Hopper, de l'industrie et des hommes

Avec 600 000 visiteurs, la rétrospective Edward Hopper est un succès. Le Grand Palais a donc décidé de la prolonger jusqu'au 3 février. Si ses maisons blanches, les portraits de son épouse ou ses noctambules esseulés dans un bar sont devenus célèbres dans le monde entier, le travail de Hopper sur le rapport entre l'homme et l'industrie reste méconnu. Si vous n'avez pas encore pris le temps de déambuler parmi les toiles, c'est le moment de réparer cette oubli dans votre parcours industrialo-culturel.

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Hopper, de l'industrie et des hommes

Après avoir découvert la période parisienne d'Edward Hopper et ses influences, vos pas vous mèneront dans l'une des salles les plus surprenantes du circuit, puisqu'elle offre un travail méconnu du peintre. Ses premières années en tant qu'illustrateur. Dès la fin des années 1910, bien qu'il se considère comme un dessinateur "raté ou pour le moins médiocre", Hopper multiplie les couvertures de magazines, tous liés au monde de l'entreprise et de l'industrie. Les titres sont évocateurs : "Hotel management", "The Magazine of business" et surtout "The Morse dial", un mensuel consacré à la construction navale. On y découvre des ouvriers souder de larges pièces métalliques, des peintres finaliser un paquebot, d'autres scier de longs tasseaux. L'homme et l'outil mariés, glorifiés.

Celui qui s'est fait l'un des témoins privilégiés de l'Amérique durant quarante ans est toujours parvenu à instiller de la poésie dans ses œuvres. Des belles maisons claires de la côte Est des États-Unis ("Lighthouse Hill, "Second story sunlight") aux bureaux new-yorkais ("Office at night", "New York Office", "Office in a small city"), il convoque un instant, un moment unique baigné de lumière illustrant la vérité d'une solitude. Celle des Américains, le regard fixé au loin. Celle des paysages, bucoliques et urbains. Et celle des hommes et des machines.

La locomotive est un motif qui se répète au fil de ses gravures, de ses aquarelles et de ses huiles sur toile. "Dawn in Pennsylvania" conjugue dans un paysage industriel horizontal des wagons de marchandises, une usine et ses cheminées sous un ciel sombre. Les rails, qui nous invitent à découvrir de nouveaux lieux et donc des points de vue inédits, sont eux aussi un thème récurrent dans l'œuvre du peintre ("House by the Railroad", "Railroad Train", ou encore "Approaching a city"). Quant au tableau "Blackwell's Island", il nous livre une masse sombre de bâtiments desquels émergent deux cheminées d'usine, cerné d’ un ciel bleu acier et d’ une eau bleu roi.

En anglais, "hopper" signifie "trémie", comme celles que l'on retrouve dans les usines de l'agroalimentaire par exemple. Une raison de plus, peut-être, pour (re)découvrir et admirer le travail d'Edward Hopper, d'approcher au plus près les véritables couleurs, lumineuses, de toutes ses toiles. À mille lieux des reproductions ternes vendues dans les boutiques du musée.

Guillaume Dessaix

Hopper, exposition au Grand Palais jusqu'au 3 février 2013. Ouverture des salles 24 heures sur 24 durant les trois derniers jours.

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