Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Haro sur le bruit

, ,

Publié le

nuisances I Depuis 2007, les villes européennes doivent produire des cartographies du bruit chiffrant l'exposition des habitants à la pollution sonore. Dans les plans d'action de lutte qui suivront en 2008, les solutions technologiques abondent.

Le verdict du Grenelle de l'environnement est sans appel : les points noirs sonores devront être résorbés d'ici à cinq ou sept ans. Ces fameux points noirs, ce sont les zones où le niveau sonore dépasse 70 dB (décibels) le jour et 65 dB la nuit en façade de bâtiments. Selon le recensement actuel, 400 000 logements seraient concernés. Las, la pollution sonore s'étend bien au-delà de ces périmètres. Et ce ne sont pas moins de 57 % des Français qui se disent gênés par les bruits de l'extérieur ou du voisinage, selon un sondage réalisé par Ipsos/Placoplatre en juillet 2007.

Des solutions existent pourtant, aussi bien pour l'intérieur des logements que pour l'extérieur. Au niveau des bâtiments eux-mêmes, les véritables enjeux de l'isolation phonique concernent avant tout les parties vitrées. Le problème : acoustique et thermique ne font pas toujours bon ménage. La symétrie des doubles-vitrages thermiques classiques - des 4/16/4 constitués de deux plaques de verre de 4 millimètres d'épaisseur enfermant 16 mm d'air - les rend très perméables à certaines fréquences sonores. L'idéal pour se protéger du bruit sans nuire aux performances thermiques des vitrages est alors d'utiliser deux plaques d'épaisseur - et donc de fréquences critiques - différentes, comme des modèles 10/10/4. Mieux encore, l'un des deux verres peut être remplacé par un feuilleté acoustique qui intègre un ou plusieurs intercalaires en PVB (polyvinyle butyral), un matériau visco-élastique qui amortit les bruits. Grâce à ces doubles-vitrages avec feuilletés acoustiques, l'isolement sonore peut atteindre 40 dB avec une bonne atténuation des basses fréquences correspondant au bruit de circulation en ville.

Concilier calme et aération

Mais un bon vitrage n'aura que peu d'effet sur le confort acoustique d'un logement, s'il n'est pas accompagné d'un système d'aération adapté. Un prototype, monté dans le cadre du programme Teria auquel le CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment) participe, pourrait dans le futur réconcilier acoustique et aération. Il est composé d'une fenêtre isolante classique, percée en partie basse de trois orifices de 20 x 13 centimètres carrés qui peuvent être maintenus ouverts pour laisser pénétrer l'air. « Ces trous sont équipés de haut-parleurs qui diffusent un contre-bruit empêchant les ondes sonores provenant de l'extérieur d'entrer », explique Jacques Roland, conseiller du président du CSTB.

En attendant que cette petite merveille technologique ne fasse son apparition sur le marché, il faudra malheureusement se contenter d'un compromis entre calme et aération. A la simple percée dans la menuiserie, on préférera une entrée d'air légèrement plus volumineuse mais garnie d'un absorbant phonique (souvent une mousse de mélamine), voire un manchon acoustique traversant le mur ou installé dans un coffre extérieur comme ceux des volants roulants.

Toutefois, l'installation de systèmes double flux est de plus en plus courante. Une solution radicale puisqu'elle limite les contacts avec l'extérieur. L'air pompé dans les pièces techniques - salles de bains, WC et cuisines - traverse un filtre et un échangeur thermique et réchauffe l'air frais soufflé dans les pièces principales. « Ces systèmes peuvent aussi être équipés d'une pompe à chaleur qui tempère l'air soufflé. Un bon moyen de limiter l'ouverture des fenêtres en été », commente François Chardon, le responsable marketing produits chez Aldès.

Hélas ! L'acoustique est une science capricieuse. S'isoler efficacement des bruits extérieurs revient souvent à mettre en évidence les bruits inté-rieurs. Pour éviter les mauvaises surprises une fois les travaux finis, les professionnels du bâtiment utilisent Acoubat Sound. Ce logiciel permet d'évaluer la réponse d'un logement face aux bruits de la rue comme à ceux de leurs voisins. En 2008, la version 5.0 s'enrichit de nouvelles classes de paramètres : planchers et plafonds techniques, façades filantes ou encore différents types de toitures.

