"Il faut durcir les conditions de la mise en décharge des déchets valorisables", estime le président du Syndicat français de l’industrie cimentière

En 2015, le taux moyen de substitution énergétique dans les cimenteries françaises s’est élevé à 38%. La filière se fixe pour objectif d’atteindre 50% à l’horizon 2020, notamment en s’engageant à porter sa consommation de combustibles solides de récupération (des combustibles solides préparés à partir de déchets non-dangereux) à 1 million de tonnes, contre 280 000 tonnes actuellement. Le président du Syndicat français de l’industrie cimentière, Raoul de Parisot, explique à L’Usine Nouvelle les enjeux de cette transition énergétique.

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L’Usine Nouvelle – De quelle manière l'industrie cimentière s’est-elle attelée au sujet de la valorisation des déchets ?
Raoul de Parisot - Nous utilisons 900 000 tonnes de déchets qui ont une valeur énergétique. Nous avons depuis une dizaine d’années beaucoup développé l’emploi des combustibles solides de récupération (CSR) : meubles, bois, tissus… qui ne peuvent pas être recyclés. La baisse du taux de substitution énergétique en 2007 s’explique par la réintroduction des farines animales dans certains circuits, dix ans après la réquisition de l’industrie cimentière par les pouvoirs publics pour aider à leur élimination. Les CSR ont aidé à faire remonter la courbe. La part des déchets dangereux (huiles usagées, solvants, boues de stations d’épuration…) recule. Le recyclage matière est moins connu. L’industrie cimentière a recyclé, en 2015, 2,4 Mt de déchets minéraux. Nous avons besoin de molécules de fer pour faire du ciment.

Comment faire grimper davantage le taux de substitution énergétique dans les cimenteries ?
Il faut développer les filières de combustibles solides de récupération (CSR), ce qui veut dire qu’il faut augmenter l’efficacité de la collecte. Il faut durcir les conditions de la mise en décharge, et en augmenter les coûts. En Angleterre, la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) est trois à quatre fois plus importante qu’en France, tandis que l’Allemagne a fermé des décharges ! Cela a forcé les filières à développer des alternatives. En France, des déchets valorisables partent encore en décharge. Il faut, de plus, un durcissement des règles de mise en décharge, de façon à ce que de nouvelles usines de tri et de séparation des différents composants des déchets énergétiques soient construites afin d’arriver à un combustible qui soit suffisamment normé.

Quels sont les freins à la valorisation matière des déchets ?
Il y a un problème de composition chimique. La composition chimique du déchet minéral doit être compatible avec la chimie du clinker (la fusion du calcaire, de l’argile, du sable et de l’oxyde de fer : ce qui sort de nos fours). D’après les arrêtés préfectoraux, si la somme des éléments contenus dans le clinker est à 80% dans le déchet, on peut le réceptionner. Sinon, on ferait de l’élimination et pas de la valorisation.

Rencontrez-vous des difficultés d'approvisionnement ?
Il y a des accords avec de grands noms du déchet qui ont à la fois des décharges et des filières de valorisation. Ceux-ci font le choix le plus économique pour eux, qui n’est pas toujours celui de préparer des produits pour les cimenteries. Le coût de traitement peut être plus élevé que celui de la mise en décharge et de la TGAP qu’ils paient. Le fait que la fiscalité ne défavorise pas la mise en décharge conduit à faire de l’optimisation. Si une benne doit parcourir 200 kilomètres pour parvenir à un centre de tri, économiquement, cela ne tient pas la route. Les industriels sont également directement démarchés, mais cela nécessite forcément un transport des déchets et la préparation d’un combustible adéquat. Il y a toute une chaine de broyage, de tri et de contrôle chimique et thermique à respecter de façon à s’assurer de la régularité du déchet et de sa conformité par rapport aux arrêtés préfectoraux.

Comment l'objectif de valorisation des déchets de chantier fixé par la loi de transition énergétique (70% à l’horizon 2020) affecte-t-il votre activité?
La loi de transition énergétique va accroître le gisement de déchets, car ils iront moins en décharge. La benne de chantier, pour nous, n’est pas utilisable telle quelle. On doit séparer les déchets minéraux, les plâtres que l’on ne peut pas rentrer dans nos fours, les déchets bois et métaux qui doivent être valorisés… Il ne faut pas mélanger les matériaux ! Certaines entreprises le gèrent extrêmement bien. On s’adapte aussi, sans arrêt, aux différents types de flux.

Travaillez-vous à une meilleure aptitude au recyclage de vos matériaux ?
Le béton est recyclable. Nous avons entamé, avec un certain nombre d’autres instituts et de centres de recherche, le programme Recybéton, qui a démarré il y trois ans. Les résultats finaux sont attendus en juin 2017. Un béton constitué à partir de granulats issus eux-mêmes de béton recyclé peut être réutilisé trois à quatre fois, avec la même durabilité du béton. Il y a des pays comme la Suisse où on a été plus pragmatique, en incorporant du béton recyclé dans les murs intérieurs qui ne sont pas exposés à l’eau ou au gel. Dans certains cantons suisses, c’est obligatoire.

Propos recueillis par Franck Stassi

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