Hygiène : Du bon usage des détergents et désinfectants

Pour choisir un produit de nettoyage ou de désinfection, les acheteurs doivent observer de près non seulement les performances et les conditions d'application, mais également l'impact sur l'environnement.

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 Hygiène : Du bon usage des détergents et désinfectants

Difficile aujourd'hui pour un industriel de choisir ses détergents et désinfectants. Les causes sont multiples. A commencer par une pression réglementaire très forte, mais néanmoins encore floue. Les produits de nettoyage et de désinfection présentent en effet des risques pour l'environnement comme pour la sécurité des personnes. A tel point que l'Europe a renforcé les contraintes concernant l'autorisation de mise sur le marché des matières actives utilisées, qui doivent prendre en compte une évaluation complète de l'écotoxicité des produits. La directive 98/8CE, appelée directive biocide*, a même été adoptée pour maîtriser la désinfection en milieu hospitalier, dans la restauration collective, dans l'agroalimentaire, ainsi que dans les industries pharmaceutiques. Mais cette nouvelle directive européenne n'est pas encore retranscrite en droit français. Pourtant, le texte lui-même la prévoyait au printemps 2000. " Nous attendons tous les textes définitifs ", souligne Jean Barrailley, d'Henkel. Parallèlement à ces contraintes de la réglementation européenne, les produits de désinfection peuvent s'appuyer sur les normes existantes. La France avait en effet fait un gros effort de normalisation, dont l'Union européenne s'est inspirée. Même si, sur certains points, le cadre européen est moins strict que celui de la France. " Pour les bactéricides, les normes NFT 72170 et NFT 72171 prévoyaient des essais sur cinq (bactéricides) ou quatre souches (fongicides), alors que l'Union européenne n'en demande plus que deux. Les temps de contact prévus sont également moins stricts ", détaille Corinne Rost, d'ISS Abilis. " Pour les tests d'utilisation, les normes européennes par contre sont plus strictes. Elles imposent en particulier des tests plus nombreux et plus contraignants avec des substances interférentes (calcaire, albumine...), afin de se rapprocher des conditions d'utilisations pratiques ", estime Jean Barrailley. Bref, charge à l'acheteur de s'y retrouver entre la réglementation européenne biocide, les normes et, pour certaines applications très spécifiques, les recommandations d'organismes professionnels. Sans oublier le marquage CE, encore plus sévère. " Il concerne des produits dédiés à des utilisations très spécifiques pour les milieux à plus forts risques : ainsi, on choisira un produit avec marquage CE pour le bloc opératoire ou l'instrumentation et un produit sous directive biocide pour les couloirs ", explique Michelle Minot, de l'Institut national de l'hygiène et du nettoyage industriel. Seconde difficulté, d'ailleurs induite par la pression réglementaire : une hausse prévisible des prix. Les producteurs de spécialités mettent en oeuvre les matières actives proposées par l'industrie chimique et, sous l'impulsion de la nouvelle réglementation, vont se concentrer. " La directive biocide aura des répercussions sur nos fournisseurs, car elle va resserrer l'offre produit, ce qui aura une incidence sur nos propres gammes. Tous les produits ne seront en effet pas défendus en raison du coût prohibitif des dossiers à monter ", explique Sylvie Pitard, de DiverseyLever. Sachant que les autorisations ne sont accordées que pour une période maximale de dix ans, on peut s'attendre à la disparition plus ou moins annoncée des petits producteurs. Effectuer une analyse pertinente Cette concentration et l'augmentation du coût de revient des produits viennent compliquer le travail de l'acheteur, confronté à un environnement qui demande toujours plus de bien cibler ses besoins. Entre les références de produits très spécifiques (le formol en pharmacie, les produits pour les blocs opératoires...), les désinfectants de surface (issus des IAA et généralisés), les désinfectants stériles (pour la pharmacie), les détergents-désinfectants et les détergents, il faudra choisir le produit adapté à des contraintes particulières. L'offre est tellement segmentée que le choix des détergents et des désinfectants passera toujours par une bonne analyse de ses salissures et de ses surfaces, de ses risques bactériologiques et de ses pratiques de nettoyage-désinfection. Il faut jongler entre le besoin de produits bien adaptés, le nombre de références et le coût global. Les détergents-désinfectants sont pratiques et économiques, mais leur utilisation ne peut s'envisager que sur des surfaces faiblement souillées, entre deux nettoyages approfondis. Parmi les besoins spécifiques, l'environnement prend une importance croissante. " Le produit se retrouvant dans les rejets, il s'ajoute aux apports organiques de l'entreprise. Et doit donc être calculé dans la taxe générale sur les activités polluantes ", rappelle Pierre Joudan, de Stipe. Mais d'autres demandes émergent, comme celle d'avoir des produits concentrés, forcément plus économiques. Sans oublier que pour assurer la sécurité des personnels et éviter les gaspillages, les industriels optent pour des systèmes de distribution (systèmes de dosage, centrale de dilution, distribution avec un pistolet ou un diffuseur). " La sécurité des personnes et de l'environnement ainsi que la simplicité d'utilisation sont des facteurs d'innovation. Nos produits sont ainsi de plus en plus souvent associés à des matériels d'application, dont la moyenne pression, entre 15 et 25 bars. Elle permet de compléter l'efficacité du produit par l'action mécanique ", détaille Sylvie Pitard. Face à la difficulté d'acheter les produits de nettoyage adaptés, les modes d'achat évoluent, variant selon le secteur et la taille de l'entreprise. Ainsi, GSF qui, avec 14 000 salariés, travaille en prestation de services ; le choix des produits s'effectue en direct avec les gros fournisseurs. Dans certains cas, une formulation spécifique peut même être demandée. L'univers de la santé pratique plus généralement des appels d'offres. Pour ceux dont les besoins sont très précis avec de faibles volumes, un traitement en direct suffit. L'hétérogénéité des pratiques est la plus flagrante pour les détergents, domaine dans lequel l'agroalimentaire a acquis une certaine avance par rapport à l'industrie pharmaceutique. " L'homologation de produits pour les industries alimentaires existe depuis 1944 ", rappelle Monique Lelouch, présidente d'Hyquasens, qui travaille actuellement sur l'analyse des risques au bloc opératoire. Pourtant, acheter les produits ne suffit pas à bien les utiliser. La formation à l'hygiène et au nettoyage s'impose pour Jean-Claude Henriquez, de Cascades, qui milite en faveur d'une professionnalisation des personnels de nettoyage, qui sont 260 000 à travers le monde. " Il existe encore un énorme décalage entre le monde des concepteurs de produits et les gens qui les mettent concrètement en oeuvre sur le terrain. En effet, l'agent de propreté, souvent peu formé, doit utiliser de manière optimale les produits qu'on lui confie. Comment s'assurer qu'il maîtrise les dilutions, et comment contrôler les procédures ? Il faut aussi être sûr que les trois minutes de pression ou les cinq minutes de trempage sont bien respectées. Je ne pense pas que nous ayons aujourd'hui un problème de qualité des produits, mais plutôt de mise en oeuvre. Si un hygiéniste d'hôpital ou un ingénieur en agroalimentaire a validé le choix d'un produit et que l'on n'obtient pas les résultats escomptés, c'est bien le signe d'un problème de formation des personnels. " Preuve, encore une fois, que le nettoyage industriel n'a qu'un lointain rapport avec le nettoyage domestique.

