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L'Usine Aéro

Guillaume Faury, futur pilote d’Airbus et technophile

Olivier James , ,

Publié le

Le conseil d’administration d’Airbus a rendu son verdict le 8 octobre : Guillaume Faury succédera à Tom Enders en avril 2019, après l’assemblée générale du groupe. Enquête.

Guillaume Faury, futur pilote d’Airbus et technophile
Guillaume Faury succède à Tom Enders le 10 avril 2019, après l’assemblée générale du groupe.
© Airbus - P. Pigeyre

L'ascension a été fulgurante. En moins d’un an, le patron d’Airbus Helicopters – la plus petite division du groupe Airbus – aura pris la tête de la branche principale de l’avionneur, celle dédiée aux avions commerciaux, pour être finalement choisi comme futur dirigeant du géant européen. Le conseil d’administration d’Airbus a rendu son verdict le 8 octobre : Guillaume Faury succédera à Tom Enders en avril 2019, après l’assemblée générale du groupe.

Une prise de pouvoir menée à la vitesse de l’éclair qui s’explique d’abord par la chute de plusieurs prétendants au trône. Airbus

traverse depuis près de deux ans une tempête qui a vu nombre de ses dirigeants historiques quitter le navire, en raison d’inimités internes pour certains, de leur proximité avec des affaires de corruption pour d’autres, et de mise sur le banc de touche pour quelques-uns. En quelques mois, la voie s’est dégagée pour Guillaume Faury. "Dès 2015, Guillaume Faury était déjà sur la liste des possibles, après moi, Fabrice Brégier, le patron de la division aviation commerciale, et Harald Wilhelm, le directeur financier", raconte Marwan Lahoud, l’ancien patron de la stratégie du groupe et aujourd’hui associé de Tikehau Capital. Et de préciser que cette nomination ne se résume pas qu’à un heureux concours de circonstances : "Il est assez charismatique et son leadership lui permet d’entraîner ses équipes. Certaines personnes lui disent parfois qu’il se mêle de tout, cela s’explique par son niveau d’exigence. Je l’ai vu à l’œuvre, c’est un stratège."

Un « airbusien » taillé pour le poste de numéro un, voilà le message envoyé à l’extérieur : le navire Airbus ne tangue plus, son nouveau capitaine saura le piloter. Guillaume Faury a passé près de dix années chez Eurocopter (ex-Airbus Helicopters) entre 1998 et 2008, puis, après une parenthèse chez PSA, il a pris les rênes d’Airbus Helicopters de 2013 à 2018, date à partir de laquelle il a pris les commandes de la branche aviation commerciale. "Il dort aéro, il mange aéro, il vit aéro", glisse-t-on en interne où l’on pointe à la fois sa pudeur, son horreur des remarques assassines et sa rigueur confinant parfois à la dureté. Un historique donc, qui arbore de surcroît le visage de la jeunesse : Guillaume Faury – accessible, souriant – a 50 ans et ne fait pas partie de cette génération qui a bâti Airbus. Loin des affaires qui ont plombé le groupe et dans lesquelles le dirigeant n’est absolument pas compromis, car en poste chez PSA à ce moment-là, le nouveau patron va devoir piloter Airbus dans les années 2020 qui s’annoncent turbulentes.

Un immense chantier

Guillaume Faury pourra mettre à profit l’un de ses principaux atouts : diplômé de Polytechnique, il place l’innovation technologique au cœur de la bataille. "C’est le meilleur choix qu’Airbus pouvait effectuer en interne, se félicite Jean Botti, l’ancien patron de la technologie du groupe. Grâce à son passé technique, il va pouvoir remettre en route des chantiers d’innovation. Cela est d’autant plus nécessaire après le passage de Paul Eremenko qui a tué la recherche en interne." Un tacle contre l’ex-Google, très décrié en interne pour ses méthodes. Guillaume Faury a mis en musique la transformation digitale d’Airbus Helicopters, au niveau des procédés de production comme des hélicoptères et des services associés.

Une stratégie pionnière qui n’est pas sans rapport avec son expérience passée dans l’automobile : il a été vice-président exécutif pour la R & D chez PSA. Un technophile qui va devoir s’atteler à la réduction des temps de cycle de développement dans l’aéronautique, à la montée en cadence de production de la famille A320, au développement des services – le talon d’Achille d’Airbus – sous-tendus par le déploiement de la plate-forme de données Skywise visant à améliorer l’exploitation des avions et à l’essor des taxis volants dont il est friand.

Mais le chantier, immense, va bien au-delà. "Sa nomination va également apaiser les guerres intestines liées au conflit entre Tom Enders et Fabrice Brégier, qui a contribué à réanimer les luttes franco-allemandes", assure Jean Botti. Guillaume Faury pourrait d’ailleurs cumuler le poste de patron du groupe avec celui de la direction de la branche aviation commerciale, de quoi limiter un risque de guerre des chefs. Il aura aussi pour mission de resserrer les rangs et redonner confiance à des équipes commerciales déboussolées par le climat de suspicion généralisée. Il lui faudra améliorer la trop faible rentabilité du groupe (deux fois moins élevée que celle de Boeing), se tailler une place de choix dans le tonitruant new space et prendre un rôle majeur dans l’Europe naissante de la défense via notamment la participation dans le système de combat aérien de futur. Enfin, il reste à assurer l’envol de l’A 220, issu du rachat du CSeries de Bombardier, et mettre sur les rails un nouveau programme d’avion commercial pour contrer l’éternel rival, Boeing… Marathonien, l’homme a du souffle. Il va lui en falloir.

La fin d’une époque

Jean Botti, directeur de la technologie

Écarté de la transformation digitale du groupe, il part en avril 2016. Remplacé jusqu’en décembre 2017 par Paul Eremenko (ex-Google), lui-même remplacé par Grazia Vittadini (Airbus).

Marwan Lahoud, directeur de la stratégie

Devant l’impossibilité de devenir numéro un après la nomination de Fabrice Brégier comme numéro 2, il part en février 2017. Remplacé par Patrick de Castelbajac (ex-ATR).

Charles Champion, directeur de l’ingénierie

Parti en décembre 2017, le père de l’A 380 est en désaccord avec Paul Eremenko. Remplacé par Jean-Brice Dumont (Airbus Helicopters).

John Leahy, directeur des ventes

Parti en janvier 2018 à la retraite. Remplacé par Éric Schulz (ex-Rolls-Royce) jusqu’en septembre 2018, lui-même remplacé par Christian Scherer (ex-Airbus et ATR).

Fabrice Brégier, le numéro 2

Parti en février 2018, en conflit direct avec Tom Enders. Remplacé par Guillaume Faury (Airbus Helicopters).

François Auque, directeur Airbus Ventures et ancien patron de la division spatiale

Parti en octobre 2018 à la retraite. Remplacé par Yann Ballet et Mathieu Costes (Airbus).

Tom Enders, le numéro 1

Départ prévu en avril 2019 après deux mandats, poussé vers la sortie en raison notamment des soupçons de corruption du groupe. Remplacé par Guillaume  Faury.

Harald Wilhelm, le directeur financier

Départ prévu début 2019, le poste de numéro un d’Airbus lui ayant échappé, en raison des soupçons de corruption du groupe.

Tom Williams, directeur des opérations
Départ à la retraite dans les prochains mois pour ce membre du comité exécutif.

Didier Evrard, le directeur des programmes
Départ à la retraite dans les prochains mois, de celui qui a réussi le lancement de l’A 350.

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