Electronique

HP et EDS à la poursuite d'IBM

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En rachetant la société de services EDS pour 13,9 milliards de dollars, HP devient le numéro 2 du service informatique derrière IBM. Ce rachat renforce HP en Europe et aux Etats-Unis, qui reste faible dans les pays émergents.

HP et EDS à la poursuite d'IBM

Le numéro un du matériel informatique (104 milliards de dollars de CA) - et cinquième société de service informatique - et la deuxième société de service informatique mondiale derrière IGS, Electronic Data System (22 milliards de CA) se marient pour 13,9 milliards de dollars. Un méga rachat qui donne naissance au numéro 2 du service informatique. Unies, les deux entreprises, totalisant 210 000 employés, réaliseront un chiffre d'affaires de 38 milliards de dollars dans 80 pays. Avec ce rachat, Hewlett-Packard s'adjuge une société spécialisée dans l'externalisation applicative, autrement dit, l'hébergement d'applications et de tout ou partie du système d'information de l'entreprise. Une activité déjà assurée par la branche service de HP, mais avec un périmètre moindre, tant techniquement que géographiquement.

Un choix stratégique étonnant à plus d'un titre.HP et EDS assurent le gros de leur chiffre d'affaires aux Etats-Unis et en Europe. Ces deux zones géographiques assurent une croissance certes louable, de 5 à 7 %, mais faible comparativement aux pays émergents. « Certes HP se renforce aux Etats-Unis et en Europe, mais reste peu présent sur les pays émergents qui représentent un vrai  réservoir de croissance avec des moyennes autour de 17 % », explique Elisabeth de Maulde, présidente du cabinet Pierre Audoin Consultants. « D'un point de vue stratégique, avec EDS, HP se renforce à la fois dans ce qu'il connaît le mieux, le matériel, - EDS possède de grands centres de données -, mais s'ouvre aussi sur le marché des grands comptes de nouvelles opportunités grâce à la SSII. Avec ce rachat, HP aborde aussi de nouveaux marchés », poursuit-elle. A contrario, les marchés émergents le restent et les taux d'équipements sont encore faibles comparativement aux US et à l'Europe.

EDS se fait spécialité d'accompagner les grandes sociétés, généralement multinationales, dans la mise en place de méthodologie et de procédures techniques, dont il assure l'externalisation. Il assure également l'hébergement de grandes applications structurantes de type SAP, Oracle etc. Avec EDS, HP pourra amplifier ce mouvement et dans une certaine mesure utiliser son portefeuille matériel pour l'infrastructure.

IGS (IBM Global services) n'est donc pas dans le périmètre directement concurrentiel pour l'instant. Le premier prestataire de service informatique mondial - avec 53 milliards de dollars de chiffre d'affaires-, couvre lui un spectre plus large et surtout assure à la fois le rôle de conseil, grâce au rachat en 2000 du cabinet PriceWaterhouse (PWC) alors convoité par HP; mais est aussi spécialisée (entre autres) dans la tierce maintenance applicative (TMA), segment sur lequel EDS et HP sont loin derrière.
Ce rachat peut aussi s'expliquer par une anticipation du ralentissement de la vente de PC ( 13% en 2008 selon IDC contre 15% l'an passé) et des équipements informatiques. Le service reste toujours le credo des grands fournisseurs comme source de diversification apte à fournir un chiffre d'affaires récurrent.
Reste à voir le volet social. Mark Hurd est réputé pour sa stratégie de "cost killing" et très peu adepte de la redondance. Son arrivée au sein de HP avait été marquée par un plan social portant sur près de 15 000  personnes.

Fabrice Frossard
 

Robert Aydabirian, ex directeur générale de HP France, « Le timing est bon »

En tant qu'ancien directeur général de HP France, que pensez-vous de ce rapprochement ?

C'est un bon choix. HP et EDS sont quasiment dans le même métier, celui de l'inginiérie et de l'infogérance d'infrastructure. Par ailleurs ils ont proximité culturelle et géographique qui ne peut qu'aller en faveur d'une réussite de l'opération. De plus, avec EDS, HP s'assure une pérennité quand à sa présence dans les entreprises. Le moment est bien choisi par HP, les entreprises de services ne sont pas très chères et l'activité reste soutenue. Maintenant reste à voir l'exécution de l'opération, ce qui est toujours le plus délicat. Toutefois, Mark Hurd, le CEO de HP est un homme rigoureux et carré, ce qui laisse augurer d'une réussite dans la fusion des deux entreprises.

Après plusieurs occasions manquées HP ne tente-t-il pas de rattraper son retard sur les services et aussi sur IBM ?

HP et le service c'est une longue histoire. Il y a vingt ans alors que les grands constructeurs commençaient à étoffer leur partie services, le patron de l'activité services de l'époque Jim Arthur refusait obstinément d'entendre parler d'une extension du périmètre, jugeant que les revenus issus de la maintenance étaient largement suffisants. Pour HP, le sérieux c'était la R&D, le développement de nouveaux équipements et la micro-informatique. L'activité services s'est développée de manière organique, sans réelle volonté en interne.
Sur la stratégie globale de HP face à IBM, force est de considérer qu'ils n'ont pas trop mal réussi. Avec un retard considérable sur IBM au début de l'informatique, HP a pérennisé ses activités de micro-informatique (Imprimantes, PC etc.) alors qu'IBM en a stoppé plus d'une. D'autre part, HP fait maintenant un chiffre d'affaires supérieur à celui d'IBM. Dire que HP rattrape son retard sur IBM est dans ce cadre un peu excessif.

Peut-on s'attendre à d'autres consolidations dans le secteur ?

Nous somme dans un moment paradoxal sur cette activité. Les sociétés ont une activité qui se maintient à un bon niveau et pourtant leur valorisation en Bourse est à la baisse du fait du marché. Donc personne n'a intérêt à vendre. Une opération de l'ampleur de celle-ci, peut-être dans deux ans, et encore. Mais, à mon avis, il ne faut pas regarder que les acteurs de l'informatique pour ce faire. Certains secteurs de haute technologie ont aussi intérêt à s'adjoindre des experts en système d'information.

Propos recueillis par Fabrice Frossard

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