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"Il faut une flexibilité plus grande du CDI, avec une période d'essai de deux à trois ans", estime Gérard Collomb

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Publié le , mis à jour le 31/03/2015 À 16H06

Entretien Au mois de novembre, interrogé par L'Usine Nouvelle, le sénateur-maire (PS) de Lyon, Gérard Collomb, chef de file des "réformateurs", proposait un CDI doté d’une flexibilité plus forte en début de contrat. Retrouvez son interview alors que la réforme du CDI fait à nouveau l'actualité, suite aux demandes du Medef.

Il faut une flexibilité plus grande du CDI, avec une période d'essai de deux à trois ans, estime Gérard Collomb © Pascal Guittet

Faut-il réformer le marché du travail ?

Sur le marché du travail, il y a ceux qui sont à l’intérieur et ceux qui sont à l’extérieur. Les "insiders" sont relativement bien protégés, sauf quand, à cause des rigidités ou du manque de compétitivité, leur entreprise ferme ; les "outsiders", eux, souvent des jeunes, restent précaires. Il faut atténuer les différences. Et là, les approches sont multiples. Le prix Nobel d’économie Jean Tirole parle d’un contrat à statut unique avec une progressivité des droits. Gilbert Cette pense, lui, qu’il faut moins de législation nationale et des accords d’entreprises ou de branches pour prendre en compte la diversité des situations...

 

A lire aussi, Notre enquête : Pourquoi il faut réformer le CDI

 

Que préconisez-vous comme piste de réforme ?

Sur le CDD, ce serait bien d’avoir une période plus ample. Pour le CDI, on pourrait imaginer plus de flexibilité au début du contrat. Le contrat serait signé avec une période d’essai de deux ou trois ans, par exemple, pour que l’entrepreneur évalue le salarié et l’évolution de l’activité. La sécurité augmenterait au fil du temps, avec des périodes de préavis rallongées, des indemnités plus conséquentes. La question, c’est celle de la flexisécurité. En France, contrairement aux pays scandinaves, nous n’avons pas un système de formation continue performant qui permette de rebondir. Les gens ne se projettent pas dans des entreprises différentes, des parcours variés… Il faut aussi une évolution pour que l’entreprise puisse licencier de manière pas forcément plus facile, mais plus contractuelle. Comme le rappelle la présidente du Conseil d’analyse économique, Agnès Benassy-Quéré, il ne coûte pas beaucoup plus cher de licencier en France, quand on compare aux autres grands pays. Le problème, ce sont les procédures qui s’éternisent. La rigidité vient de là.

Est-ce que la France est difficile, voire impossible à réformer ?

Oui et non. En réalité, il y a plusieurs France. Dans la métropole lyonnaise, il y a une population de jeunes, bien formés, qui ne se voient pas toute leur vie dans le même métier. Leur flexibilité n’est pas subie, car ils savent que la société change et qu’il faut être dans le mouvement et pas enfermé dans un statut. En revanche, il y a une France inquiète pour son avenir qui cherche à se protéger. La bonne approche consiste à sortir des grandes lois univoques et à s’adapter à la diversité des réalités socio-économiques. Sur le droit du travail, on pourrait mettre en œuvre un corpus national étroit mais garanti à tous et le reste se ferait via la négociation sociale, dans les branches ou dans les entreprises.

Est-ce que le gouvernement manque de pédagogie ?

Le problème du gouvernement, c’est que, globalement, il va dans la bonne direction, mais il y a toujours une mesure qui semble aller à l’inverse de ce qui a été fait. Par exemple sur la fiscalité, il y a le Cice, le Pacte de responsabilité, car le gouvernement a bien compris qu’il fallait redresser les marges des entreprises. Mais soudain, on imagine taxer l’excédent brut d’exploitation. Puis, certains députés parlent de modifier le Crédit impôt recherche. Les gens sont déboussolés. Pour rétablir la confiance, il faut une ligne stable.

Êtes-vous entendu au niveau national ?

