Hypothèses et scénarios sur l'avenir de Vivendi

par Gwénaëlle Barzic et Christian Plumb

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PARIS (Reuters) - Le départ de Jean-Bernard Lévy de la présidence du directoire de Vivendi ouvre la voie à un redécoupage du premier groupe européen de divertissement et de télécoms dont les modalités et l'ampleur restent encore à préciser.

L'éditeur de jeux vidéo Activision Blizzard et l'opérateur Maroc Telecom apparaissent en haut de la liste des candidats possibles à une cession, disent banquiers et analystes, mais le scénario d'une scission du conglomérat, qui refait surface à rythmes réguliers, n'est pas à exclure.

"J'ai l'impression que toutes les options sont possibles à l'exception d'un démantèlement total du groupe qui apparaît moins probable", a déclaré un banquier basé à Paris. "Mais il est certain que des cessions sont probables."

Face aux difficultés de son cours en Bourse, Vivendi s'interroge depuis plusieurs mois sur sa stratégie et sur la pertinence de son périmètre d'activité, une réflexion ouvertement exprimée dans une lettre aux actionnaires du 27 mars cosignée par Jean-Bernard Lévy, président du directoire et Jean-René Fourtou, président du conseil de surveillance.

Le coup de théâtre de jeudi a cependant fait apparaître les divergences entre les deux dirigeants sur les solutions à apporter pour redresser un titre qui a touché au printemps un plus bas de neuf ans, plombé par les difficultés de l'opérateur SFR.

UNE SCISSION À LA NEWS CORP ?

Pour les analystes, c'est le signal d'un virage stratégique au sein du groupe.

"Avec ce qui est en train de se passer, on peut penser qu'il va y avoir un important changement de périmètre, une modification assez forte de ce conglomérat", estime Yohan Salleron, gérant de fonds à Mandarine Gestion à Paris.

"En revanche, cela semble trop tôt pour acheter dans la mesure où nous n'avons aucune idée de ce qui va se passer. On ne sait pas ce qu'on achète aujourd'hui", ajoute-t-il.

L'annonce du départ de Jean-Bernard Lévy a toutefois été saluée par un bond de plus de 5% du titre en Bourse jeudi, et l'action a encore pris 3,06% vendredi, sous-performant toutefois le CAC 40 qui s'est adjugé 4,75%.

Nomura a relevé sa recommandation sur l'action Vivendi, tout comme JPMorgan dont les analystes anticipent désormais une politique plus favorable aux actionnaires, dans la perspective notamment de la montée au capital de Vincent Bolloré qui pourrait intégrer le conseil de surveillance à l'automne.

"Compte tenu de son passé, nous verrions son arrivée comme positive, l'homme étant réputé pour accélérer la création de valeur via des ventes d'actifs ou des réductions de coûts", estime Will Smith, analyste à Jefferies, qui évoque les scénarios d'une vente d'Activision ou de Maroc Telecom.

D'autres analystes font valoir qu'une scission du groupe entre ses activités médias d'une part et télécoms de l'autre pourrait libérer de la valeur, sur le modèle de ce que vient d'annoncer News Corp, le groupe dirigé par le magnat de la presse Rupert Murdoch.

L'AVENIR DE SFR EN SUSPENS

Dans une note datée de mai, les analystes d'Exane BNP Paribas soulignaient toutefois qu'une telle opération "risquerait d'aggraver et non de résoudre la question de la dette, à moins d'un montage financier complexe", rappelant que la dette est logée au sein du groupe.

Les CDS à cinq ans sur Vivendi évoluent aux environs de 215 points de base, contre environ 170 pdb au début de l'année.

Liberum Capital évoque quant à lui l'hypothèse d'une vente de SFR, tout en reconnaissant qu'un tel scénario peut apparaître surprenant, l'opérateur contribuant à plus de 40% au résultat opérationnel du groupe.

Selon une source proche du dossier, Michel Combes, actuel dirigeant Europe de Vodafone, a renoncé à prendre la tête de la filiale de Vivendi début août, une décision qui a surpris nombre d'observateurs et d'analystes alors qu'un vaste plan de réorganisation de l'opérateur est attendu prochainement.

Un comité central d'entreprise est prévu mardi et mercredi prochains à SFR, dont l'ordre du jour mentionne "Information du CCE sur l'adaptation des orientations stratégiques de SFR", a indiqué à Reuters Damien Bornerand, délégué central de la CGT.

L'intérim à SFR est assuré par le directeur des ressources humaines de Vivendi, tandis que le secrétaire général du conglomérat remplace temporairement Jean-Bernard Lévy.

Mais c'est le président du conseil de surveillance Jean-René Fourtou qui supervisera l'élaboration d'une nouvelle stratégie pour le groupe, se retrouvant ainsi dans une situation identique à celle de 2002 lorsqu'il avait été appelé à la rescousse après les déconvenues de l'ère Messier.

Avec Alexandre Boksenbaum-Granier, Kate Holton et Georgina Prodhan, édité par Dominique Rodriguez

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