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L'Usine de l'Energie

Il faut sauver le soldat Areva

Ludovic Dupin , , , ,

Publié le

Analyse Une quatrième année dans le rouge ! Plus question de tergiverser : le gouvernement veut rapprocher le spécialiste du nucléaire et EDF pour redonner du poids à la filière en France et à l’international.

Il faut sauver le soldat Areva
Philippe Varin, le président d’Areva (deuxième à gauche), et Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF (deuxième à droite) en visite à Flamanville. Le chantier a cinq ans de retard.

Une perte de 4,9 milliards d’euros… Les résultats 2014 d’Areva, qui seront annoncés le 4 mars, seront "catastrophiques". Un mot qui revient en permanence dans les couloirs du siège parisien du spécialiste du nucléaire. Fin 2014, il a annoncé la suspension de ses prévisions financières pour 2015 et 2016. Pour atténuer la présentation des mauvais résultats enregistrés l’an passé, Philippe Varin, son président, et Philippe Knoche, son directeur général, comptent dévoiler "un plan de compétitivité et une feuille de route stratégique et financière". Le sauvetage de l’entreprise publique est en jeu. Et la potion risque d’être amère pour les salariés.

"Le ministère de l’Économie nous explique qu’il faudra faire des efforts, que des groupes comme Renault s’en sont sortis avec des sacrifices qui n’ont rien de triviaux", rapporte la CFDT, reçue avec les autres syndicats le 10 février par le cabinet de la ministre de l’Économie. Areva a d’ores et déjà prévu de réduire l’effectif de son site de La Hague (Manche) : 500 personnes sont concernées. Un plan d’économies de 2 milliards d’euros est attendu, assorti de nombreuses cessions d’actifs. Le serpent de mer de la vente de tout ou partie de l’activité minière, valorisée 3 ou 4 milliards d’euros, refait surface. La vente de l’activité démantèlement, qui pourrait intéresser Veolia, ou des activités dans les énergies renouvelables, en lourdes pertes, sont aussi évoquées.

"En 2009, il y a eu un premier plan stratégique chez Areva, avec notamment la vente de la branche Areva T&D qui comptait pour 30 % du chiffre d’affaires du groupe, rappelle Cyril Crocq, analyste chez Sia Partners. Était-ce une bonne idée de se priver d’une assiette conséquente du carnet de commandes ? L’État doit apporter une stratégie à long terme sans céder à des visions à court terme." Cette vision à long terme passe par la structuration de la filière nucléaire tricolore et par des collaborations étendues avec EDF. Si la conjoncture post-Fukushima et le boulet financier de l’EPR d’Olkiluoto en Finlande font mal à Areva, les rapports passés entre les deux groupes français n’ont pas arrangé les affaires du spécialiste du nucléaire.

Trois groupes de travail communs

En tirant vers le bas les prix du retraitement des combustibles, EDF a poussé Areva a passé une perte de 95 millions d’euros en 2014. "Il y a un gros travail de rapprochement à réaliser entre les deux groupes", a souhaité Ségolène Royal, la ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie. La nomination de Jean-Bernard Lévy, comme PDG d’EDF, et de Philippe Varin, à la présidence d’Areva, anciens camarades de Polytechnique (promotion 1973), fut la première étape. Cerise sur le gâteau, Philippe Varin est membre du conseil d’administration de l’électricien. "Nous espérons que cela ne l’empêchera pas de défendre bec et ongles les intérêts d’Areva, juge Jean-Pierre Bachmann, délégué CFDT au sein du groupe. Nous préférons une alliance stratégique à une amitié personnelle."

Des équipes nucléaires mais pas de modèle universel

Le rapprochement d’EDF et Areva fait grincer des dents au sein de la filière nucléaire française. En particulier, chez les partisans d’un acteur indépendant. Pourtant, il n’y a pas de règles en la matière. Le nippo-américain Westinghouse ne s’appuie sur aucun électricien. En revanche, en Russie, le consortium Atomenergoprom réunit toutes les fonctions nucléaires, depuis la mine jusqu’à la construction et l’exploitation de centrales.