Non, je n’ai pas l’impression. J’ai écrit un livre, il y a trois ans, "Si la France s’éveillait". Je l’ai fait car je voyais que, entre ce qui se disait à l’intérieur du Parti socialiste et la réalité, il y avait un écart considérable. Si vous ne préparez pas les gens à ce qu’est la réalité, si vous tenez un discours décalé, vous allez au-devant des problèmes…

La défiance ne vient pas que des socialistes…

Quand le pouvoir est mal assuré, chacun se replie sur ses intérêts catégoriels. Dans les réformes, il y a toujours des gagnants et des perdants. Les perdants ont tendance à se défendre et, quand le pouvoir est lui-même sur la défensive, tout le monde monte au créneau sur des intérêts particuliers et contradictoires. Si l’on veut améliorer la production industrielle, il faut diminuer les coûts qui pèsent sur l’activité en remettant en cause des acquis historiques. Il faut faire des choix et s’y tenir jusqu’au bout.

Que voulez-vous faire avec votre "pôle des réformateurs", qui rassemble des élus de la majorité ?

Nous réfléchissons avec des économistes qui développent une analyse commune de la société, sans être dans les mesures au jour le jour. Le but, c’est de redonner un peu de fierté à ceux qui votent les réformes, pour montrer que l’on sait où l’on va. Qu’il y a une ligne qui mène au progrès et une autre au déclin. Les élus votent les réformes, mais avec un malaise diffus, avec le sentiment, parfois, de trahir leurs idéaux. Il faut leur dire : "Non, vous ne trahissez pas, c’est comme cela que l’on va reconstruire la France".

Les patrons ont décrété une semaine de mobilisation qu’ils vont lancer, début décembre, à Lyon. Les soutenez-vous ?

Ils viennent de nouveau ici, comme l’an passé. Il faut leur dire qu’ils peuvent aussi aller ailleurs [rires], ils ne sont pas obligés de toujours venir à Lyon… C’est évidemment une position difficile pour moi, mais je comprends ce qu’ils disent. Les patrons se demandent si le gouvernement ne va pas changer de pied. J’entends d’autant mieux que le même problème se pose pour les collectivités locales.

Il y a une inquiétude de la "France périphérique". Est-ce que la réforme institutionnelle peut être une réponse ?

Oui, il y a la France des métropoles où une stratégie globale est à l’œuvre, qui va intégrer les villes de la première couronne, comme Vaulx-en-Velin et Vénissieux, qui ne sont plus dans le même état qu’à l’époque de la révolte des banlieues. En revanche, des villes de deuxième couronne sont à la peine. Le niveau de vie des gens a parfois baissé, ils se sont endettés pour acheter des biens immobiliers dont la valeur n’a pas augmenté, voire a diminué. Ils connaissent des problèmes de mobilité, car les transports en commun desservent mal la périphérie. Une commune de 7000 habitants dans le périurbain n’a pas les moyens de prendre en charge ces difficultés. Il s’agit donc de faire coïncider davantage les réalités institutionnelles avec les réalités socio-économiques. À Lyon, la métropole est fondée sur un tel pacte : sur son territoire, elle réalise des économies d’échelle et prendra en charge toutes les compétences du conseil général. Mais elle octroiera au reste du département du Rhône, rural, une dotation de 75 millions d’euros par an. En affirmant une telle solidarité, nous sommes loin du cliché selon lequel l’urbain gagne tout et le rural dépérit.

Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche et Pascal Gateaud

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10 commentaires

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24/11/2014 - 11h20 -

"Dans la métropole lyonnaise, il y a une population de jeunes, bien formés, qui ne se voient pas toute leur vie dans le même métier. Leur flexibilité n’est pas subie, car ils savent que la société change et qu’il faut être dans le mouvement et pas enfermé dans un statut. En revanche, il y a une France inquiète pour son avenir qui cherche à se protéger." Encore un qui parle de lui : un demi siècle dans la politique, dont (quasi) 15 ans comme sénateur et maire de Lyon... C'est vrai, reformons leurs "CDIs" : fin du cumul des mandats, des retraites complètes après quelques années d'exercice seulement, du pantouflage, etc.
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21/11/2014 - 07h54 -

