"Il existe un lien privilégié entre Areva et le Japon", explique Armand Laferrère

Trois ans après l'accident nucléaire de Fukushima, Areva se bat pour retrouver ses contrats clés au Japon. Le groupe français a bon espoir de voir les premières autorisations de redémarrage de réacteurs intervenir dès l'été 2014. Armand Laferrère, président d'Areva Japon, a répondu aux questions de L'Usine Nouvelle.

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L'Usine Nouvelle - Quelle est aujourd’hui la situation du nucléaire au Japon ?

Armand Laferrère - Le gouvernement Abe veut aller vers un redémarrage des centrales nucléaires. Une politique énergétique nouvelle sera bientôt annoncée. Elle confirmera que le nucléaire doit constituer dans le futur un élément important de la production électrique de base japonaise.

Aujourd’hui, 17 dossiers de demande de redémarrage sont en cours de traitement devant la nouvelle autorité de sûreté nucléaire. Il est difficile de donner une date précise pour leur aboutissement mais il est probable que plusieurs d’entre eux auront lieu d’ici à la fin de l’année 2014. Une quinzaine de réacteurs devraient fonctionner d’ici fin 2015.

Voir aussi notre diaporama Plongée dans la zone interdite de Fukushima

Quelle est la place d’Areva dans ce Japon post-Fukushima ?

Areva est un partenaire historique du Japon et reste le principal fournisseur dans l'amont du cycle nucléaire, avec la plus grande part de marché. Il y a un lien ancien et privilégié entre Areva et le pays. Une de nos tâches a été d’assurer la pérennité de contrats existants même s’ils ne pouvaient pas être mis en œuvre du fait de l'arrêt de nombreux réacteurs. Et puis, nous sommes toujours présents dans le cadre d’un soutien technique apporté au futur démarrage de l’usine de recyclage et de fabrication de Mox.

De nouvelles activités apparaissent depuis l'accident. D’une part, nous accompagnons les électriciens dans le redémarrage des centrales. Il s’agit de renforcer la sûreté des réacteurs en fournissant des systèmes de ventilation filtrée, des outils de contrôle du niveau d'hydrogène, des recombineurs d'hydrogène pour éviter explosion... D’autre part, il y a le travail sur la centrale de Fukushima. C'est un projet gigantesque avec une gestion complexe. Tepco souhaite favoriser sur le terrain les équipes japonaises pour gérer la difficulté supplémentaire que constitue la présence d'équipes internationales avec des langues et usages différents. En revanche, ils sont ouverts à des technologies internationales. Nous avons fourni dès juin 2011 une usine de traitement d’eau, placée en secours depuis octobre 2011. Depuis, nous avons mené quelques travaux d'études.

Comment se dessine l’avenir ?

Le gouvernement japonais a clairement demandé à Tepco de trouver des solutions adaptées à la gravité de la situation, surtout après les problèmes de fuites en 2013. Nous sommes donc en discussion avec l’électricien et d’autres partenaires japonais pour proposer des solutions. Nous avons aussi répondu aux appels à idées du gouvernement pour la gestion des eaux contaminées et pour l’accès au corium.

Vous heurtez-vous à un sentiment antinucléaire au Japon ?

Beaucoup de Japonais disent qu’il faudrait aller vers le "zéro nucléaire". La tentative de l'ancien Premier ministre Junichiro Koizumi de lancer un mouvement antinucléaire a échoué devant les électeurs. La population comprend que l’absence du nucléaire est en train de peser très lourd dans la balance commerciale du pays.

De plus, les Japonais ont conscience qu’il faut éviter la faillite des électriciens. Ensuite, il appartiendra au gouvernement et à l’industrie de montrer que les mesures nécessaires ont été prises pour restaurer une culture de sûreté. C’est la condition sine qua non pour que le nucléaire soit conservé à long terme comme le souhaite le gouvernement Abe.

Propos recueillis par Ludovic Dupin

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