Il faut relancer l'automobile par l'innovation et changer son image

Face à une crise qui la touche depuis 5 années, la filière automobile française fait face à un avenir incertain et s’interroge sur les perspectives qui permettront de relancer le secteur. Pour tenter d’enrayer ce déclin, il convient, selon Pascale Ribon, directrice de l’ESTACA, de réhabiliter et de réinventer la voiture.

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Pour retrouver son dynamisme, la filière automobile française doit se réconcilier avec les Français, ou plutôt les Français doivent se réconcilier avec l’automobile. La France est "schizophrène", elle se désespère quand les ventes de voiture baissent, mais ne cesse de culpabiliser ses conducteurs. Pollueurs, bruyants, dangereux : ce sont des individualistes irresponsables !

Les pouvoirs publics sont parties prenantes de cette chasse. Au travers de leurs plans d’urbanisme - couloirs de bus, tramway, plans de circulation contraignants -, la vie de l’automobiliste est rendue la pire possible afin qu’il se décide à prendre les transports en commun pour être enfin un bon citoyen !

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La filière automobile a sa part de responsabilité dans cette situation : complètement tournée vers son client individuel, sûre de son attractivité et de ses produits, elle n’a pas prêté suffisamment attention à la vague négative qui gonflait. Focalisée dans sa relation avec le ministère de l’industrie, elle n’a pas vu que les ministères chargés des transports et de l’urbanisme prenaient des décisions défavorables. Elle ne s’est pas non plus structurée pour aller dialoguer avec les personnes qui imaginaient les routes ou les villes de demain.

Pascale Ribon - ESTACADes besoins en ingénieurs et en innovation

Une des conséquences est que les jeunes ingénieurs commencent à se détourner de l’industrie automobile, alors qu’elle a terriblement besoin de compétences et d’innovation. Le contexte actuel de montée en puissance des problématiques environnementales exige par exemple une capacité d’innovation accrue en termes de mobilité durable.

A l’ESTACA (école d’ingénieurs spécialisée dans les transports), la filière automobile voit ses effectifs baisser depuis plusieurs années au profit de la filière aéronautique, malgré des offres d’emplois soutenues à la sortie. La filière emploie en effet 40 000 ingénieurs et nécessite un renouvellement de 1 000 ingénieurs chaque année.

Réhabiliter la voiture

La voiture individuelle doit redevenir un objet positif. Elle a sa place comme un des éléments de réponse à notre besoin de mobilité collective, complémentaire des solutions de transport collectif, dans un nouveau modèle économique qui reste à inventer. Car nous n’allons pas arrêter de nous déplacer. Ceux qui pensent le contraire se trompent.

Qu’il s’agisse du développement des véhicules communicants ou électriques, de la réduction de la taille des véhicules pour limiter l’encombrement, des perspectives offertes par les matériaux composites pour alléger les voitures et donc limiter la consommation énergétique,… la place de la voiture dans les agglomérations denses est à réinventer, le champ des possibles est immense et le marché aussi.

L’industrie française a sa place dans ce défi. Pour cela, il faudra qu’elle soit portée par un territoire qui l’aide et la stimule au lieu de lui reprocher ses défauts en la mettant en demeure de devenir invisible. Les pouvoirs publics et la filière automobile doivent tenter cette réconciliation, pour que nos villes, nos agglomérations, accueillent les expérimentations qui soutiendront les innovations de la filière, innovations d’usage avant d’être technologiques.

Par Pascale Ribon, Directrice Générale de l’ESTACA (Ecole Supérieure des Techniques Aéronautiques et de Construction Automobile).

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