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"Il est temps d’en finir avec le grande entreprise bashing", pour Antoine Morgaut de Robert Walters

Christophe Bys

Publié le

Antoine Morgaut est le CEO pour l’Europe du cabinet de recrutement Robert Walters. Il vient de prendre la tête du Syntec conseil en recrutement, l’organisation professionnelle du secteur. Dans l'entretien qu'il nous a accordé, il estime que les entreprises moyennes ou grandes possèdent un atout par rapport au travail indépendant ou aux start-ups : elles savent créer des liens sociaux entre les personnes dans la durée. Or, c'est une demande forte des jeunes et des moins jeunes à l'heure du tout numérique. 

Il est temps d’en finir avec le grande entreprise bashing, pour Antoine Morgaut de Robert Walters © photo Pascal Guittet

L’Usine Nouvelle - Comment expliquez-vous que les plus jeunes sont de moins en moins tentés pour rejoindre les grandes entreprises ?

Antoine Morgaut - Une majorité de jeunes diplômés, ceux qui seraient devenus cadres il y a quelques dizaines d’années, aspirent désormais à l’entreprenariat. Ils pensent qu’ils seront mieux en tant que travailleur indépendant ou dans une start-up. De cette façon, ils imaginent exprimer leur nature rebelle, manifester leur envie de ne pas entrer dans le système. D’un certain point de vue, ce mouvement est très sain, car ils montrent que les plus jeunes veulent créer leur affaire.

Dès lors, la question qui se pose pour les entreprises est de savoir si ce mouvement constitue une véritable révolution. Est-ce que les jours des grandes entreprises hiérarchisées avec, pour simplifier, le contrat social des 30 glorieuses, sont comptées et va-t-on assister à leur disparition à plus ou moins court terme ? Ou bien s’agit-il seulement d’une évolution qui va obliger les entreprises à revoir le contrat social qu’elle propose ?

Si j’en crois les DRH que je rencontre, ceux-ci constatent qu’ils sont moins attractifs aujourd’hui qu’ils ne l’étaient auparavant. Ils sont très conscients de cet enjeu et cherchent les moyens de retrouver cette attractivité.

Comment expliquez-vous ce changement ?

Il y a plusieurs facteurs évidemment. Il faut rappeler qu’il y a eu un véritable traumatisme dans un pays comme la France où l’on rêvait de carrière. Qu’a-t-on vu ? Des gens qui étaient entrés dans une entreprise où ils pensaient rester durablement ont été sortis de l’entreprise autour de la cinquantaine. Le système a d’une certaine façon créé la défiance vis-à-vis du contrat social qui existait jusqu’ici. N’oubliez pas qu’environ la moitié des cadres au chômage ont plus de cinquante ans. Si la carrière n’est plus garantie, autant rejoindre une start-up ou devenir travailleur indépendant.

Pourtant, vous estimez que les entreprises classiques ont des atouts importants. Lesquels ?

Le DRH qui veut que son entreprise soit attractive doit y réfléchir en l’appréhendant comme un lieu où les salariés ont envie d’aller, où ils trouveront quelque chose que ne leur offre pas la start-up ou le travail indépendant.

Les réflexions sur la RSE, la qualité de vie au travail ou l’équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle signalent la prise de conscience opérée par certains dirigeants que l’entreprise est un lieu social. C’est une dimension sur laquelle il faut insister : l’entreprise, moyenne ou grande, offre à ses membres un univers, un contexte social. C’est un lieu où on tisse des relations, rencontre les autres. On y passe 60 % du temps éveillé.

Lors d’une présentation publique récemment, vous avez comparé l’entreprise à un village. Pouvez-vous préciser votre vision ?

Faisons un petit détour par l’Histoire. Avant l’industrialisation, le travail se faisait largement dans les campagnes. Dans les villages, il y avait une véritable sociabilité, les gens se connaissaient, se donnaient des coups de main. L’exode rural consécutif à l’industrialisation et à l’urbanisation a largement fait disparaître tout cela.

Aujourd’hui, les entreprises offrent pourtant quelque chose d’assez semblable, mais elles ne le valorisent pas toujours assez. Si on compare le travail dans une entreprise à un travail d’indépendant, ce qu’apporte la première que l’autre n’offre pas, c’est la sociabilité dont je vous parlais. Les entreprises devraient travailler cette dimension, accentuer tout ce qui contribue à faire d’elle des lieux de socialisation. Les managers intermédiaires ou les dirigeants de business units sont, dans une large mesure, l’équivalent d’un maire de village qui s’occupe de ses administrés. C’est un levier puissant pour se différencier du travail indépendant ou dans une start-up.

N’est-ce pas accessoire par rapport aux motivations essentielles du choix d’un emploi comme, par exemple, l’argent ou le développement des compétences auquel, dit-on, les jeunes générations sont particulièrement attaché ?

A côté des moteurs extrasèques que sont le salaire, le titre et les responsabilités, il existe des moteurs intrinsèques comme le contenu du travail, ou le besoin d’une vie sociale, qui est particulièrement fort chez les Millenials. Alors qu’ils sont équipés de smartphones et surfent sur des applis, ils n’en demeurent pas moins demandeurs de vraies rencontres. Cela peut sembler paradoxal, mais c’est ainsi. Le vrai risque qui existe pour les plus jeunes est d’être isolé, sans vrai lien social. Ce que j’appelle un vrai lien social c’est la découverte de l’autre auquel on n’aurait pas parlé spontanément, mais qui se révèle être quelqu’un d’intéressant, qui va changer ma vision.

Je suis persuadé que l’entreprise a un atout énorme dans sa capacité à créer des liens sociaux. Pour revenir à l’image du village, regardez ce qui se passe sur un plateau un lundi matin. Chacun a un rôle, comme dans un village. On s’échange des informations, on prend des nouvelles. C’est important.

De nombreux espaces de co-working semblent aussi l’avoir compris, car ils proposent des espaces spéciaux, organisent des rencontres, essaient de stimuler les échanges entre les personnes. Cela ne relativise-t-il pas l’atout des entreprises ?

J’ai des doutes sur la capacité d’un espace de co-working à y arriver. Tout y va très vite. Cela repose sur une telle vitesse qu’on n’a pas le temps de créer de vrais liens.

Les grandes entreprises ont vraiment un atout. Regardez les usines il y a un siècle : on y travaillait durement mais la puissance des liens rendait le travail plus supportable. Je ne crois pas qu’on puisse bien travailler sans avoir le plaisir de retrouver les gens avec lesquels on est. Les patrons, les dirigeants devraient être attentifs à créer les conditions pour que ces liens puissent se développer.

Il est temps d’en finir avec le"grande entreprise bashing". Elles sont en train de prendre conscience de ces changements et elles s’y adaptent.

 

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1 commentaire

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02/03/2017 - 09h29 -

Il est surtout temps d'arrêter le "bashing" tout court ! depuis quand critiquer des alternatives a-t-il donné une image positive de celui qui parle ?
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