Hausse des tarifs du gaz: "les industriels vont revoir leur façon de s’approvisionner"

Les tarifs régulés du gaz vont augmenter de 4,5% en moyenne au premier juillet. Interview de Charlotte de Lorgeril, consultante senior chez Sia Conseil, cabinet spécialisé en énergie.

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Hausse des tarifs du gaz:

Qui fixe les tarifs régulés du gaz ?

Cette année, GDF Suez propose un tarif, en l’occurrence à la hausse, et la CRE donne son feu vert. C’est assez discuté. GDF justifie ces hausses supérieures aux années passées par une nécessité de rattrapage. Reste que face à la crise, ces arguments ne font pas le poids aux yeux de Bercy. D’autre part, cette hausse n’est pas en adéquation avec l’évolution actuelle des prix de marché.

Pourquoi la formule sur laquelle se basent les tarifs régulés est-elle remise en cause ?

Les contrats de fourniture de gaz de long terme sont calculés grâce à une formule. Cette formule est basée sur les coûts d’approvisionnement en gaz naturel, d'acheminement et de stockage, le prix du fioul domestique et du fioul lourd, le prix du baril de pétrole et le taux de change euro contre dollar US. Or cette formule ne correspond plus aux réalités actuelles du marché. Ainsi une décorrélation entre les prix du gaz et du pétrole a été flagrante en 2009 : le prix du brent a augmenté de 25%, tandis que celui du gaz a chuté de 20%. Au sein même du marché du gaz, les prix de long terme sont totalement décorrélés des prix spot, qui sont leur inférieurs de moitié.

Vraisemblablement, les variables traditionnelles telles que le prix du pétrole vont avoir un poids moins important dans la formule, qui inclura davantage le prix spot.

En quoi la hausse des tarifs régulés de 4,5% au premier juillet touche-t-elle les industriels ?

Les tarifs régulés concernent plutôt les particuliers et les PME, qui consomment en deçà de 8 GWh par an. Les plus gros consommateurs compris dans la fourchette des tarifs régulés sont ainsi les grosses fermes agricoles, les exploitants de serres, qui devront ajouter de leur poche 28.000 à 35.000 euros par an pour payer leur facture de gaz.

Les industriels sont quant à eux soumis au tarif de souscription, déterminé au cas par cas entre l’industriel et le fournisseur, puis visé par la CRE. Il est très difficile de chiffrer l’impact qu’aura la hausse des tarifs régulés sur ces contrats. Chaque industriel a sa propre formule, très compliquée, dont les clauses peuvent changer d’un mois à l’autre. Ces grilles tarifaires sont confidentielles, nous avons peu accès à cette information.

Néanmoins, la chute des prix spot pousse aujourd’hui les industriels à abandonner les contrats de long terme auprès de GDF Suez, pour au contraire se fournir directement sur le marché au comptant. Certes, la réversibilité, soit le fait de pouvoir revenir aux tarifs régulés une fois qu’on les a quittés, n’est pas ouverte aux industriels : ces derniers peuvent avoir un moment d’hésitation. Mais sur des sommes importantes, il est évident qu’une majorité passera sur des contrats de marché au comptant. Les prix y ont chuté de moitié.

Cette situation va-t-elle durer ?

Les prix spot vont rester bas encore plusieurs années. On parle de « bulle gazière »du fait d’une baisse de la demande et d’une surproduction de gaz. Mais l’arrivée du gaz non conventionnel aux Etats-Unis, devenus désormais exportateurs de gaz, ainsi que la construction de gazoducs en Europe laissent présager d’une profonde modification de la géographie et de la géopolitique du gaz. L’AIE parle d’une crise de surproduction qui devrait durer jusqu’en 2015. Cela conduira les industriels à revoir leur façon de s’approvisionner et de consommer.

Que pensez-vous de l’initiative de Powéo, qui a négocié avec Statoil un contrat « nouvelle génération » basé sur le prix du gaz sur le marché spot, et celui de la tonne de CO2 ?

C’est une bonne opération commerciale pour les consommateurs. C’est peut-être, pour ce nouvel entrant, la clé qui lui permettra de capter des clients fiables, alors que ses clients en électricité sont mauvais payeurs. Même si Powéo est le premier à lancer cette initiative, il est certain que les nouveaux entrants vont faire de même, et que les opérateurs historiques suivront.

L’audit de la CRE va montrer les incohérences d’une formule héritée de la deuxième guerre mondiale, alors que l’ouverture du marché est plus récente. Il va falloir faire en sorte que ces deux histoires se rencontrent. Cela a été fait de manière plus anticipée sur le marché de l’électricité, sous le feu de l’actualité avec la loi Nome.

Néanmoins, le politique a-t-il une prise sur les tarifs du gaz ? En ce sens, les déclarations de Christine Lagarde appelant à geler la hausse des tarifs peuvent-elles influencer la CRE?

Ces déclarations n’ont normalement pas de prise sur la CRE. Mais cette dernière ne fera pas la sourde oreille. La consommation de gaz a diminué de 6% au niveau européen, et de 4% au niveau mondial en 2009. Cela induit des interrogations. La durée des contrats de long terme est par exemple remise en cause : de 30-40 ans, on parle actuellement de 4 ans !

Le gaz sera l’un des gros sujets des mois voire des années à venir. Lorsque l'on voit les prises de positions de l’Algérie, craintive face aux augmentations de production de GNL du Qatar, on prend la mesure de la modification actuelle de la carte gazière. En France, des études sur les possibilités de produire du gaz non conventionnel sont menées : il y a là un vrai potentiel.

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