Huawei se libère d’Intel en créant son propre processeur de serveurs

A l’instar de ce qu’il fait déjà pour ses smartphones, l’équipementier chinois du numérique Huawei Technologies développe son propre processeur de serveurs sur la base de technologie ARM. Un développement qui vise à se libérer de son fournisseur américain Intel. Du moins en partie.

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Huawei se libère d’Intel en créant son propre processeur de serveurs
William Xu, directeur marketing de Huawei, exhibant la puce Kunpeng 920 pour serveurs

Huawei Technologies étend ses capacités dans les puces électroniques. Via HiSilicon Technologies, son bras armé dans les semi-conducteurs, le géant chinois de l’équipement numérique, qui compte 180 000 personnes et s' attend à un chiffre d’affaires de 108,5 milliards de dollars en 2018, vient de créer son propre processeur pour serveurs en s’appuyant sur la technologie ARM au cœur de la plupart des mobiles.

Baptisé Kunpeng 920, ce premier circuit est fabriqué en gravure de 7 nanomètres chez le fondeur taïwanais de semi-conducteurs

TSMC. Avec 64 coeurs de traitement, il est présenté comme 25% plus performant et 30% plus efficace sur le plan énergétique que les processeurs concurrents basés sur ARM déjà disponibles sur le marché comme ceux des américains Marvell ou Ampere Computing. Il motorise les nouveaux serveurs TaiShan de Huawei Technologies dédiés à des applications de big data, de stockage distribué ou de cloud computing.

Alternative aux puces Intel et AMD

Selon Gartner, Huawei Technologies s’impose comme le troisième constructeur mondial de serveurs dans le monde, derrière les américains Dell Technologies et Hewlett Packard Enterprise (HPE). Sur ce marché, il dépendait jusqu’ici exclusivement de fournisseurs américains de processeurs, et tout particulièrement d’Intel qui domine le marché à 95% selon le cabinet TrendForce. En créant son propre processeur, il entend se libérer de cette dépendance. Du moins en partie, car la technologie ARM ne peut à ce stade remplir tous les besoins de traitement dans les datacenters.

Selon TrendForce, les processeurs à technologie ARM représentent à peine 1% du marché des processeurs pour serveurs. Mais Huawei Technologies fait le pari de voir cette technologie, de par les avantages qu’elle offre en termes de consommation, coûts et flexibilité, s’étendre au point de s’imposer comme une alternative à la technologie de processeurs X86 des américains Intel et AMD.

Ce développement s’inscrit dans une stratégie d’intégration verticale qui vise à maitriser les composants clés de ses équipements. C’est ce que Huawei Technologies fait déjà dans les mobiles en développant ses puces Kirin au cœur de tous ses smartphones vedettes. Mais le groupe dépend encore de treize fournisseurs américains clés de semi-conducteurs, dont Intel, Nvidia, Broadcom, Qorvo ou Skyworks. Sa hantise ? Subir le sort de son compatriote ZTE, terrassé par un embargo technologique américain avant d’être remis sur pied au prix d’une lourde amende et d’une mise sous tutelle américaine pendant 10 ans.

Dans le collimateur des Etats-Unis

L’annonce intervient alors que Huawei Technologies est dans le collimateur des Etats-Unis qui le soupçonnent de servir de relais au cyberespionnage du gouvernement chinois et l’accusent d’avoir enfreint l’embargo américain contre l’Iran. En exhibant sa puce Kunpeng 920, le groupe veut envoyer un signal fort à Washington comme quoi il a les moyens de se passer de fournisseurs américains. Une allégation confirmée à L’Usine Nouvelle par Stéphane Teral, analyste au cabinet IHS Markit. " Huawei n’est pas ZTE, explique-t-il. En cas d’embargo américain, il a les moyens de résister. Il a le savoir-faire et la capacité pour créer ses propres puces. "

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