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L'Usine de l'Energie

"Il faut étaler la sortie du parc nucléaire", selon Francis Rol-Tanguy

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Entretien Francis Rol-Tanguy est depuis décembre 2012 le délégué interministériel à la fermeture de la centrale nucléaire et à la reconversion du site de Fessenheim.

Il faut étaler la sortie du parc nucléaire, selon Francis Rol-Tanguy © Pascal Guittet

L'Usine Nouvelle - La CGT vous reproche de vouloir fermer "un actif rentable et sûr". Que lui répondez-vous ?

Francis Rol-Tanguy - La majeure partie du parc de centrales nucléaires – coup de chapeau aux anciens – a été construite en dix ans ! Quelle que soit la durée de vie des réacteurs, même si on accepte soixante ans comme le souhaite EDF, il faudra fermer la plupart des centrales en dix ans… Vous imaginez le coût de l’investissement à mettre sur la table pour les remplacer dans un délai si bref ? Il faut que l’on en ferme à 40, 50, 60 ans… Pour cela, il faut commencer tôt. Je n’ai aucun état d’âme sur ce sujet. Ce n’est pas moi qui ai choisi Fessenheim. Mais il faut débuter le démantèlement d’une centrale. C’est une bonne décision et c’est une responsabilité politique. Toute politique énergétique se doit d’étaler la sortie du parc nucléaire !

Finalement, fermer Fessenheim serait juste une question d’anticipation ?

Pas seulement. En démantelant une centrale, nous allons beaucoup apprendre sur la possibilité de prolonger la durée de vie des réacteurs. L’une des questions fondamentales est de savoir si les cuves peuvent tenir. Certains disent que l’on peut faire des projections, que l’on a des automates qui vont à l’intérieur et qui vérifient tout… Il n’y a rien qui remplace l’essai destructif… Rien ! Sans compter que le démantèlement de Fessenheim permettra d’avoir une idée sur les coûts de déconstruction, et donc de la justesse des provisions faites par EDF.

En démantelant une centrale, nous allons beaucoup apprendre sur la possibilité de prolonger la durée de vie des réacteurs.

 

Pourra-t-on respecter la promesse de François Hollande de fermer Fessenheim d’ici à la fin 2016 ?

Je le pense. Lors de la conférence environnementale, le président de la République ne s’est pas contenté de réitérer son engagement d’une fermeture à la fin 2016. Il a présenté une partie du mode d’emploi. Il a expliqué que la future loi de transition énergétique plafonnera à son niveau actuel la capacité de production nucléaire. Or l’EPR de Flamanville (Manche) doit entrer en fonctionnement en 2016. Cela signifie qu’il y aura une sorte d’équivalence entre la mise en service du nouveau réacteur et la fermeture de Fessenheim. François Hollande a également annoncé que l’État allait se doter d’une capacité de politique énergétique. Aujourd’hui, les questions d’arrêt et de prolongation des réacteurs sont uniquement dans les mains d’EDF et de l’Autorité de sûreté nucléaire [ASN].

Quand commencera le démantèlement de Fessenheim ?

Pour ce qui est des procédures de mise à l’arrêt et de démantèlement, nous avons engagé une réflexion avec l’ASN. Celle-ci souhaite que les procédures de démantèlement soient démarrées rapidement après l’arrêt. Il y a une limite technique qui ne permet pas de commencer le démantèlement tant qu’il y a du combustible sur le site. Il y aura un délai de deux ou trois ans après l’arrêt. Les textes qui prévoient les procédures de mise à l’arrêt ont été écrits en 2007. Ils ne forcent pas l’exploitant à engager le démantèlement rapidement. Pour l’ASN, il est important de revisiter ces textes.

En décembre dernier, la CGT vous a empêché de pénétrer sur le site de Fessenheim. Quelles sont aujourd’hui vos relations avec les partenaires sociaux ?

Lorsque j’ai été nommé par le gouvernement, il y a un peu moins d’un an, j’ai considéré qu’il était normal que mon premier geste soit dirigé vers les salariés de Fessenheim. La réaction de ceux-ci, exprimée par leurs représentants syndicaux, est tout à fait compréhensible. Aujourd’hui, il y a clairement, vis-à-vis du délégué interministériel que je suis, un refus de tout contact de la part des syndicats et de leurs fédérations de l’énergie. Je manifeste ma disponibilité permanente, s’il y avait un changement d’opinion. Pour l’instant, nous avons le temps, le calendrier n’est pas complètement tendu. Nous évoquons une fermeture à la fin 2016 et nous ne sommes même pas fin 2013. Tout ce qui donnera du temps pour discuter de l’avenir du site entre les parties prenantes permettra de prendre les meilleures décisions.

Les syndicats estiment que 2 000 à 5 000 salariés sont menacés chez les sous-traitants et les employeurs locaux. Vous confirmez ?

