L'Usine Matières premières

Il faut urgemment favoriser les matières recyclées

Myrtille Delamarche ,

Publié le

Analyse C’est un triste paradoxe. Le 15 septembre à Paris, alors qu’on célébrait son importance sous les ors de l’Hôtel de ville en amont de la COP21, la filière recyclage alertait sur ses sombres perspectives.

Il faut urgemment favoriser les matières recyclées © T. Gogny

Le 15 septembre, alors qu’à l’Hôtel de Ville de Paris on débattait économie circulaire, la Fédération des entreprises du recyclage (Federec) présentait en petit comité un triste bilan de l’année 2014, et de sombres perspectives pour l’année 2015.

Plombés à la fois par des prix de vente qui ont suivi à la baisse ceux des matières premières vierges et par un manque criant de débouchés pour ces matières secondaires, les recycleurs tirent la sonnette d’alarme. "En 2014 l’activité a été médiocre. 2015 ne sera pas meilleure, et probablement pire." C’est sur ces mots que Jean-Pierre Gaudin, vice-président de la Federec et président de la branche métaux, a ouvert sa présentation. Bien sûr, branche par branche, le bilan est plus contrasté. Mais le chiffre d’affaires global du recyclage a baissé de 2% en 2014, alors que les volumes traités étaient en hausse de 4%. Car les bas prix des matières premières ne poussent pas les industriels à faire appel à ces matières recyclées, plus chères, et pour lesquelles ils ont conservé un certain dédain. En outre, rien d’autre ne les y incite. Et c’est bien là le problème.

Ce n'est pas une lubie d'écolo utopiste

Quelques heures plus tard, aux Etats généraux de l’économie circulaire du Grand Paris, Romain Ferrari dresse le même constat. Lui non plus n’est pas un écologiste utopiste, dépourvu de tout sens économique : il dirige Ferrari SA, une entreprise de textiles techniques basée à Lyon. Il se bat aussi, depuis des années, pour l’instauration d’une TVA indexée sur le coût des externalités, ces coûts cachés que chaque produit laisse supporter à la collectivité. Exemple : chaque kilomètre parcouru coûte à l’automobiliste 0,5 euro (automobile, assurance, carburant). Mais il coûte le même prix à la collectivité (routes, pollution, etc). Une dépense couverte par les taxes, donc par l’automobiliste-contribuable ? Pas vraiment, puisque ces dernières ne couvrent que 0,12 euro.

Les matières premières représentent plus de 80% de l’impact environnemental d’un produit. C’est là qu’entrent en jeu les matières recyclées, qui ne répètent pas ce coût à compter de la seconde utilisation. Si un produit fini supportait une TVA à 10% lorsqu’il intègre ces matières secondaires, contre 20% lorsqu’il est fabriqué à partir de matières vierges, les fabricants se pencheraient sur cette mine dite "urbaine" qui peine à trouver preneur. Les consommateurs aussi. La démonstration est un peu simpliste, mais elle est juste. Voilà pour l’aval.

L’autre levier, qui n’implique pas le transformateur, est de favoriser dès l’amont les recycleurs. Ceux-ci réclament depuis longtemps que la fiscalité tienne compte du faible coût environnemental de leurs process. Les minerais qui doivent être extraits de la terre, concentrés, transportés par bateau, désoxydés, fondus dans des hauts-fourneaux alimentés aux énergies fossiles ont un bilan carbone incomparablement plus lourd que ceux qui sont triés et refondus dans des aciéries à arc électrique. "Donner un coup de pouce au prix du carbone serait un signal fort pour rappeler que consommer des énergies fossiles, ce n'est pas bien, même quand ce n'est pas cher", propose Jean-Philippe Carpentier.

Il n’est pas de notre ressort de trancher sur les leviers à activer pour soutenir les recycleurs. Mais il est de notre devoir de souligner qu’à l’heure où l’on se gargarise de responsabilité environnementale, de transition énergétique et de tri sélectif, ceux qui font de nos déchets une mine (de matières et d’emplois) n’ont ni les moyens de développer leurs capacités, ni même d’acheteurs pour leurs matières.

Myrtille Delamarche

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1 commentaire

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18/09/2015 - 12h04 -

Voilà encore un article intéressant qui s'attaque au véritable coût caché des produits d'importation.
Il en est de même pour ce qui concerne l'énergie. Lorsque l'on fait supporter à la collectivité un pipeline pour le transport du gaz ou du pétrole et qu'on ne tiens pas compte de ce coût qui se rajoute pour les fossiles et se retranche pour les énergies renouvelables.
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