Hydrogène : la CRE met les pieds dans le plat lors de la conférence H2 Entreprises

Investissement public massif, choix du type d'hydrogène à privilégier, stratégies d'import-export, la Commission de régulation de l'énergie (CRE) n'est pas convaincue par les stratégies de déploiement de l'hydrogène en Europe et en France. Elle a exprimé ses réserves lors de la Conférence H2 Entreprises, qui s'est déroulée lundi 10 janvier au ministère de l'Economie et des Finance à Paris.

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Hydrogène : la CRE met les pieds dans le plat lors de la conférence H2 Entreprises

Le débat sur l’hydrogène bouillonne. La Commission de régulation de l'énergie (CRE) – autorité administrative indépendante chargée de veiller au bon fonctionnement des marchés de l'électricité et du gaz en France – a exprimé de vives réserves quant aux ambitions démesurées des acteurs de la filière hydrogène , à l’occasion de la Conférence H2 Entreprises, lundi 10 janvier au ministère de l'Economie et des Finances à Paris.

Organisé par deux associations professionnelles (l’Institut Orygeen et la Plateforme Verte), l'événement est dédié aux entreprises souhaitant intégrer la molécule légère dans leurs stratégies. Il a pris la forme de tables rondes, au cours desquels des acteurs industriels et institutionnels, dont la CRE, ont pu échanger sur la question de l’hydrogène renouvelable. Et soulever des doutes. « En tant que régulateur, nous ne définissons pas la stratégie… mais observons les Etats-membres [de l’Union européenne] déverser des milliards d’euros dans la filière hydrogène avec un résultat relativement incertain en termes de débouchés économiques. J’ai trois questions à poser au nom de ce que le régulateur a retiré des travaux de prospective », a annoncé Ivan Faucheux, commissaire à la CRE.

Un hydrogène renouvelable synonyme d'importations massives

Première question soulevée par le commissaire de la CRE : pourquoi privilégier l’hydrogène produit à partir d’énergie renouvelable (solaire, éolienne, centrales hydrauliques) par rapport à l'hydrogène dit « bas carbone », qui inclurait notamment une production à partir d’énergie nucléaire ? « Cette prise de position au niveau européen est assez cohérente avec la stratégie française [qui met uniquement en avant l’hydrogène renouvelable, ndlr] , relève M. Faucheux. Mais elle l’est moins avec les discussions qui ont lieu en ce moment sur la taxonomie », dit-il en référence à la nouvelle version de la « taxonomie pour la finance durable », dévoilée par la Commission européenne le 31 décembre 2021, intégrant l’énergie nucléaire sous conditions.

« En pariant uniquement sur l’hydrogène renouvelable, nous aurons des besoins d’importation majeurs ! souligne M. Faucheux, à juste titre. Or, avec l’actuel épisode de prix qu’on connaît sur le gaz, qui se répercute sur un épisode désagréable de prix sur l’électricité… je dois avouer ma petite réticence à avoir un modèle strictement conforme en termes de dépendance énergétique… »

Un soutien public… vraiment « sans regret » ?

Deuxième interrogation : comment s’assurer que le soutien public à l’hydrogène soit « sans regret » ? L'investissement public français dans le déploiement de la filière hydrogène, d'après les annonces de fin 2020 et de novembre 2021, s’élève aujourd’hui à plus de 9 milliards d’euros sur 10 ans. « Ce sont des sommes phénoménales ! insiste Ivan Faucheux. Or dans le cadre des travaux du comité de prospective, nous avons bien vu que des investissements sont "sans regret" quand l’hydrogène n’a pas d’alternative, quand c’est une molécule de base pour l’industrie ou dans quelques cas liés au domaine du transport. Mais quel serait le chemin qui va du "sans regret" vers un déploiement plus massif de l’hydrogène, avec l’ambition de faire de l’hydrogène une molécule à la charnière de l’ensemble des systèmes énergétiques…? Cette espèce de chemin, nous ne l’avons pas en tête », euphémise-t-il.

Ce qu’a confirmé Hoang Bui, coordinateur des stratégies françaises pour le développement de l’hydrogène et de la décarbonation de l’industrie du Secrétariat général pour l'investissement, lors d’une précédente intervention : « Nous commençons par déployer les électrolyseurs et les brancher sur les réseaux électriques pour développer les usages. Dans tous les scénarios, il y a besoin d’électrolyseurs, ce sont donc des investissements "sans regret". Mais le chemin qui nous mène à 2030 est complexe, et probablement existe-t-il plusieurs chemins différents... »

Très coûteux réseau d’hydrogénoducs

Troisième doute mis en avant par la CRE : est-ce raisonnable de pousser à la régulation d’une infrastructure de transport, « compte tenu du fait que 7 à 10 bassins industriels concentreront à peu près 90 % de l’usage industriel de l’hydrogène » ?

Des gestionnaires européens de réseaux de gaz naturel plaident en effet pour le déploiement d’un réseau d’hydrogénoducs à travers l’Europe. « L’association des transporteurs de gaz a d’abord estimé que ces 40 000 km de canalisation demanderaient 43 milliards d’euros d’investissement, puis elle est montée à 82 milliards d’euros. Aujourd’hui, nous sommes plutôt autour de 90 milliards », avance le commissaire de la CRE.

Le tout, dans un milieu encore très incertain. « Il faut prendre garde lorsqu’on a une politique qui soutient très massivement à la fois l’offre et la demande. Si un déséquilibre se produit (une offre qui ne suit plus la demande), nous pouvons nous retrouver dans une situation similaire à celle du photovoltaïque... qui n’est pas la plus grande réussite industrielle qu’on ait connu dans les domaines de politiques énergétiques intégrées en France et en Allemagne », illustre-t-il.

Pour le régulateur, il faut d’abord que l’hydrogène se déploie et que les modèles économiques se mettent en place avant de parler de régulation : « Je rappelle que la régulation est un déport de risque entre un acteur économique et une communauté d’utilisateurs (ici, les utilisateurs d’hydrogène). Or, se dire que ces 90 milliards d’euros retomberaient dans le budget des ménages, par le biais de la régulation… cela nous paraît extrêmement prématuré », tranche-t-il.

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