Une étude a été commandée par le comité central d’entreprise d’EDF auprès du cabinet Syndex. Ce document indique qu’il y a 700 à 750 emplois directs sur le site de la centrale. Auxquels s’ajoutent 300 à 400 emplois directs de sous-traitance. Après, il est question d’emplois indirects et induits. Là, les définitions varient. En ce qui nous concerne, en accord avec EDF, nous avons missionné la direction régionale de l’Insee pour qu’elle réalise une étude. Nous disposerons de ces éléments fin 2013-début 2014. Nous pourrons alors comparer les deux études.

Aujourd’hui, un bon millier d’emplois directs sont directement concernés par la reconversion du site.

 

Quid du devenir de ces salariés ?

Aujourd’hui, un bon millier d’emplois directs sont directement concernés par la reconversion du site. La décroissance des emplois d’EDF ne sera pas immédiate. Si on ferme le 31 décembre, cela ne veut pas dire qu’au 1er janvier, il n’y aura plus personne dans la centrale. Il restera un nombre significatif de salariés pendant un temps certain, car le démantèlement va prendre vingt à vingt-cinq ans. Pour ce qui est des sous-traitants, il s’agit le plus souvent de filiales d’entreprises qui ne sont pas liées seulement à la maintenance de Fessenheim, mais à celle de l’ensemble du parc nucléaire français. Enfin, des sous-traitants prennent en charge des fonctions de logistique qui ne vont pas prendre fin du jour au lendemain. La société de gardiennage qui vient seconder les équipes d’EDF consacrées à la sécurité du site peut considérer qu’elle n’aura un souci qu’en 2035 ou en 2040, mais pas avant… La reconversion d’une centrale nucléaire demande du temps. Ce n’est pas comme une usine qui ferme du jour au lendemain.

Propos recueillis par Ludovic Dupin et Pascal Gateaud

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2 commentaires

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19/10/2013 - 15h12 -

"Il n’y a rien qui remplace l’essai destructif… Rien !" Ben voyons. Ca ressemble un peu a : Je tire d'abord et ensuite je demande de mettre les mains en l'air pour discuter... Les analyses a ultrasons et de mise sous pression sont largement suffisantes pour analyser l'état des cuves. Le directeur du CEA auditionné au sénat en 2012 a dit que les analyses montrent que les atomes de métal bougent plusieurs fois par secondes sur une partie limité coté interne de la cuve. "Sans compter que le démantèlement de Fessenheim permettra d’avoir une idée sur les coûts de déconstruction, et donc de la justesse des provisions faites par EDF."" C'est faux de dire cela. Nous avons déjà 9 réacteurs en démantèlement, et nous avons déjà des ordres de grandeur sur le couts. En plus, Ce fossoyeur fait comme si nous apprendrions tout sur un seul démantèlement et qui serait le premier. En industrie, tout le monde sait que le premier modèle ou la tête de série n'est jamais le bon reflet des couts d'une production de masse. D'ailleurs, de quelle production de masse parle t-on puisque le gouvernement prolongera (et c'est déjà le cas de fait puisque l'état et EDF n'ont toujours pas pris de décisions a propos de l’Effet falaise) la durée de vie a 50, voire 60 ans. je rappelle que l'EPR est autorisé de fait a fonctionner 60 ans. Il y en aura d'autres, mais les gouvernements successifs refusent de le dire et de prendre la décision. Il le faudra pourtant. Donc fermer des réacteurs de 900 Mw en masse voudra dire qu'il faut ajouter la puissance équivalente au régime de fonctionnement équivalent. Ce qui est loin d’être le cas sauf a construire des centrales thermiques au fioul au charbon et au gaz... Il faut donc répéter sans cesse, que ces histoires de fermetures de centrales ne sont que des histoires de jeux politiques. Jeux qui ne se soucient guère des populations locales sur le plan économique. Mais il va finir par apparaitre que les lorrains et les alsaciens vont faire payer aux gouvernements successifs leur abandon des populations et des activités économiques qui y étaient rentables.
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18/10/2013 - 21h20 -

Pitoyable réquisitoire ! D’autant plus que la mission de RT est de mettre en œuvre l’ordre d’arrêter la centrale, pas de le justifier ! S’il avait obéi, cela lui aurait évité de dire autant de bêtises, indignes d’un haut fonctionnaire :
- D’après lui, pour mieux étaler la charge d’investissement que représente le renouvellement du parc nucléaire, il faudrait anticiper la mise au rebut de centrales encore aptes à fonctionner pendant de nombreuses années ! Donc perdre immédiatement de l’argent pour être capable d’en avoir au moment voulu ! Même le dernier des ignares en économie doit écarquiller les yeux.
- Une centrale à l’arrêt emploie 10% environ du personnel d’une centrale en fonctionnement : ce n’est pas une prévision mais l’expérience précise des centrales qui ont déjà fermé et notamment des 8 premières centrales nucléaires françaises de la filière UNGG. Bien sûr, EDF ne mettra pas 90% de son personnel à la porte, mais celui-ci se substituera aux embauches que l’entreprise aurait faites pour compenser les départs à la retraite et qui auraient contribué à améliorer la situation catastrophique du chômage dans notre pays. Quant aux sous-traitants, qui peut croire que le fait qu’ils travaillent aussi pour d’autres industries ne les affectera pas ? Ce raisonnement de pacotille est franchement désespérant…
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