Histoire d'un lancement raté d'Ariane 5

Thales Alenia Space voulait célébrer la mise en orbite de ses deux satellites, prévue le 21 mars. Mais les journalistes envoyés en Guyane pour assister au lancement d'Ariane 5 ont dû mettre leurs attentes de côté. Surpris par les mouvements sociaux, la fusée européenne est restée au garage, et les curieux à l'hôtel.

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Histoire d'un lancement raté d'Ariane 5
Logés dans le Grand hôtel Montabo de Cayenne, les journalistes ont eu le temps de l'arpenter.

Il y a des voyages où tout part de travers. Celui pour suivre le lancement d'Ariane 5 depuis le Centre spatial guyanais (CSG) de Kourou a dérapé dès la sortie de l'avion. Les jambes encore engourdies par le voyage, la nouvelle a eu des airs de coup de grâce. Un simple texto : "C'est reporté." Pendant les 9 heures d'avion nécessaires pour relier Paris à Cayenne, des grèves ont éclaté dans ce territoire français d'Amérique du sud. Sans chauffeur pour la tracter vers son pas de tir, Ariane 5 est restée dans son bâtiment d'assemblage final. Impossible de décoller le lendemain.

Les reports dans le spatial sont fréquents, tout est prévu. Les envoyés spéciaux de la presse spécialisée et autres invités de Thales Alenia Space resteront une journée supplémentaire sur place afin d'assister à la mise en orbite des deux satellites construits par la société franco-italienne. Une fois l'annonce encaissée, les bagages récupérés, c'est la Guyane qui vous tombe dessus. Ou plutôt son climat tropical, lourd et humide. Il suffit de quelques pas hors de l'aéroport Félix Eboué pour sentir les sacs s'alourdir : le thermomètre indique 29 degrés.

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Le sujet de conversation jusqu'à l'hôtel est tout trouvé. Certains se rappellent qu'en 2011 des manifestations avaient repoussé de 24 heures un décollage du lanceur européen. Le groupe est perturbé, mais reste confiant dans la suite des évènements. Après tout, peu de Français peuvent se vanter d'avoir assisté à un lancement d'Ariane 5. S'il faut attendre une journée de plus, pas de quoi se plaindre. Personne ne fait attention aux camions-bennes alignés au bord de la route menant à Cayenne, sur lesquels flottent des banderoles "Je suis transporteur".

Arrivée à l'hôtel. Chacun s'apprête avant le départ pour Kourou, où les acteurs de la mission sont regroupés. Alors que les premières interviews s'organisent, nouvel accroc. Le décalage des billets d'avion est impossible, le Boeing 777 d'Air France, qui fait la liaison quotidienne avec la Métropole, est complet. Ni une ni deux, les idées fusent pour trouver une solution. Pourquoi ne pas passer par la Martinique? Après tout, s'il suffit d'une escale pour assister à un décollage de fusée… En attendant les préparatifs du lancement, une excursion aux îles du Salut est prévue, avec la visite de la prison du bagne.

Deuxième jour, le lendemain matin, les mouvements sociaux se durcissent. Des barrages routiers bloquent l'accès à Kourou : impossible de quitter l'hôtel situé en périphérie de Cayenne. Tant pis pour la visite du marché de Kourou et adieu l'escapade sur les îles du Salut, il faudra faire avec les commodités de l'hôtel. Deux groupes se forment. Les uns se plaindront d'un wifi au ralenti, qui pèse sur leur bouclage et la publication de leurs articles ; les autres apprécieront la piscine de l'hôtel, la plage à quelques mètres et le soleil, toujours fidèle au poste.

Milieu de journée: nouveau report du lancement d'Ariane 5. Fin des illusions, plus question de vivre en direct le décollage d'Ariane 5 depuis le poste d'observation Toucan, le plus proche du pas de tir, réputé pour offrir la meilleure visibilité et les plus grands frissons. Pourtant, l'espoir d'une visite du centre spatial de Kourou perdure. Après tout, quitte à ne pas voir de lanceur, autant voir ses installations. Peine perdue: les grèves prennent de l'ampleur. Le mouvement se fait sentir jusque dans les restaurants : plus de Guyanaise, la bière locale, plus de boudin créole.

Au matin du troisième jour, les espoirs s'effondrent. Aux routes bloquées s'ajoutent quelques échauffourées avec les forces de l'ordre. L'organisation voit rouge et annule le seul déplacement qui restait au programme. Après celui de Kourou, c'est le marché de Cayenne qui est inaccessible. Pire, les rumeurs font craindre un blocage de l'aéroport Félix Eboué. Ni une ni deux, les valises sont bouclées, les chambres rendues. Sur la route, les camions-bennes aperçus à l'aller sont toujours là, tout proche de l'unique accès à la ville, près à tout bloquer.

S'en suit une longue attente dans un aéroport sans vie. Deux groupes se forment: les uns apprécient un wifi retrouvé, les autres ronchonnent sur un rendez-vous raté. Bizarrement, le vol retour est presque agréable au fur et à mesure de la distance mise avec une région où les programmes avortent constamment. C'était sans compter sur les contrôles d'identité interminables à Orly Ouest et une remise des bagages aléatoire. Une panne oblige à attendre sa valise devant un tapis à l'arrêt durant une heure. Après tout, quitte à rater un voyage, autant le faire jusqu'au bout...

Allo Kourou, ici Paris...

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