En Chine, les électriciens CCNC et CGN sont très impliqués dans la conception des réacteurs et la sinisation des modèles étrangers. Le coréen Kepco, qui avait battu la filière française à Abu Dabi en 2009, est à la fois électricien et concepteur de réacteurs.

Jean-Bernard Lévy a fait de l’amélioration de « l’efficacité opérationnelle avec Areva » l’une de ses priorités. L’électricien a tout intérêt à voir son fournisseur reprendre des couleurs, car le grand carénage, un programme d’investissements de 55 milliards pour prolonger de quarante à cinquante ans la durée de vie des réacteurs, ne réussira pas sans un Areva fort.

Le PDG d’EDF a mis en place trois groupes de travail entre les deux entreprises. Le premier porte sur le cycle du combustible – de la conversion au retraitement. L’électricien a tellement sécurisé ses approvisionnements qu’il a à peine besoin d’Areva qui ne fournit plus que 25 % de ses besoins. Il faut "remettre Areva dans le jeu", concède-t-on chez EDF. Le deuxième groupe de travail concerne la conception et la commercialisation des réacteurs. Les deux partenaires comptent développer un réacteur de 1 000 mégawatts. "Nous travaillons d’arrache-pied avec Areva pour que les futurs EPR aient des coûts plus bas que celui de Flamanville [8,5 milliards d’euros, ndlr]", affirme par ailleurs, Jean-Bernard Lévy. Le troisième groupe de travail concerne "les sujets courants", comme la préparation du grand carénage ou l’aboutissement du chantier de l’EPR de Flamanville, prévu pour 2017 avec cinq ans de retard. Pour l’instant, "aucune transaction financière n’est à l’ordre du jour" entre les deux groupes, précise le PDG d’EDF.

EDF doit financer ses investissements et souffre déjà d’un cash-flow négatif. "Le rapprochement d’EDF et Areva est possible sans échange de capitaux, précise Nicolas Goldberg, analyste spécialisé sur l’énergie chez Colombus Consulting. Il est envisageable de construire un consortium industriel où chacun tient un rôle défini par une instance de gouvernance plus neutre, comme le Conseil de politique nucléaire, par exemple." De son côté, Cyril Crocq prévient : "Il faudra bien réfléchir à la structure juridique à adopter. Un rapprochement trop étroit pourrait entraîner des problèmes au niveau de l’Union européenne en matière de concurrence."

Les syndicats, eux, restent prudents. "Si on circonscrit l’avenir d’Areva uniquement aux intérêts d’EDF on est mort, assure Jean-Pierre Bachmann. Soixante-dix pour-cent de notre chiffre d’affaires se fait avec des concurrents d’EDF." Nicolas Goldberg, de son côté, fait la même analyse : "L’indépendance vis-à-vis d’EDF est ce qui permettra à Areva de garder une certaine liberté pour se positionner sur des appels d’offres internationaux où EDF n’a pas forcément intérêt à être présent." La voie d’un rapprochement semble étroite…

Ludovic Dupin

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4 commentaires

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25/02/2015 - 14h35 -

et le scandale politico-mafieux lié aux mines d'uranium qui n'avaient pas plus d'uranium que de beurre en branche (Uramin), personne n'en parle ??
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25/02/2015 - 11h56 -

Intéressant on comprend bien des choses avec toute la tourmente de déstabilisation dans la zone des pays producteurs des matières premières
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24/02/2015 - 19h07 -

Que les constructeurs automobiles aient connu la crise n'a pas été un argument pour que l'automobile disparaisse. Ceci dit deux choses : le renouvelable perd de l'argent. Chacun son métier et pour AREVA, c'est le nucléaire. EDF s'est organisé pour avoir "à peine besoin d'AREVA". Ou comment l'industrie française se méfie tellement d'elle-même pour creuser sa tombe. R. GALLOIS a dit que l'industrie germanique était forte parce qu'elle cultivait la confiance entre acteurs et la notion de filière. Vivement un peu de bon sens moins destructeur d'emplois en France.
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23/02/2015 - 23h51 -

bonsoir

le nucléaire c"est pas cher !
Le scandale continue !
Et ça c'est avant l'accident majeur au coût incalculable ! Sans compter le démantèlement et le stockage des déchets !
Alors on attend la cata ou on réagit avant ?
Au secours !
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