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Hakim Abdelmoumen : "Vers la création d’un cluster automobile au Maroc"

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L'Amica (Association marocaine pour l'industrie et le commerce de l'automobile) dont le siège se trouve à Casablanca fédère les professionnels de l'industrie automobile marocaine. En marge de la conférence automobile  organisée par L'Usine Nouvelle le 21  novembre à Paris,  Hakim Abdelmoumen, président de l'Amica a accordé à L'Usine Nouvelle un e ntretien express sur quelques uns des  enjeux du secteur automobile au Maroc. 

Hakim Abdelmoumen : Vers la création d’un cluster automobile au Maroc
Hakim Abdelmoumen, président de l'Amica
© amica

L'Usine Nouvelle : Comment se porte l'industrie automobile marocaine en cette fin 2013 ?

Hakim Abdelmoumen : Globalement, le secteur se porte bien. Il n’a pas encore atteint pour autant sa phase de maturité. Et l'Europe qui est notre principal marché cible est toujours malheureusement en repli.

Ceci étant, nous sommes dans une phase de construction avec l'arrivée de nouveaux métiers, investissements et entreprises dans notre pays.

Les constructeurs automobiles qui transféraient auparavant souvent leurs activités vers le sud et l’est de l’Europe se tournent de plus en plus vers le Maroc. Donc nous avons des opportunités futures et un potentiel de croissance encore important à l'avenir,

Les derniers chiffres du commerce extérieur automobile sont bons au Maroc, cela témoigne de ce mouvement, grâce à la montée en puissance de Renault Tanger notamment ?

Effectivement, notre secteur connait une forte croissance au Maroc : plus de 15% en moyenne chaque année. Mais il faut agir à notre niveau pour entretenir cette croissance en se basant sur les atouts de notre pays qui sont importants.

Le Maroc a voulu se constituer une place stratégique dans l’industrie automobile à travers le plan Emergence 2009-2015 qui s’insère lui-même dans un ensemble plus vaste : les infrastructures portuaires comme Tanger Med, les centres de formation, le développement des zones franches comme celles de Tanger ou Kenitra , le soutien public aux investissements. Tout cela constitue un cocktail performant.

N’y a t-il pas une déception des industriels marocains sur l’impact réel de l’implantation de Renault à Tanger ?

Aujourd'hui, l'un des enjeux pour nous se situe au niveau du développement du tissu industriel local. A côté des équipementiers internationaux qui sont implantés au Maroc, il y a un peu de déception sur le fait de ne pas assister à l'éclosion de véritables entreprises maroco-marocaines : équipementiers, sous-traitants, etc…

Comment voyez-vous les choses dans les deux ou trois années qui viennent ?

Depuis l’arrivée de Renault à Tanger début 2012, les choses sont allées très vite. Notre pays est passé d'une capacité de production de 60 000 voitures par an pour à 150 00 puis 300 000 voire 400 000. Certaines entreprises marocaines n'ont pas suivi. L’AMICA travaille pour les accompagner. Nous les aidons à identifier des partenaires industriels, à nouer des accords y compris avec les entreprises étrangères. Nous pouvons aussi aider à trouver des aides à l'investissement pour les outillages, la partie ingénierie, conception, développement technique...

Beaucoup d’entreprises marocaines ne seront jamais taillées néanmoins pour vendre aux grandes entreprises, équipementier ou même constructeurs…

Il peut être dangereux pour des PME de tenter de cibler directement Renault-Nissan, à moins d'être très bon au niveau d'une niche. Dans notre volonté de structurer la filière nous préférons orienter ces entreprises vers le travail de rang 2 plus adapté aux PME.  C’est un véritable chantier à venir.

Les priorités de l'AMICA se résument-elles à ces aspects ?

Non. Notre mission consiste à rassembler toute la filière. Longtemps chaque entreprise a travaillé seule dans son coin : les multinationales étaient isolées et le tissu des PME marocaines également. Aujourd'hui, le  secteur dans sa globalité est en train d'être fédéré. Nous tentons de faire que tout le monde converge vers un objectif et des intérêts communs. Nous nous penchons également sur les nouveaux métiers, l'innovation, les consortiums et le développement des centres de formation.

Justement, l'Institut de Formation aux Métiers de l'Industrie Automobile (IFMIA) de Tanger dont l’infrastructure a été payée par l’Etat forme uniquement les collaborateurs de l’usine Renault. Qu’en est il pour les autres entreprises du secteur ?

Les  équipementiers installés avant l’arrivée de Renault à Tanger ont été un peu frustrés de voir que l'IFMIA a été lancé pour servir Renault. Ils ont l'impression d'avoir été un peu lésés. Nous avons alors accéléré le démarrage de l’Ifmia de Casablanca qui est aujourd'hui opérationnel. D'ailleurs, la première promotion a commencé cette année. Nous travaillons pour accompagner celui de Kenitra, et nous avons lancé la construction et les travaux d’un nouvel institut de Tanger au sein de la zone franche TFZ, Tanger Free Zone. Nous profitons d'ailleurs de ce contexte pour lancer des prestations qui n'existent pas auparavant : ingénierie- conception, métrologie, étalonnage… à cela s’ajoute la création d’un "Observatoire de l'automobile", situé sur le même site.

Où en êtes-vous au niveau du projet de cluster automobile ?

Ce cluster est en cours de construction. Le financement sera assuré en partie par l'Etat et en partie par les professionnels. Il faut anticiper. Ce sera la fonction de ce cluster. Pour nos entreprises au Maroc il  est important de s'orienter vers des métiers d'avenir et suivre les évolutions technologiques automobiles ou les nouveaux matériaux qui changent vite. Cela ne sert à rien  de s'orienter vers des métiers qui pourraient disparaitre.

Nous pensons aussi utiliser ce cluster pour réaliser du transfert de savoir-faire et développer le secteur dans toute sa diversité.  Au sein de ce cluster qui sera situé dans un lieu physique, on trouvera représenté aussi bien des entreprises, des universités, les IFMIA, les centres techniques dans un but d'innovation appliquée. L'objectif est de créer un pont entre l'industrie automobile et le secteur académique.

Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud

 

BIO EXPRESS
Hakim Abdelmoumen est président de l'Amica (Association marocaine pour l'industrie et le commerce de l'automobile) depuis le 7 juin 2012. Il a succédé à Larbi Belarbi. Ingénieur d'Etat du Conservatoire des Arts et Métiers de Paris et diplômé de l'Ecole supérieure de commerce en 1999 (ESC Lyon), Hakim Abdelmoumen est aussi administrateur directeur général de la société Socafix depuis 2001 et administrateur du groupe Induver-Somaver Maroc

 

 

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