"Hexcel va déployer les mêmes technologies composites au Maroc qu'en Europe ou aux Etats-Unis, selon Thierry Merlot, vice-président

Thierry Merlot, vice-président et directeur général pour l’Europe du groupe industriel américain Hexcel, spécialisé dans les composites aéronautiques revient pour L'Usine Nouvelle sur le projet d'implantation d'une usine de nids d'abeille à Casablanca au Maroc annoncé le 19 janvier.

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Thierry Merlot est vice-président et directeur général Europe, Afrique et Moyen Orient chez Hexcel

La firme américaine Hexcel Corporation, spécialiste des matériaux composites, a signé le 19 janvier, un protocole d’accord avec le ministère de l’Industrie du Maroc conduit par Moulay Hafid Elalamy.

Celui-ci prévoit la construction d'une usine de 11 000 m² dans la zone franche de Nouaceur sur le parc industriel Midparc, près de l’aéroport de Casablanca.

L'objectif est d'y produire des nids d'abeille aéronautiques pour un montant d'investissement de 20 millions de dollars.

Fournisseur (notamment) de Boeing et Airbus, le groupe possède une vingtaine d'usines aux Etats-Unis et en Europe (Allemagne, France, Espagne, Royaume-Uni) ainsi qu'une en Chine. En France, Hexcel est en train de construire une usine à Roussillon (Isère) pour 200 millions d'euros et va investir 20 millions d’euros sur ses sites des Avenières (Isère) et de Dagneux (Ain).

L'Usine Nouvelle a demandé à Thierry Merlot, son vice-président et directeur général Europe, Afrique et Moyen Orient de revenir sur les conditions de son futur investissement à Casablanca, une première au Maroc et en Afrique pour l'industriel américain.

Qu'est-ce qui vous a motivé à vous implanter au Maroc, votre premier investissement en Afrique?

Rejoindre bon nombre de nos clients qui sont déjà installés au Maroc en particulier dans la zone franche de Nouaceur autour de l'aéroport de Casablanca. Nous avons retenu le Maroc pour servir des clients comme Aircelle du groupe Safran, Stelia ou encore Daher qui sont à Tanger. Ces trois sociétés utilisent déjà les produits que nous fabriquons en Europe. Le Maroc représente donc pour nous la meilleure localisation pour augmenter nos capacités de production.

Allez-vous fabriquer au Maroc des produits identiques à ceux que vous fabriquez déjà en France à l'est de Lyon ?

Nous avons aussi deux usines aux États-Unis et un site en Belgique. Pour répondre à votre question, notre futur site marocain sera doté des mêmes technologies que celles qui sont utilisées sur ces sites.

Quels bénéfices allez-vous tirer concrètement d'être à proximité de vos clients ?

Avoir des circuits plus courts, réduire les stocks pour l'ensemble de notre supply-chain et proposer un service plus efficace nous permet de sécuriser les nouveaux marchés que nous convoitons.

Le coût plus bas de la main-d'œuvre marocaine est-il rentré en ligne de compte ?

Bien sûr. Nous bénéficions au Maroc d'une main-d'œuvre qualifiée et compétitive avec une proximité de l'Europe intéressante.

Avez-vous estimé la baisse des coûts salariaux ?

Nous l'avons évidemment chiffrée mais nous préférons ne pas communiquer sur ce sujet. Il faut savoir qu'une bonne partie de nos coûts est liée à l'évolution du prix de la matière première. Il y a donc beaucoup d'investissements qui rentrent en ligne de compte en plus du coût de la main-d'œuvre.

Quel sera le statut de votre prochaine usine de 11 000 m² ?

Nous avons décidé d'acheter le terrain et nous financerons le bâtiment. Nous sommes au démarrage. Les plans d'architecte sont en cours de finalisation. Nous allons lancer les appels d'offre pour la construction de l'usine très bientôt. À ce niveau, c'est la société qui gère Midparc qui est notre maître d'œuvre délégué et nous assiste dans cette démarche.

Quel type de personnel recherchez-vous ?

Des opérateurs, des chefs d'équipe, des superviseurs, des ingénieurs, des gens formés dans les domaines de la qualité et la supply chain, de l'approvisionnement, des ressources humaines… Au final, nous allons embaucher à terme presque 200 personnes.

D'autres facteurs ont-ils joué dans votre décision de vous implanter au Maroc ?

La présence de l'Institut des métiers de l'aéronautique est pour nous un outil essentiel pour être confiant que notre intégration au Maroc soit la meilleure possible.

