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[Edito] Henry Ford et la loi Pacte

Publié le

Cas d'entreprise

Peut-on attendre du plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises – dit loi Pacte – qu’il change le rôle de l’entreprise dans la cité ? Peu contraignante, cette loi va certes dans le sens de l’histoire… car la plupart des entreprises ne l’ont pas attendue pour décider que servir le maximum de dividendes à leurs actionnaires n’était pas leur unique objectif. Mais que feront les autres ?

Nous venons de vivre trois décennies de « financiarisation » de l’économie. Les groupes du SBF 120, à quelques exceptions près, ne se sont pas défini d’autre mission que de maximiser leur valeur boursière afin de satisfaire les fonds de pension. L’entreprise industrielle dont le modèle a dominé le xxe siècle – celle qui était dirigée par un ingénieur salarié – avait des préoccupations plus équilibrées. Tout comme, aujourd’hui, la plupart des PME et des ETI familiales non cotées, toujours obsédées par le long terme.

Que prônera la nouvelle loi, sinon un retour du bon sens ? Il suffit de relire les mémoires de Henry Ford, industriel américain et premier « patron social », pour comprendre qu’en matière de responsabilité sociale et environnementale, le xxie siècle n’a rien inventé. En 1924, l’homme qui prône la satisfaction du client et la standardisation pour faire baisser les prix de revient, a tout compris du rôle de l’entreprise dans la cité. Et dit sans ambages : « La domination de la finance détruit la production utile, parce qu’elle ne voit que le gain immédiat. » Après une déconvenue, il a pris la décision de ne plus jamais entrer dans une société « où l’argent eût la préséance sur le travail, ni dont fissent partie des banquiers ou des financiers ». Si son entreprise n’est pas susceptible « d’être conduite avec le souci de l’intérêt général », il préfère renoncer. La firme est pour lui une œuvre collective. « Le patron est l’associé de son ouvrier, l’ouvrier est l’associé de son patron. » Dès lors, il faut payer les salaires les plus élevés possible, puisqu’ils sont « une sorte de partage des bénéfices fixé d’avance ». Un partage qui détermine la prospérité du pays, car les salariés achètent ensuite la production des entreprises. Mais il est surtout la condition du succès : « Si un employeur demande à ses hommes de faire de leur mieux et que ceux-ci, au bout de quelque temps, s’aperçoivent que leur zèle ne leur vaut aucune récompense, ils se relâcheront de leur effort, et ne feront que juste ce qu’il faut. »

Ford emploie aussi des milliers de personnes en situation de handicap. Pour cela, il a classé les 3 595 occupations différentes de l’usine en fonction des capacités nécessaires. Il constate que « 670 d’entre elles peuvent convenir à des hommes privés des deux jambes, 2 637 à des hommes pourvus d’une seule jambe, 2 à des hommes privés des deux bras, 715 à des hommes pourvus d’un seul bras ». Quant aux sourds-muets, ils travaillent, dit-il, « à plein rendement… » Et il confie qu’un non-voyant, placé un jour au service de magasinage avec deux ouvriers valides pour compter les boulons et les écrous à envoyer aux agences, a pu faire, au bout de 48 heures, le travail des trois personnes à lui tout seul !

Évidemment, on est loin du « politiquement correct » ! Mais nos mots choisis d’aujourd’hui ne servent-ils pas à masquer une réalité moins glorieuse ? 

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