vides, sans solution. Soit il réussit à négocier avec Bruxelles, soit un système de compensation est mis en place.

Propos recueillis par Adrien Cahuzac

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