Je pense qu'une période d'essai pour se faire une bonne idée d'un salarié qu'on vient d'embaucher, trois ou même deux ans, c'est n'importe quoi !
C'est un rêve de (mauvais) DRH et c'est même parfaitement hypocrite : c'est complètement dévoyer le principe de la période d'essai. Tout ce qui va intéresser derrière ça, c'est de pouvoir lourder un collaborateur immédiatement et sans raison à invoquer, pendant trois ans au lieu de six mois.
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20/11/2014 - 19h15 -

Votre proposition de période d'essai de 2 à 3 ans est digne des dernières provocations du MEDEF !! Le PS, réformateur ou pas, est tombé bien bas... Actuellement, ce type de période est de 1 à 4 mois (suivant le statut) renouvelable 1 fois. C'est largement suffisant pour juger des compétences d'un salarié. Par contre, le problème que rencontrent actuellement les entreprises est le manque de commandes. Et là, c'est bien l'échec des Hommes Politiques qui n'ont pas su anticiper ni guider notre pays. D'autres ont su le faire. Et comme l'écrivent Anisette et Yves, si on parlait de période d'essai pour les Politiques mais aussi de leur efficacité, de leur système de rémunération, de leur retraite et de leurs dérives...
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20/11/2014 - 09h58 -

Un CDI avec une période d'essai de 2 à 3 ans ? Haaannnn, mais c'est so has been, so Dominique de Villepin 2005... http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000632473&dateTexte=&categorieLien=id
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20/11/2014 - 09h38 -

Je trouve cette proposition consternante.
Quand vous voulez augmenter votre chiffre d'affaires, vous embauchez et vous achetez des machines. Pourquoi ne pas faire une loi permettant de rendre les machines et de se faire intégralement rembourser après 3 ans d'utilisation ?
ce serait risible si il n'y avait pas des personnes vulnérables qui risquent d'être encore plus précarisées.
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19/11/2014 - 22h28 -

Une période d'essai de 3 ans sera néfaste pour la motivation, et au final contre productive. Six mois de pér. d'essai c'est largement suffisant, ensuite le management, un pilotage mensuel du collaborateur pour suivre ses performances et rectifier le tir au besoin; et si ça ne colle pas, la rupture conventionnelle permet de mettre fin au CDI
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19/11/2014 - 22h24 -

Incroyable ! Comment peut-on avoir une idée pareille quand on est élu, sensé comprendre les problèmes des concitoyens qu'on représente et de la société en général ? Idée vraiment à côté des réalités économiques individuelles (crédit immobilier évoqué), à côté des RPS (risques psycho sociaux) qui minent les entreprises et les personnes. Il innove en créant un nouveau concept : le personnel kleenex. A quand la possibilité de dé-élir (équivalent de virer de l'entreprise) un élu qui a des idées totalement contre-productives ? Sans indemnités.
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19/11/2014 - 16h57 -

3 ans de période d'essai, c'est bien pratique, on est sûrs d'avoir rentabilisé la période de formation quand on se décide à se séparer de la personne ! Incroyable.
Le meilleur dans tout ça, c'est encore que M. Collomb avance cette solution comme un moyen de remédier à la précarité des jeunes : c'est sûr que quand on sait parfaitement que tout engagement nécessitant CDI requiert que la période d'essai soit passée (au hasard, le crédit immo), on se sent super tiré d'affaire. 3 ans à stagner, 3 ans sans projet. Et rebelote 3 ans plus tard, et ainsi de suite.
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18/11/2014 - 20h43 -

2 ou 3 ans de période d'essai ?? on crois rêver... pourquoi pas 10?? et pour les politiciens, une période d'essai de combien? le pire c'est que, compétent ou pas, on doit se les "taper" jusqu'à la fin de leur mandat; flamby est là pour le prouver... triste France
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18/11/2014 - 18h56 -

On croit rêver M. Collomb!!! qu'est-ce qui va empêcher les patrons de licencier systématiquement au bout des 3 ans d'essai?? de rembaucher dans la foulée et relicencier encore dans 3 ans??? sans jamais avoir à se justifier... C'est la porte ouverte à tous les abus et à l'exploitation incontrôlée... autant créer directement des CDD de 3 ans et abolir les CDI... c'est de pire en pire.. beau progrès social!!! vive la gauche!!!
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