Ignorer le coût complet de ses pertes matières coûte cher

Certaines entreprises croient bien gérer les coûts liés aux pertes de matières, d’autres ont une perception erronée de la façon dont ces coûts s’accumulent tout au long de la chaîne de production. La plupart sous-estime la valeur qu’elles peuvent dégager d’une gestion efficace de ces pertes. Au-delà des enjeux environnementaux, la méthode de calcul du coût complet des déchets permet aux entreprises d’explorer un gisement de réduction de coûts et d’activer un puissant levier d’efficacité opérationnelle.

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Ignorer le coût complet de ses pertes matières coûte cher

Dans un environnement économique mondial qui évolue sous la pression de la croissance démographique, de l'augmentation du niveau de vie dans les marchés émergents et de la raréfaction des ressources naturelles, les entreprises et acteurs publics prennent conscience qu’il y a urgence à entrer dans l’ère de l’économie circulaire compétitive et créatrice de valeur pérenne. Mais aujourd’hui encore, trop rares sont les entreprises qui ont engagé des actions concrètes pour gagner en efficacité dans l’utilisation de leurs ressources.

Coût de gestion externe des déchets : l’arbre qui cache la forêt

Les entreprises méconnaissent la part des pertes de matières dans leurs coûts d’exploitation ; leur connaissance se limitant souvent au coût des prestations d’enlèvement et de traitement de leurs déchets. Or ces coûts représentent moins de 10% du coût complet des déchets, qui englobe les coûts de gestion des déchets mais aussi tous les autres coûts (matières premières gaspillées, énergie, main d’œuvre consacrée à la manutention).

Certaines entreprises croient bien gérer ces coûts pour différentes raisons : "système qualité" en place, peu de déchets produits, suivi rigoureux des factures d’enlèvement de déchets, valorisation et recettes issues des déchets… Or un faible taux de rebuts pour non-qualité n’induit pas pour autant une minimisation des pertes de matières premières. Ou encore, une usine qui tire des recettes de ses chutes de production ne réalise souvent pas que le coût complet dû à la production de ses déchets est en réalité 10 à 20 fois supérieur à ces mêmes recettes.

D’autres entreprises ont une perception erronée de la façon dont ces coûts s’accumulent tout au long de la chaîne de production. Un responsable de production se focalisera par exemple sur l’étape de préparation des mélanges de produits ("batch"), qu’il sait être la première source de pertes, sans réaliser que l’étape de conditionnement en génère presque autant.

Les entreprises sous-estiment ainsi la valeur qu’elles peuvent dégager d’une gestion efficace de leurs pertes matières, dont le coût complet peut représenter jusqu’à 40% du coût de production total du produit fini. Toutes les entreprises ont un intérêt économique et environnemental à mieux connaître le coût complet de leurs déchets et chercher les pistes d’action pour les réduire. Cependant, on trouve les plus grosses marges de progrès chez les sites dont une part modérée des coûts de production est liée aux déchets (5-15 %). Ils n’ont généralement jamais porté une attention particulière à ce poste de coûts et ont des leviers d’action importants.

Une démarche qui mobilise toutes les fonctions de l’entreprise

Pour être efficace, le diagnostic doit combiner une approche par les coûts à un bilan matière sur la chaîne de production. La méthode MFCA (Material Cost Flow Accounting ou ISO 14051), répond à ces critères. Elle permet de calculer le coût complet des déchets d’une ligne de production mais fournit aussi des indications sur la structure de ces coûts et les étapes du process qui y contribuent le plus. L’Ademe a récemment publié des témoignages et résultats chiffrés très instructifs d’entreprises ayant mis en œuvre cette méthode dans différents secteurs (agro-alimentaire, imprimerie, plasturgie, métallurgie, etc.)

En adoptant une unité de mesure commune, l’euro, cette approche replace le sujet au centre des préoccupations de toute usine : la performance opérationnelle et la maîtrise des coûts. Ainsi, la Direction et les différentes fonctions (Achats & Logistiques, Production, Qualité, Environnement, Finance et Contrôle de gestion) œuvrent ensemble et plus efficacement à l’optimisation des ressources.

Les gains dépassent les coûts et le temps engagés dans le diagnostic

Une meilleure connaissance du coût complet des pertes de matières débouche sur des actions concrètes dont les bénéfices sont significatifs et souvent immédiats pour une entreprise, notamment aux niveaux :

  • Financier : les actions permettent des économies sur les achats de matière ou un moindre coût pour le traitement des déchets qui améliorent directement le compte de résultat.
  • Environnemental : la réduction des déchets combinée à leur orientation vers les filières de recyclage plus adaptées réduit l’empreinte environnementale des produits de l’entreprise.
  • Social : ces études peuvent justifier d’allouer des ressources supplémentaires au suivi des flux de matières.

La démarche collective, qui facilite l’implication de tous dans la mise en œuvre des actions, se révèle utile pour mettre en œuvre de légers changements organisationnels ou comportementaux, ainsi que pour les petits investissements. Une usine agro-alimentaire a par exemple équipé une chaîne de production de bacs plus petits pour s’adapter aux quantités produites, tout en créant un poste de coordination de la production pour limiter les pertes liées aux changements de produits. Des arguments encore plus pertinents lorsqu’il s’agit d’entamer un dialogue constructif avec ses fournisseurs, sur l’adaptation d’une machine-outil ou sur la mise en place d’un retro-flux des chutes.

Une contribution concrète à l’économie circulaire

Au-delà des enjeux environnementaux, la méthode de calcul du coût complet des déchets permet aux entreprises d’explorer un gisement de réduction de coûts et d’activer un puissant levier d’efficacité opérationnelle. Elles doivent être encouragées à étudier ces coûts avec des méthodes nouvelles. Toutes les entreprises qui "sauté le pas" estiment que les bénéfices obtenus à court terme justifiaient pleinement ces initiatives.

Les pouvoirs publics et les organisations professionnelles ont aussi un rôle à jouer pour promouvoir et généraliser ces démarches. Que leur soutien soit financier, technique, ou sous forme d’animation, ils doivent pousser les entreprises dans cette voie. C’est ainsi que les usines pourront améliorer leur compétitivité, réduire leur déchets, et contribuer à leur échelle à l’une des composantes de l’économie circulaire.

Eric Duvaud, associé, responsable du département Environnement et Développement Durable EY.

Xavier Guillas, senior manager en charges des secteurs Matières Premières & Industries, Département Environnement et Développement Durable EY.

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