Yanne Boloh


* Directive 98/8/ce du parlement européen et du conseil du 16 février 1998 concernant la mise sur le marché des produits biocides. Réglementation La directive biocide en attente de transposition Au sens de la réglementation européenne, les produits biocides sont des substances actives et les préparations contenant une ou plusieurs substances actives qui sont destinées à détruire, repousser ou rendre inoffensifs les organismes nuisibles, à en prévenir l'action ou à les combattre par une action chimique ou biologique. La directive 98/8/CE parue au " Journal officiel des Communautés européennes " du 24 avril 1998 concerne donc les produits autrefois nommés pesticides non agricoles. Elle ne s'applique ni aux produits pharmaceutiques, ni aux médicaments vétérinaires, ni aux produits cosmétiques. Certains secteurs, disposant de réglementations spécifiques déjà opérationnelles, sortent également du champ d'application : lait, ovoproduits, produits de la pêche, alimentation animale. Elle n'a pas encore été transposée en droit national. Exemple Un choix restreint pour les produits bio Le cahier des charges de la production biologique impose, aux côtés des contraintes de production et de transformation, des limites à l'utilisation des produits de nettoyage et de désinfection. Ainsi, la liste des produits autorisés, qui devra être revue au plus tard le 24 octobre 2001, compte : savon potassique et sodique, eau et vapeur, lait de chaux, chaux et chaux vive, hypochlorite de sodium (notamment eau de Javel), soude caustique, potasse caustique, peroxyde d'hydrogène, essences naturelles de plantes, acides citrique, paracétique, formique, lactique, oxalique et acétique, alcool, formaldéhyde, carbonate de sodium, acide nitrique et acide phosphorique ou orthophosphorique pour les équipements de laiterie (les produits des installations de traite donnent lieu à une liste spécifique). Les tensioactifs autorisés sont aussi listés. Certains émettent d'ailleurs des doutes quant à l'efficacité des procédures de nettoyage en production certifiée biologique, vu le peu de produits autorisés... Pour en savoir plus Dans la série " Recueil, Normes et Réglementations ", l'Afnor édite " Antiseptiques et désinfectants ", avec la directive biocide. " Le Nettoyage dans les industries pharmaceutiques ", aux Editions STP Pratique n° 5. " Hygiène et propreté des surfaces en agroalimentaire ", éditions Pyc. " L'Hygiène dans les bio-industries ", Editions Tec et Doc.

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