L'Usine Auto

Hervé Borgoltz : «On raconte souvent n’importe quoi au sujet des voitures électriques»

, , ,

Publié le

Pendant trois jours se tient à Monaco le Salon Ever, consacré à la voiture propre. Patron de DBT, une PME devenue le leader du marché des réseaux de recharge de véhicules électriques, Hervé Borgoltz répond aux questions d'usinenouvelle.com . Selon lui, il y a encore beaucoup de zones d’ombre et de doutes à éclaircir dans le marché balbutiant de la mobilité électrique.

Hervé Borgoltz : «On raconte souvent n’importe quoi au sujet des voitures électriques» © PSA Peugeot Citroën

Les voitures électriques pourraient bien représenter 10 % des ventes de voitures dans le monde. Ce jeudi 25 mars débute à Monaco le salon Ever, qui se veut le «Davos» version riviera de la voiture propre. Pendant trois jours, outre une cinquantaine d’exposants réunis dans un même espace, des débats et des conférences. Il y est aussi bien question des voitures électriques que de celles mues aux biocarburants ou utilisant d’autres formes d’énergie alternative.

Hervé Borgoltz est le pdg de DBT, une PME spécialisée sur les bornes de recharges pour véhicules électriques. Hervé Borgoltz émet certains doutes quant à la capacité des constructeurs automobiles de tenir leurs promesses en la matière et de répondre à une future demande. Dans une interview accordée à l’usinenouvelle.com, ce chef d’entreprise jette quelques pavés dans la marre…
 

Usinenouvelle.com : Pourquoi cet intérêt pour la voiture électrique?


Hervé Borgoltz : vouloir fabriquer des voitures mues autrement qu’à l’essence est une réalité inexorable : dans quelques décennies, il n’y aura plus de pétrole. La Chine consomme aujourd‘hui sept millions de barils par jour, contre trois fois rien il y a quelques années. Bientôt, ce seront 14 millions de barils, autant que les USA, alors que la production journalière d’or noir est de 80 millions de barils. 

La mobilité électrique implique-t-elle de lourds investissements pour les constructeurs automobiles ?


Concevoir une voiture électrique, ce n’est pas si compliqué que ça. Il suffit, au lieu d’un moteur central, de placer un moteur électrique au niveau de chacune des roues, et d’installer un assouvissement calculant l’accélération et le freinage. Le plus difficile, c’est de convertir les usines de fabrication de voitures thermiques en chaînes de montage de voitures électrique. Une telle métamorphose coûte cher. Et tous les constructeurs automobiles ont perdu de l’argent l’année dernière, ce qui rend leurs investissements plus difficiles. Et puis, entre la décision de produire une voiture électrique et le début de la production, il s’écoule entre 24 et 30 mois. 

Des chiffres parfois impressionnants circulent sur les prévisions de production faites par plusieurs marques automobiles. Faut-il y croire ?

Quand ils annoncent des chiffres en matière de voitures électriques, les constructeurs disent souvent n’importe quoi. D’une interview à l’autre, d’une conférence à une autre, les chiffres changent et il y a plein de contradictions. Je ne pense pas, comme le prétendent la plupart des constructeurs, que le marché de la mobilité électrique représentera 10 % des voitures vendues dans le monde d’ici 2020. 

Vous-même, Hervé Borgoltz, avez-vous déjà pris le volant d’une voiture électrique ?

J’ai fait Lille Chartres à bord d’une Tesla, une voiture de sport électrique conçue par une start-up anglo-américaine, commercialisée à un nombre très réduit d’unités. Je peux vous garantir que ça marche. J’ai parcouru 360 km sans avoir eu à recharger la batterie. De plus, les capacités d’accélération de ce modèle sont excellentes: on passe de 0km/h à 100km/h en 3,7 secondes, une prouesse! Pour s’offrir de tels modèles, il suffit de mettre 100.000 dollars sur le tapis.

Le futur est-il assuré pour ce qui est des batteries?
Le problème, ce n'est pas tant la capacité des constructeurs à produire que celle des fabriquants de batteries. Il y a en fait trois packs de batterie par voiture électrique. Si l'on produit 20 millions d'unités, cela signifie que l'on devra élaborer 60 millions de packs. D'ailleurs, les batteries pour voitures électriques font appel à ce qu'on appelle des "terres rares", gisements que l'on peut exploiter en Bolivie ou dans quelques autres pays, notamment le Kazakhstan et le Niger. Les Chinois redoublent d'efforts pour mettre la main sur ces réserves. Là aussi, donc, sachant combien il est difficile d'exploiter les terres rares, des doutes supplémentaires au sujet de l'avenir de la voiture électrique se font jour.


 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Les entreprises qui font l'actu

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte