L'Usine Santé

"Il faut mettre fin à l'omniprésence industrielle dans le domaine de la santé"

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Entretien Mercredi 22 juin, la commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale devrait entériner le rapport de la mission d’information sur le Mediator. Son président, le député Gérard Bapt (PS), revient pour L’Usine Nouvelle sur ce que révèle ce rapport.

Il faut mettre fin à l'omniprésence industrielle dans le domaine de la santé © ULRICH LEBEUF/MYOP

Le rapport de la mission d’information sur le Mediator de l’Assemblée Nationale propose de modifier le fonctionnement de l’agence du médicament (Afssaps) et de renforcer la pharmacovigilance "pour ne pas revivre l’histoire du Mediator". Le but est de "redonner confiance aux acteurs du système de santé", aussi bien aux médecins qu'aux patients.

L'Usine Nouvelle - En quoi votre rapport diffère de celui de l’IGAS dévoilé le 15 janvier ?

Gérard Bapt - Le rapport de l’IGAS était un socle. Nous nous sommes basés sur le bilan de l’Inspection générale des affaires sanitaires sur le Mediator pour faire des propositions destinées à éviter un tel scandale sanitaire.

Il ne s’agit donc pas d’une enquête sur l’affaire Servier en tant que telle ?
Notre but est de tirer les conclusions de cette affaire pour ne plus permettre cela. Néanmoins, nous avons trouvé des éléments nouveaux au cours de notre enquête, et nous avons recueilli des témoignages sur la tromperie de Servier et la façon dont le laboratoire minimisait les effets secondaires du médicament.

Le rapport est-il à charge contre le laboratoire Servier ?

Aujourd’hui, ce ne sont pas tant les industriels de la santé que les règles qui les encadrent qu’il faut revoir. Lors de nos auditions, nous avons identifié des dysfonctionnements dans la chaine du médicament, au sein de la Direction générale de la santé et de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps).

Quels sont ces dysfonctionnements ?

L’omniprésence industrielle à tous les niveaux de la chaîne du médicament, y compris dans les institutions, est à revoir. Notamment, il y a eu des connivences immédiates avec des experts qui avaient des intérêts.

Que faut-il faire pour remédier à cette collusion ?

Il faut ouvrir ce sytème administrativo-industriel afin d’éviter que les liens d’intérêts ne se tranforment en conflit d’intérêts. Au sein de l’Afssaps, il faut mettre fin au lien de subordination qui induit que la commission de pharmaco-vigilance dépend de la commission de mise sur le marché. Il faut qu’elles soient sur un pied d’égalité. Et pour permettre un contrôle judiciare, nous proposons de donner la possibilité aux associations de patients de mener des actions en justice. Sans être une "class action" à l’américaine, cela permettra aux patients les plus démunis et les plus faibles de faire face à un géant de la chimie comme Servier.

D'après le rapport, les associations de patients doivent-elles prendre de l’importance dans la chaîne du médicament ?

Oui, il faut que ces associations puissent être représentées, notamment dans les centres régionnaux de pharmacovigilance. Leur présence rompra avec l’omniprésence des industriels que j'évoquais et permettra de représenter l’intérêt des utilisateurs. Les experts actuels n’ont pas eu d’oeil critique et n’ont pas tiré la sonette d’alarme.

La revue spécialisée Prescrire avait pourtant signalé le danger. Que faut-il faire pour qu’un tel appel ne reste pas lettre morte ?

Outre les associations de patients, il faudrait instaurer une veille scientifique internationale et assurer plus de transparence et de fluidité d’information entre les agences régionales, nationales et européennes. Il faut aussi revaloriser la formation continue des médecins. Puis, nous proposons de multiplier les postes de délégués de l’assurance maladie, ce qui permettrait d’avoir une information plus indépendante pour les médecins.

Multiplier les postes nécessitera des budgets plus importants. Comment financer une telle réforme ?

Une taxe sur les dépenses marketing médical des industriels de la santé (plus de 12 milliards d'euros en France) pourra largement financer la création des nouveaux postes.

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