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« Il faut une vraie prise de conscience des enjeux de l’industrie alimentaire » (Ania)

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Entretien Les prix alimentaires mondiaux ont atteint un pic en janvier, selon la FAO, l'organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture. C’est dans ce contexte qu’industriels et distributeurs de l’agroalimentaire en France se déchirent dans les négociations des contrats annuels fixant les tarifs des denrées. Rachel Blumel, responsable juridique en charge des relations commerciales pour l’Association nationale des industries alimentaires (Ania), revient sur la situation pour L’Usine Nouvelle et tire la sonnette d’alarme au nom des industriels du secteur.

« Il faut une vraie prise de conscience des enjeux de l’industrie alimentaire » (Ania) © flickr DR

Quelle est la situation actuelle entre industriels et distributeurs ?

Il y a une forte opposition des clients aux propositions de tarifs des fournisseurs que sont les industriels de l’alimentaire. Il n’y a pas de discussion possible depuis octobre car la base même des pourparlers ne convient pas aux clients.

Que réclament les industriels ?

De répercuter les différentes charges actuelles dans le tarif de base. Parmi les charges actuelles, on trouve par exemple la hausse du prix des matières premières, que les clients refusent par principe de répercuter, et aussi une application « jusqu’auboutiste » de la loi de modernisation de l’économie (LME).

Qu’entendez-vous par là ?

La situation ne s’arrange pas depuis trois ans, la pression se fait plus forte chaque année. Les distributeurs veulent avoir la main sur le tarif des fournisseurs. Ils font une interprétation large de la loi LME. Ils reprennent ce que disait Michel Edouard Leclerc, patron du groupe éponyme, lors des débats de préparation de la loi : « je veux acheter 70 euros ce qu’on me propose à 100 euros ». Sauf que la loi ne stipule pas cela du tout. Elle précise que les clients peuvent acheter à 70 euros au lieu de 100 euros, si et seulement si ils peuvent expliquer la différence entre les deux tarifs. Ce qui n’est pas le cas.

L’Ania a assisté à une réunion chapeautée par le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire. Qu’en est-il ressorti ?

Absolument rien. Elle portait exclusivement sur les négociations concernant les filières animales. La conclusion a été qu’il faut protéger les plus faibles. Ce qui est vrai. Mais c’est aussi le cas dans le reste de la filière alimentaire. L’Ania voudrait que les clients et le gouvernement comprennent qu’aucun acteur du secteur ne peut absorber la hausse des matières premières, celle des emballages et les modifications logistiques induites par la loi LME, sans les répercuter sur les tarifs.

Quelles solutions préconisez-vous ?

Il faut une vraie prise de conscience des enjeux de l’industrie alimentaire. Il faut permettre à la filière de se restructurer. Il y a 10 000 acteurs pour sept centrales d’achat. Une concurrence très forte et des difficultés pour trouver sa place en linéaires. La situation est très dure dans les entreprises, notamment en termes d’emplois. Les entreprises sont prises entre deux feux : payer au plus juste prix mais sans pouvoir répercuter les hausses.

Si le gouvernement ne réagit pas rapidement, on peut craindre le pire. Il faut mettre en place une vraie dynamique de groupe comme cela a été le cas dans l’automobile, sans aller vers l’assèchement de la filière.

 

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