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"Il faut arrêter d'agir comme si le cerveau était un muscle"

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Entretien Pour Gaëtan de Lavilléon, spécialiste de neurosciences et cofondateur de Cog’X, le travail intellectuel ne peut être régulé comme le travail musculaire dans une usine du XIXe siècle.

Il faut arrêter d'agir comme si le cerveau était un muscle
Pour Gaëtan de Lavilléon, spécialiste de neurosciences et cofondateur de Cog’X "il faut apprendre à faire de véritables pauses".
© Flickr - JaHovil - C.C

Vous vous intéressez à la notion de charge mentale. Quand faut-il s’inquiéter ?

Il faut trouver une adéquation entre l’individu, la tâche à effectuer et l’environnement. Une surcharge cognitive passagère n’est pas grave. C’est d’ailleurs un état naturellement transitoire. Le cerveau peut s’en accommoder. En revanche, ce qui est problématique, c’est quand elle est continue et répétée. Elle a alors des conséquences sur les capacités cognitives de l’individu, sur sa capacité à planifier, sur sa mémoire, ses émotions et sa fatigue. Au travail, les gens ont plus de mal à se concentrer, à apprendre, à s’engager, à être créatifs. En effet, on leur demande de plus en plus de faire preuve de créativité. Mais de quoi parle-t-on ? De la capacité à mettre en relation des événements qui ne le sont pas habituellement. Or, si vous êtes en surcharge, vous enregistrez mal ce qui se passe et le jour où l’on vous demandera d’être créatif, vous ne pourrez pas mettre en relation des éléments que vous aurez mal mémorisés.

Vous utilisez visiblement les apports des neurosciences pour améliorer la santé des gens. N’y a-t-il pas un risque d’instrumentalisation ?

Si l’on travaille mieux, on améliore le bien-être et la performance. Par exemple, quand on est plus efficace grâce à un bon environnement de travail, on sera moins fatigué le soir. On aura travaillé autant, voire davantage, mais on sera mieux. Pour notre part, quand nous avons créé la société Cog’X, nous avons écrit dans nos statuts que nous nous interdisions l’utilisation des neurosciences dans un sens qui limiterait le libre arbitre des individus. C’est important de proposer des outils, des solutions et de laisser les personnes faire leurs choix en connaissance de cause, qu’elles apprennent à écouter les signaux de leur cerveau et s’autorisent une sieste. Notre conviction reste que les sciences cognitives peuvent aider à faire les choses dans un environnement plus doux, moins agressif. Le risque, c’est l’installation et l’utilisation d’outils non réfléchis et, de ce fait, une espèce de fuite en avant.

La sieste est-elle bonne pour le cerveau ?

La question de la sieste est intéressante. Tout le monde sait qu’après un repas, l’individu a une baisse de régime. Il serait plus intéressant d’autoriser les salariés à dormir une quinzaine de minutes pour restaurer leurs fonctions cognitives. Ils repartiraient plus en forme et travailleraient mieux. Même la Chine, qui est plutôt dans un modèle productiviste, le fait. À sa façon, avec une sirène au début et à la fin… C’est un véritable tabou culturel en France. On a cette idée héritée du monde industriel qu’au travail on doit travailler. Mais notre cerveau ne fonctionne pas comme un muscle.

L’important est de pouvoir et de savoir faire des pauses cognitives ?

Encore faudrait-il apprendre à faire de véritables pauses. Rien n’est pire que les gens qui, en pause, se jettent sur leur téléphone personnel. Leur cerveau ne fait pas la différence avec le travail, même s’ils traitent des questions personnelles. Du point de vue du cerveau, cela reste un problème à gérer avec un outil digital. Oui, il faut faire des pauses, marcher un peu, aller prendre un café… Un ami qui travaille dans une multinationale me racontait récemment que celle-ci autorisait désormais la présence des animaux de compagnie. Ils ont d’ailleurs un chien. Lui est un non-fumeur et il voit cela comme la possibilité de sortir régulièrement. Il accompagne le chien de la société pour faire un tour. Il faut sortir du tabou sur les pauses, la sieste. Sur cette idée que l’on ne peut pas être au travail sans travailler. C’est au moins aussi important, voire plus, que le droit à la déconnexion. Enfin, il est urgent que sur ces questions on prenne conscience que tout le monde ne travaille pas de la même façon d’un point de vue cognitif. Certains supportent le bruit, d’autres non. Certains jours on le supporte plus que d’autres. Il va falloir apprendre à vivre avec cette diversité. Cela peut être une réelle source de richesse.

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