Guillaume Bucco (Solvay) : « Il y a un moyen simple de réduire les émissions de CO2 : arrêter de produire ! »

Avec ses deux sites industriels majeurs, à Tavaux et à Dombasle, le groupe Solvay est le troisième consommateur privé d’électricité en France, derrière Arcelor Mittal et Corus. A ce titre, ce groupe qui représente en France quatre mille emplois et 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires est soumis aux quotas d’émissions de CO2. Guillaume Bucco, son dirigeant en France craint fort qu’appliquer une taxe carbone en plus pousse ce groupe international à privilégier d’autres régions pour des investissements futurs

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Guillaume Bucco (Solvay) : « Il y a un moyen simple de réduire les émissions de CO2 : arrêter de produire ! »
Guillaume Bucco

Usine Nouvelle : Le conseil constitutionnel a retoqué la taxe carbone, arguant que l’égalité fiscale n’était pas appliquée. Notamment qu’il ne paraissait pas juste que les sites soumis à quotas de CO2 soient exclus. Quelle a été votre réaction à cette annonce ?

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Guillaume Bucco : Nous avons été très surpris. Sur nos sites de Dombasle et de Tavaux, nous sommes soumis au système européen d’échange de quota. Un système qui a été longuement réfléchi, qui promet une cohérence européenne. Avec une conjoncture aussi difficile, à l’heure où nous allons avoir enfin un allègement de la taxe professionnelle, rajouter une nouvelle taxe parait suicidaire et incohérent! La décision du conseil constitutionnel est certes d’ordre juridique, mais il faut absolument prendre en compte la compétitivité des entreprises françaises dans un contexte européen et bien sûr mondial.

Et vous pensez que la France est déjà assez taxée ?

Nous sommes déjà très taxés en France, effectivement ! Les prélèvements obligatoires représentent 23% de la valeur ajoutée des entreprises chimiques françaises contre 10% pour l’Allemagne, qui a en outre un coût du travail inférieur. Mais la concurrence sur nos produits est aussi et surtout extra européenne. Le deuxième producteur mondial de bicarbonate de soude, derrière nous est l’Indien Tata ! Pour le Polychlorure de Vinyle où nous faisons parti tu trio de tête, nous sommes en concurrence avec un japonais et un taïwanais qui produisent principalement aux USA et en Asie … Il nous faut rester compétitif, c’est crucial ! Certes, nous produisons aussi à Tavaux des produits à forte valeur ajoutée, comme le PVDF (un thermoplastique technique) et PVDC, où nous sommes leader mondial. Mais ce sont les produits de base à plus gros volumes comme le PVC et la soude, qui sont les plus importants pour le maintien de l’emploi, et qui se trouvent justement les plus exposés en cas de nouvelles taxes.

La conjoncture complique-t-elle la donne ?

Les activités des chimistes se sont effondrées de 30 à 40% en début d’année et de 10 à 20% sur l’année. Les marges en ont subi les conséquences. Nous avons aussi, pour de nombreux produits, subi des baisses de 10 à 20%. On allait dans la bonne direction en supprimant la taxe professionnelle et voilà qu’on veut nous remettre une taxe qui pourrait représenter plus du double !

Est-ce que le groupe risque de limiter ses investissements en France ?


Nous sommes un groupe mondial, avec une forte présence européenne. Si les investissements sont moins rentables en France du fait de charges plus élevés, il est bien évident que le management du groupe en tiendra compte ! En clair, produire moins en France est le risque principal à terme. Le bicarbonate par exemple est produit à Dombasle. Nous le fabriquons aussi en Allemagne, à moins de trois cent kilomètres de là. Nous avons en outre une usine en Espagne, en Italie et en Bulgarie, c’est très facile de décider de produire davantage là bas. La taxe carbone si elle nous est appliquée va créer une distorsion de concurrence intra européenne.

Le PVC de Solvay, fabriqué à Tavaux, l’est également en Espagne, Allemagne, Belgique mais aussi Thaïlande, Brésil ou Argentine. Mon objectif est de défendre au niveau du groupe les activité en France où nous investissons en général près de cent millions d’euros par an. Pour justifier cela il nous faut rester compétitif.

N’oublions pas que notre industrie est très consommatrice d’investissement et que par exemple pour convertir des salles d’électrolyse pour la production du chlore vers les meilleures technologies disponibles il faut compter des dizaines de millions d’Euros.

Pour pousser à l’extrême, il y a un moyen simple de réduire drastiquement les émissions de CO2 : il suffit d’arrêter de produire. Je sais que c’est ce que veut éviter le gouvernement.

Quel serait le coût de ces taxes pour Solvay ?


Cela dépend des hypothèses mais effectivement les ordres de grandeurs pourraient atteindre des millions d’Euros. Contrairement à ce qui se dit en ce moment, le système européen de quota de CO2 est déjà très contraignant et dès 2013 il sera très pénalisant pour les moins performants. Le système actuel nous incite déjà à réduire nos émissions et nous donne trois ans de visibilité pour mettre en place les investissements nécessaires. Créer cette taxe supplémentaire ne nous donnerait aucun signal de plus et nous handicaperait fortement en période de crise.

Solvay a déjà fait des efforts de réduction, de quel type ?

L’ensemble de l’industrie chimique a réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 45% entre 1990 et 2006. Nous avons également contribué à cet effort. En ligne avec l’ambition européenne, notre groupe à l’objectif de réduire encore d’ici 2020 de 20% notre consommation d ‘énergie et nos émissions de CO2 mais cela demande des investissements !

Un des moyens de réduire les émissions est de développer de nouvelles technologies, que faites vous dans ce sens ?

Oui, nous sommes très actifs dans le développement de voies nouvelles. Nous venons d’annoncer l’investissement de 160 millions d’euros dans une nouvelle unité d’Epicerol bénéficiant d’une technologie révolutionnaire provenant de notre recherche. Elle permet de produire de l’épichlorohydrine (pour faire de la résine époxy) à partir de Colza plutôt que de dérivés de pétrole en réduisant de 20% les émissions de CO2, en consommant 50% de ressources non renouvelable en moins et en produisant 60% de déchets en moins.

Avez-vous mis en place des énergies alternatives ?

Nous allons démarrer à Tavaux une centrale de production d’énergie à partir de biomasse en partenariat avec Dalkia. Une unité qui permettra de fournir 20% de la vapeur du site. Cela représente un investissement de 80 millions d’euros. Nous avons également un projet analogue sur le site de Dombasle. Nous souhaiterions aussi que l’exploitation des unités de cogénération reste soutenue par les pouvoirs publics.

Pour la cogénération traditionnelle, justement, le rachat garanti de l’électricité va cesser dans les toutes prochaines années, comment allez-vous aborder la suite ?

C’est aussi un sujet important. Le gouvernement aide beaucoup le solaire et l’éolien en ce moment, avec des tarifs de rachat garanti. Mais ce n’est pas avec l’éolien que nous allons faire tourner les usines. La cogénération, en revanche, permet des rendements élevés (75%), mais il faut que l’électricité produite soit rachetée à un prix garanti pour avoir une visibilité...

Si le gouvernement met en place la taxation des entreprises déjà soumises à quota, que proposez-vous ?

Il faut alors que la taxe soit compensée d’une façon ou d’une autre, pour ne pas alourdir davantage les charges pour les entreprises françaises.

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