Humilité

Avec les matières premières, et surtout le pétrole, on doit savoir qu'on ne sait jamais.

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Humilité
Depuis des semaines, d'un bout à l'autre de la planète, nos gouvernants manient la lance à incendie pour éteindre la crise financière. Garanties bancaires, injections de capital, nationalisations... Tout est bon. Un autre scénario se joue cette fin de semaine à Vienne. L'Opep va, elle, tenter de rallumer le feu sous la marmite du pétrole.

La mécanique est simplissime: réduire la production pour stopper le plongeon de l'or noir entamée le 11 juillet. Depuis lors, le brut est passé de 147 dollars à 75 dollars. Moitié prix! C'est dire si la situation économique est grave entonnent les Cassandres. Que penser de ce plongeon, digne d'une start-up qui lance un avertissement sur résultat ? Premier point: il y a derrière tout cela un colossal enjeu. Un calcul grossier (donc faux) permet d'estimer la différence entre un baril à plus de 140 dollars et un autre à 75 dollars.

Cette différence, ce sont près de 6milliards de dollars par jour. Soit en rythme annuel, plus de 2000 milliards de dollars. Oui, entre le cours d'aujourd'hui et celui du 11 juillet, c'est bien de l'équivalent de trois plans Paulson d'économies potentielles pour les consommateurs qu'il s'agit. On comprend que MM. Chavez et Ahmadinejad soient à cran. Deuxième point: avec les matières premières, et surtout le pétrole, on doit savoir qu'on ne sait jamais. «Il y a deux sortes de mensonges: le parjure et la statistique », aimait à rire Benjamin Disraeli, homme politique britannique de la fin du XIXe siècle.

Il aurait pu en ajouter un troisième: la prévision. On devrait relire les analyses propulsant le baril à 200, 300, voire 500dollars. Pour apprendre l'humilité. Et savoir garder la tête froide. Le dernier point découle du précédent: en matière de stratégie industrielle, il faut se méfier des emballements. Sur l'air de la «fin du pétrole », on nous promet la voiture électrique, à air, à hydrogène. Et en matière d'énergie, l'avènement inéluctable du vent et du soleil. Autant d'idées passionnantes. Autant de défis technologiques. Autant de marchés nouveaux. Pour peu qu'on veuille bien prendre en compte toutes les hypothèses. Oui, par nature, les réserves de pétrole sont finies, oui, il redeviendra cher un jour (dans un jour, un an, un siècle). Non, les arbres ne montent pas jusqu'au ciel. Et, au fait, en 2009, le prix du pétrole ?
Aucune idée.


Pierre-Olivier Rouaud,
rédacteur en chef délégué
«L'Usine Nouvelle»

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