Allez-vous dupliquer ce que vous fabriquez dans vos usines au Maroc ?

Nous allons déployer exactement la même technologie d'usinage et de formage de nids d'abeille que nous utilisons dans nos usines. Notre site marocain sera tout-à-fait comparable en termes de technologie avec les usines que nous avons aux États-Unis et en Europe dans ce domaine. Nous allons vraiment réaliser des transferts de technologie.

Qu'allez-vous fabriquer précisément au Maroc ?

Des nids d'abeille. C'est une structure alvéolaire très légère possédant des caractéristiques mécaniques exceptionnelles, qui permet de rendre les pièces d'avion beaucoup plus légères et qui ressemble physiquement à un nid d'abeille. Il y a maintenant 65 ans que Hexcel a créé et fabrique des nids d'abeille pour l'aéronautique.

Une fois créés, ces nids d'abeille qui font partie de la famille des matériaux composites, métalliques ou non, sont mis en forme en utilisant diverses technologies, comme le formage à chaud avec commandes numériques, l'usinage ou encore le chanfreinage. Ces technologies permettent de réaliser des ébauches de pièces qui sont ensuite vendues à nos clients comme Aircelle, Stelia ou encore Daher.

Combien représente la part créée en interne et la part achetée dans vos produits ?

Nous sommes en moyenne dans une proportion de 50% de matière première et 50% de valeur ajoutée.

Sur quels marchés allez-vous vous fournir sur la partie des matières achetées ?

Nous achetons aux États-Unis et en Europe.

Comment se répartit le plan commercial prévisionnel de ce site ?

Nous projetons de réaliser un tiers de nos ventes au Maroc et deux-tiers à l'export vers l'Europe et les États-Unis dans un délai de cinq ans, une fois la vitesse de croisière atteinte. Concrètement, nos clients sont les avionneurs comme Airbus et Boeing et les fabricants de moteur comme Safran ou General Electric.

Comment seront financés les 20 millions de dollars d'investissements que vous avez budgétés ?

L'entité juridique créée au Maroc va dépendre de notre holding française. C'est elle qui va apporter les financements nécessaires au développement de ce projet. Nous avons une structure financière très solide au niveau du groupe qui va d'ailleurs décider du mécanisme de financement le plus adapté entre avance en fonds propres et recours au crédit. Et à ce titre, nous allons travailler avec la BMCE au Maroc.

Bénéficiez-vous d'aides de l'État marocain ?

S'établir en zone franche nous permet de bénéficier d'une zone sans taxes. C'est un plus pour pouvoir importer nos machines et exporter les produits. Mais, les parties les plus importantes du projet restent le marché clients et la formation de la main-d'œuvre.

Mais l'usine n'est pas encore construite...

Nos effectifs vont intégrer une usine temporaire dès l'automne au sein même de Midparc afin de pouvoir démarrer dès cette année. Notre rejoindrons ensuite progressivement notre usine définitive qui, elle, sera prête mi-2017.

L'Afrique sub-saharienne peut-elle vous intéresser ?

Dans l'immédiat, nous devons d'abord réussir notre intégration au Maroc et la développer. Le Maroc reste dans tous les cas une plateforme intéressante pour avoir accès à l'Afrique sub-saharienne dans les pays qui disposent d'un marché aéronautique important.

Sous quel délai comptez-vous rentabiliser votre investissement de 20 millions de dollars ?

Dans un peu moins de dix ans. Au départ, nous allons être prudents et viser plutôt environ 500 millions de dirhams de chiffre d'affaires (1 000 dirhams = 93 euros) dans un délai de 5 à 7 ans.

Comment se présente l'année 2016 pour votre groupe ?

Bien, si l'on se réfère aux cadences d'avions à fabriquer. Airbus vient de livrer son premier A320 néo à Lufthansa il y a quelques jours à peine. Nous sommes également présents sur les programmes A350 xwb, le tout nouvel avion d'Airbus puisque nous fournissons en matériaux composites l'ensemble des structures primaires de cet avion à raison de 5 millions de dollars par avion pour l'A350.

Votre groupe a réalisé en 2014 un chiffre d'affaires de 1,85 milliard de dollars, et en 2015 ?

Le chiffre est du même niveau que celui réalisé en 2014. Aux États Unis, nous avons été victimes de la forte appréciation du dollar alors que nos chiffres européens, calculés en euros, ont été dépréciés. De facto, la croissance de notre chiffre d'affaires ne se voit pas en dollars. Mais nous l'estimons de +5% à +6% en valeur constante pour l'ensemble du groupe.

Propos recueillis par Nasser Djama

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