Huawei ne cache plus ses ambitions de conquête totale

Après la publication de résultats très satisfaisants, le chinois Huawei est sorti de sa réserve pour détailler sa stratégie, dans son siège de Shenzhen, face à quelque 250 analystes et journalistes. Une R&D encore renforcée pour fournir les télécoms de bout en bout, de l'antenne au smartphone.

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Huawei ne cache plus ses ambitions de conquête totale

Le 25 avril, au lendemain de la publication de ses résultats, le Chinois Huawei s'est fait violence. Il est sorti de son habituelle réserve pour dérouler sa stratégie en détail face à près de 200 analystes et journalistes réunis à Shenzhen. Le siège du géant, né en 1987, s'y étend désormais sur 2km2, qui voisinent avec les usines du très encombrant Taiwanais Foxconn.

Pourtant, si Huawei a vu son chiffre d'affaires grimper de 11,7% à 203,9 milliards de yuan (24,4 milliards d'euros), son bénéfice, lui, est en forte chute (de 24,7 à 11,6 milliards de yuan, soit de 2,9 à 1,35 milliards d'euros). Une baisse due, d'une part à cause des difficultés des opérateurs télécoms, ses clients, mais d'autre part à un investissement d'avenir, toujours plus important, dans la R&D et le financement de ses nouvelles activités.

Une marque méconnue hors de Chine

Privée, entièrement détenue par ses employés, Huawei n'a pourtant aucune obligation légale de communiquer. Mais face à la méfiance que le succès d'une telle entreprise venue de Chine suscite, à ses difficultés à convaincre les USA qu'ils ne représentent aucun danger pour leurs réseaux ou encore à la totale méconnaissance de sa marque dans la plupart des pays du monde, elle a décidé de s'ouvrir un peu plus.

Déjà numéro deux mondial des équipementiers télécoms, Huawei décrit donc une stratégie, qui vise à aller bien au-delà de son cœur de métier historique. Il a pourtant fait sa réussite et compte pour 75% de ses ventes. Mais Le chinois ne veut plus se contenter de concurrencer Ericsson, Alcatel-Lucent ou autres Nokia Siemens Networks.

Avertissement aux Cisco, Samsung, Nokia et même Apple... Huawei vise leurs terrains de jeu. Les patrons gardent pour autant une apparence de modestie, et ne cessent de rappeler qu'ils mettent tout en œuvre pour réussir leur évolution, mais que rien ne garantit qu'ils aient pris la bonne voie! Pour autant, le Chinois compte bien désormais trois grandes divisions : opérateurs télécoms, mais aussi entreprise, et grand public.

Première diversification, Huawei parle désormais ...entreprise. Spécialisé depuis toujours dans les réseaux des opérateurs de télécommunications, centrés désormais sur la technologie IP, il croit dans la déclinaison de ce protocole, et donc de ses technologies, dans le réseau des entreprises. A commencer par ceux de ses clients, les opérateurs. Au programme, des routeurs et autres commutateurs, mais aussi des services de cloud et réseaux logiciels (software defined networks).

Sus à l'iPhone et au Galaxy S

Mais on le sait en particulier depuis février et l'annonce de son smartphone D-Quad, équipé de sa propre puce, au Mobile World Congress de Barcelone, Huawei veut aussi sérieusement attaquer le marché du grand public. Certes, le Chinois vend depuis longtemps des téléphones d'entrée de gamme dans le monde entier, mais souvent en marque blanche.

Désormais, il change de braquet. Avec des smartphones et des tablettes haut de gamme destinées à affronter sans complexe iPhone et Galaxy S. Rien de moins. Une démarche qu'il a entamée en partie poussé par certains opérateurs européens, lassés par leur dépendance au duo infernal Apple-Samsung. Il les équipe aujourd’hui d'Android mais sera aussi l'un des premiers avec un smartphone Windows 8 en fin d'année.

Près de 3 milliards d'euros en R&D

Au cœur de ce développement de sa stratégie, une R&D qu'il n'a jamais négligé. Mais cette fois, son poids grimpe à 11,6% du chiffre d'affaires, passant cette année à 23,7 milliards de yuan (2,8 milliards d'euros), soit un bond de 34% en un an! Il faut dire que jusqu'en 2011, le budget était entièrement tourné vers les réseaux de télécommunication. Aujourd’hui, selon Christian Paquet, vice-président grands comptes, la répartition du budget devrait laisser 70% à l'activité historique.

Nouvelle stratégie oblige, le grand public - comprendre, les smartphones - devrait en absorber quelque 20% et l'entreprise 10%. Cette imposante R&D a recruté 11000 personnes l'an dernier sur les 30000 nouveaux employés de Huawei. Et c'est elle qui a permis au chinois de sortir en 6 mois l'impressionnant processeur quadri-coeur qui habite le smartphone Ascend D-Quad et la tablette associée, présentés en février.

Et ce n'est pas fini. "Nous devrions monter jusqu'à 4,5 milliards de dollars en 2012 (3,4 milliards d'euros)", dévoile même Eric Xu, l'actuel CEO de Huawei.

Emmanuelle Delsol, depuis Shenzhen, en Chine.

Présidence tournante
Trois CEO qui se relaient tous les six mois. C'est l'étonnante gouvernance collective que Huawei a adopté depuis un semestre, entre autres pour préparer la succession du fondateur Ren Zhengfei, qui reste président adjoint. En pratique, trois vice-présidents exécutifs, qui guident déjà la société depuis ses débuts, se relaient chaque semestre pour diriger la structure. Objectifs : ne pas laisser les rênes aux mains d'un seul homme ; ne pas le laisser en permanence s'occuper de l'ensemble des tâches dévolues au CEO, et lui permettre durant l'année durant laquelle il ne gère pas Huawei, de prendre du recul par rapport à la stratégie de l'entreprise - tout en reprenant son poste habituel. Le 1er avril, c'est Eric Xu, vice-président exécutif, qui a enfilé le manteau de CEO tournant en exercice. Il a succédé au premier à avoir joué ce rôle, le 1er octobre 2011 : Ryan Ding, vice-président en charge de l'activité opérateurs. Le 3e homme, Guo Ping, président adjoint, sera aux manettes le 1er octobre 2012.

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