De leur côté, les grands noms de l'isolation phonique lancent sur le marché des matériaux toujours plus performants pour l'intérieur des bâtiments. BPB Placoplatre a ainsi lancé en septembre 2007 Placo Phonique, la dernière-née de leur gamme de plaques de plâtre acoustique. Lafarge a répondu en sortant Pregyplac dB en 2008. Grâce à leurs coeurs de gypse plus denses et travaillés pour mieux absorber les bruits, elles apportent 3 dB d'affaiblissement par rapport aux plaques classiques. Les doublages avec matières de remplissage bisourcées - telles que laine de mouton, ouate ou chanvre - connaissent aussi un certain succès. « Mais le papier peint acoustique n'existe pas encore », commente Jean-Baptiste Chéné, le responsable du laboratoire d'essais acoustiques du CSTB. Il faut donc accepter de perdre une dizaine de centimètres à l'intérieur des murs pour s'isoler efficacement du bruit.

Traquer le bruit à la source

Mais c'est aussi entre les mains des collectivités que reposent les armes de lutte contre les nuisances sonores. Car en ville, l'ennemi le plus féroce du calme est bien entendu la circulation routière. Les frottements des pneumatiques sur la chaussée constituent une part importante des bruits de la circulation et deviennent même prépondérants lorsque les véhicules dépassent les 50 km/h. Pour résoudre cette question, les fabricants laissent des laboratoires se pencher sur leurs revêtements. Eiffage Travaux Publics et Colas font ainsi partie d'un projet franco-allemand, Deufrako, qui vise à établir des modèles reliant la texture de l'enrobé au bruit occasionné par le roulement.

L'objectif est de mettre au point, en laboratoire, une formule d'enrobé adaptée à un niveau de bruit défini, et donc de mieux coller aux attentes des collectivités. Grâce aux résultats des tests, ils savent déjà que la taille moyenne des granulats (représentant plus de 95 % du revêtement) et la porosité de ce dernier ont une influence directe sur ses performances sonores. On voit donc apparaître depuis un ou deux ans des revêtements avec un diamètre moyen de granulats de 4 millimètres. Chez Eiffage, c'est le cas du BBTM (béton bitumineux très mince) le plus récent, le Nanophone, ou chez Colas du Nanosoft. Dans la classe des ECF (enrobés coulés à froids), Eiffage vient de lancer Innophone, dans lequel sont inclus des granulats de caoutchouc pour mieux amortir les bruits de choc des pneumatiques sur la tête des granulats. Les plus performants de ces revêtements permettent de gagner 3 ou 4 dB, soit de diviser au moins par deux le bruit perçu par rapport aux enrobés classiques, les BBSG (béton bitumineux semi-grenu).

cumuler les protections

Et si réduire le bruit de roulement à sa source ne suffit pas, des écrans acoustiques peuvent toujours être installés le long des voies. L'arrêté du 24 avril 2006, qui a rendu obligatoire au 1er mai 2007 le marquage CE des dispositifs antibruit routiers commercialisés dans l'Union européenne, définit la manière de déterminer et de décrire les performances des dispositifs. Mais il ne fixe pas encore de seuil à atteindre. Pourtant, en milieu urbain, les exigences sont nombreuses. Les écrans acoustiques doivent non seulement masquer la source de bruit et s'intégrer dans le paysage en ne prenant que peu de place, mais aussi éviter de renvoyer les ondes sonores vers les immeubles qui leur font face. Aujourd'hui, les structures béton de bois sur semelle béton ou bois sont encore les plus utilisées en France.

Les projets se multiplient pour trouver des systèmes mieux adaptés à chaque type de nuisance. Pour protéger les zones piétonnes ou les trottoirs du bruit ambiant, le CSTB travaille ainsi sur des écrans volumiques à cavités qui se confondraient avec le mobilier urbain mais permettraient d'atténuer de 5 à 10 dB les nuisances sonores. Quant aux sources de bruit ponctuelles, comme les chantiers ou les manifestations bruyantes, elles pourraient être atténuées dans l'avenir par des écrans amovibles, des toiles légères en double paroi.

« Mais finalement, la clé est de cumuler les différentes protections. Fenêtres, revêtements de chaussée, écrans... Les efforts doivent être menés à tous les niveaux pour assurer le plus grand confort acoustique en ville », conclut Jean-Baptiste Chéné.

Pas de solution miracle, mais toute une palette de réponses à ajouter les unes aux autres pour que le bruit des uns ne provoque pas la fureur des autres. .

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle